Joker : Fini de Rire - Par J.M. DeMatteis, Chuck Dixon, Joe Staton & Graham Nolan - Urban Comics

23 septembre 2020 0 commentaire
  • Batman est mort. Le Joker a enfin réussi, il a éliminé son adversaire intime. Mais débarrassé du Chevalier noir, le Clown prince du crime a-t-il encore une raison d'exister ? Dans "Joker : Fini de Rire", Urban Comics vous propose d'explorer la relation complexe qui lie Batman et le Joker à travers deux récits tournant autour de la mort potentielle de nos protagonistes.

Des incendies et des ouragans dévastateurs, une pandémie mondiale, Beyrouth dévastée, des relations internationales tendues, une crise économique majeure possiblement à venir... 2020 est une année particulière qui ne serait pas pour déplaire à l’un des plus grands représentants du chaos et de la dévastation : Le Joker. Coïncidence ou non, l’année 2020 marque les 80 ans de la création du Clown prince du Crime, et il n’y a pas à dire, pour célébrer ses huitante années, le psychopathe grimaçant s’est offert un sacré florilège de catastrophes.

Depuis maintenant huit décennies, le rire glaçant du Joker terrorise les habitants de Gotham City. Farceur, comédien raté, anarchiste, gangster, psychopathe meurtrier, le personnage aura endossé de nombreux rôles durant sa longue carrière, mais il n’aura été guidé que par un seul but : tourmenter le Chevalier noir. La relation tumultueuse qui l’oppose à Batman a connu de nombreux rebondissements : au départ de son statut de simple adversaire, leur opposition deviendra de plus en plus intime, les deux personnages finissant par former les deux faces d’une même pièce, l’un est l’agent de l’ordre et l’autre, celui du chaos. C’est l’histoire de deux fous lancés dans une lutte éternelle, même si ironiquement, l’un ne peut exister sans l’autre.

Joker : Fini de Rire - Par J.M. DeMatteis, Chuck Dixon, Joe Staton & Graham Nolan - Urban Comics
Batman contre le Joker, la lutte éternelle du bien contre le mal, de l’ordre contre le chaos.

Dans son chef d’œuvre The Dark Knight Returns publié en 1986, Frank Miller s’intéressait à la relation quasi-amoureuse du Joker à Batman et à leur co-dépendance. En effet, pendant les dix années où Batman s’était retiré, le Joker était sagement resté enfermé à l’Asile D’Arkham, dans une sorte d’hibernation qui prendra fin lorsque qu’un Bruce Wayne âgé reprendra son costume de chauve-souris.

Quelques années plus tard, J.M. DeMatteis et Joe Staton reprendront cette idée dans "Going Sane" - "Sain d’esprit" en VF -, récit en quatre parties publié dans la série anthologique Legends of the Dark Knight en 1994 et qui nous parvient enfin en langue française en cette année-anniversaire. Cette fois-ci la logique est poussée encore plus loin : nous sommes au début de la carrière du Croisé masqué et ce dernier n’est pas à la retraite mais bel et bien mort. Le Joker a réussi, il a éliminé son pire ennemi et se pose maintenant cette question : que faire maintenant qu’il est parti ?

Le Joker ne réalise pas encore, il a tué Batman.

Le Clown prince du crime tire alors à son tour sa révérence, il disparaît : dites adieu au Joker et bonjour à Joseph Kerr, habitant de Gotham City nouvellement arrivé et bon sous tous rapports. Joseph ou "Joe" va alors s’installer dans un appartement, trouver l’amour et mener une vie des plus banales, même si parfois quelques excès de folie le ramènent à sa vie passée. À des kilomètres de là, Batman connaît lui aussi un expérience similaire. Laissé pour mort par son adversaire, le justicier a été recueilli par un médecin dans un village isolé et coule des jours paisibles en se remettant de ses blessures. Ainsi, lorsque l’un disparaît de la vie de l’autre, Batman comme le Joker s’effacent et redeviennent sains d’esprit et, bien évidemment, l’inévitable retour d’un des deux ne fera qu’entraîner la rechute de l’autre.

Moins connu que les grands récits iconiques du Joker, "Going Sane" ne manque pas d’intérêt et demande à être découvert. Même après 26 ans, l’écriture de J.M. DeMatteis ne parait pas datée, et le scénariste poursuit dans une certaine continuité instaurée dans Batman : Year One et dans le monologue intérieur des pensées du Chevalier noir. Mais DeMatteis donne ici la voix au Joker qui se retrouve le principal narrateur de ce récit.

C’est plutôt le dessin de Joe Staton qui pourra rebuter les primo-lecteurs, car en dépit de ses évidentes qualités narratives, le trait apparaît quelque peu suranné.

Pour compléter cet album, Urban Comics a choisi d’ajouter un récit supplémentaire et complémentaire à Going Sane. Publié en 1995, ce one-shot répondant au doux titre de The Joker’s : Devil’s Advocate nous raconte la course contre la montre de Batman pour innocenter le Joker d’un crime qu’il n’a pas commis et pour lequel il risque la peine capitale. Alors que l’entourage du Chevalier noir semble prêt à fermer les yeux sur l’innocence du criminel jugeant qu’il mérite cette peine pour tous les autres crimes qu’il a commis, le personnage ayant entre autres, déjà à l’époque, estropié Batgirl, torturé le commissaire Gordon et tué le second Robin.

Le Joker ira-t-il jusqu’à la chaise électrique ?

S’accrochant à son idéal de justice, Batman s’efforce cependant de garder sa ligne de conduite en dépit des réflexions de ses alliés et de amis les plus proches. Peut-être réalise t-il que la mort du Joker pourrait inexorablement entraîner sa propre disparition ? Écrit par Chuck Dixon et dessiné par Graham Nolan - deux artistes majeurs du Batverse des années 1990 - "Devil’s Advocate" / "L’Avocat du Diable" n’est pas un grand récit du Chevalier noir, mais mérite tout de même une lecture. Il s’insère très bien dans ce volume qui a pour thème la mort respective du Joker et de Batman.

En marge des grands récits liés au Joker - Arkham Asylum, Killing Joke, Mad Love - ce Joker : Fini de Rire est un excellent complément pour comprendre la relation tordue entre Batman et son adversaire grimaçant. Adversité, interdépendance, amour, haine, respect, il est difficile de cerner ce qui lie nos deux personnages, mais une chose est sûre : l’un a besoin de l’autre pour exister, et c’est peut-être la grande tragédie vécue par le Chevalier noir : tant qu’il rendra la justice, le Joker n’aura pas fini de rire.

Documents

Voir en ligne : Joker : Fini de Rire sur les site des éditions Urban Comics

(par Vincent SAVI)

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Joker : Fini de Rire - J.M. DeMatteis & Chuck Dixon (scénario) - Joe Staton & Graham Nolan (dessin) - Steve Mitchell & Scott Hanna (encrage) - Digital Chameleon & Heoric Age (couleur) - Jean-Marc Lainé (traduction) - cartonné - 208 pages - 19,00 € - Urban Comics - DC Deluxe - sortie le 28 août 2020

Contenu VO : Batman : Legends of the Dark Knight #65-68 (1994) et The Joker : Devil’s Advocate (1995) publié par DC Comics

Illustrations : © DC Comics / Urban Comics

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