Josephine Baker, le nouveau biopic de Catel & Bocquet

7 septembre 2016 0 commentaire
  • On se demande parfois à quoi pensent les auteurs et les éditeurs en se lançant dans un projet. 500 pages dédiées à une vedette du Music Hall qui louche en dansant à moitié nue avec des bananes : quel intérêt ? Et pourtant, avec Catel & Bocquet, le miracle se produit à nouveau !

On connaît la passion de Catel pour les grands portraits féminins, qu’il s’agisse de femmes qui ont marqué l’Histoire comme Olympe de Gouges ou les Arts avec Kiki de Montparnasse et Mylène Demongeot, comme les incarnations plus contemporaines du féminisme avec Benoîte Groult.

On savait qu’elle travaillait avec son mari José-Louis Bocquet sur un nouveau pavé graphique consacré à Joséphine Baker, et même si on connaît le talent du tandem, on pouvait légitimement se demander si cette nouvelle biographie de la grande chanteuse américaine serait à la hauteur de leurs précédentes collaborations.

Cet a priori tombe dès les premiers chapitres de Joséphine Baker : bien loin du Music Hall, les deux auteurs dépeignent avec brio la situation des noirs américains au début du XXe siècle : une quarantaine d’années après l’abolition de l’esclavage, la ségrégation règne dans la plupart des États d’Amérique, principalement dans la ville du Mississippi où habitent les parents et la famille de Joséphine Baker, même si elle ne porte pas encore ce nom.

Josephine Baker, le nouveau biopic de Catel & Bocquet

Cette contextualisation permet d’apprécier l’enfance de notre future étoile : parents séparés, éducation par des grands-mères et tantes aux origines africaines et cherokee, famille recomposée, les premiers pas de danse et pitreries dans la rue pour amuser les amis, puis les petits boulots pour assurer la subsistance de la famille. Après une trentaine de pages, le lien tissé avec la jeune femme se renforce lorsqu’elle est placée comme domestique (pour ne pas dire "esclave") auprès d’une Blanche tyrannique.

Une fois de plus, la magie de Catel & Boquet opère : impossible de ne pas fondre et de ne pas se passionner pour la vie tumultueuse et passionnée de cette femme éprise de liberté. Sa joie de vivre est communicative grâce au travail des auteurs.

Le découpage en chapitre permet de placer des ellipses qui font avancer le récit à pas de géant en dépit d’une dense pagination. Il est dès lors plus simple de faire une pause dans cette biographie-fleuve, afin de mieux la reprendre par la suite et de savourer son plaisir.

Passé expert en la matière, Bocquet fait passer les pensées et l’évolution de Joséphine Baker par de savoureux dialogues, et le choix des moments évoqués reste toujours judicieux. Comme pour Kiki, les auteurs profitent du parcours pour évoquer les folles nuits parisiennes, ainsi que tous les artistes qui ont gravité autour de la belle "sauvage" : Simenon, Le Corbusier, Giuitry, Gabin, Brialy, Brigitte Bardot, etc.

Puis une fois de plus, le destin de cette femme hors-pair ne se cantonne pas au Music Hall, à la chanson et au cinéma. Baker se mit au service de la France, pour l’effort de Guerre, puis créa un orphelinat jusqu’à y placer ses derniers sous et revenir à la précarité.

Ses déboires financiers ne l’empêchent de multiplier les événements, tels que sa participation à la Marche de Washington en 1963, et de passionnantes rencontres : Martin Luther King, Fidel Castro, Grace de Monaco, Paul VI, Tito, Charles de Gaulle, etc. Au-delà de ses talents artistiques, la personnalité de Joséphine Baker se démarque en effet par un incroyable humanisme, passant outre les différences de couleur et confession pour tenter de délivrer au monde entier le message optimiste de son "Idéal".

Il fallait bien 450 pages pour tenter de donner un aperçu de ces soixante-neuf années passées à combattre les préjugés de toutes sortes. En fonction de ses centres d’intérêt, le lecteur pourra trouver que certains chapitres paraissent trop courts, tandis que d’autres sont redondants. La centaine de pages qui suit permet alors de compenser ces petites faiblesses : on y retrouve la chronologie de la vie de la chanteuse, les portraits d’une cinquantaine de personnes illustres qu’elle a côtoyées ainsi qu’un bel hommage de l’aîné de ses "enfants".

Ce captivant récit perdrait une bonne partie de sa saveur sans l’exceptionnelle représentation graphique de Catel. L’artiste polyvalente adapte une nouvelle fois son style pour le conformer à son sujet. Après la ligne claire de Benoîte Groult, la finesse et les hachures d’Olympe de Gouges, Catel est revenue à un style plus proche de Kiki mais porté par davantage d’aplats noirs, sans oublier les détails réalistes qui confèrent de la crédibilité à son adaptation servie en outre par un découpage captivant !

Vous l’aurez compris, Joséphine Baker est une nouvelle réussite du tandem Catel-Boquet ! À conseiller à tous ceux qui auraient apprécié leurs précédents ouvrages !

(par Charles-Louis Detournay)

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