Journée internationale contre la violence faite aux femmes

25 novembre 2010 0 commentaire
  • Le 25 novembre a été institué Journée Internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, et l’année 2010 a été déclarée en France Grande cause nationale. Portons à ce propos un éclairage sur l’œuvre d’Eric Corbeyran.

L’année dernière, nous vous avions parlé sur ActuaBD d’un certain nombre d’auteurs de bande dessinée qui s’étaient mobilisés pour cette cause, à savoir Loïc Dauvillier et Jérôme d’Aviau avec « Inès » chez Drugstore, Sylvain Ricard et James avec « … à la folie » chez Futuropolis, et l’album collectif « En chemin elle rencontre… » chez Des ronds dans l’O qui regroupe 34 auteurs parmi lesquels Daphnée Colignon, Marie Moinard, Jeanne Puchol, Aude Samama, Kris, Nicoby, Éric Corbeyran, Damien Vanders, Charles Masson, Philippe Caza, Emmanuel Lepage, René Follet, Denis Lapierre, Sergio Salma, et d’autres…

Cette année, nous vous proposons un éclairage particulier sur l’œuvre d’Éric Corbeyran car, en effet, si celui-ci est le prolifique scénariste que l’on connait, avec des grosses séries (plutôt commerciales) comme « Le Chant des stryges » et ses dérivées, il publie également des albums en one-shot plus intimes concernant le sujet de la violence faite aux femmes, sujet d’aujourd’hui.

Journée internationale contre la violence faite aux femmesAu nombre de ces albums, citons : « Elle ne pleure, pas elle chante » en 2003 avec Thierry Murat chez Delcourt, « Rosangella » en 2007 avec Olivier Berlion chez Dargaud, « Marie » dans le collectif « En chemin elle rencontre… » en 2009 avec Damien Vanders chez Des ronds dans l’O, et enfin « Léa ne se souvient pas comment fonctionne l’aspirateur » en 2010 avec Gwangjo chez Dargaud.

- « Elle ne pleure pas elle chante » est une adaptation en bande dessinée du livre d’Amélie Sarne paru en 2002 chez Albin Michel. L’histoire raconte l’enfance violée de Laura, aujourd’hui trentenaire, qui parle à son père-bourreau dans le coma suite à un accident de la route. Elle lui dit ce qu’elle a sur le cœur depuis toutes ces années et qui l’empêchait de vivre. Le récit est poignant et très bien adapté en bande dessinée par les auteurs, à la fois sobre et émouvant. Cette histoire est aujourd’hui adaptée au cinéma par Philippe De Pierpont.

-  Avec « Rosangella », Éric Corbeyran retrouve son complice Olivier Berlion avec lequel il avait déjà réalisé la série « Le Cadet des Soupetard » ou encore l’album « Lie-de-vin ». « Rosangella » raconte l’histoire d’une femme qui a subi la violence conjugale (le récit commence avec une séquence-choc qui voit l’héroïne défenestrée par son conjoint violent), mère de 3 enfants et qui voit revenir, 15 ans après, son agresseur. Le récit est fort car Rosangella est une femme qui a su garder la tête haute malgré tous ses malheurs.

Comme l’écrivait Marie M dans sa chronique de l’album sur ActuaBD en 2007 : « Cet album est riche de sens en plus d’être superbe. Il est également un des rares qui traite de ce sujet. [...] Le scénariste a su rendre poignante et intimiste cette histoire banale. [...] Avec Rosangella, il s’attache à ses personnages, à leurs traumatismes passés qui guident leur présent. », et de conclure : « Grâce à des livres comme celui-ci, la bande dessinée sociale, militante et engagée démarre une belle carrière et pourra s’adresser à tous. A lire notamment pour toutes, cet ouvrage donne envie de relever la tête et de refuser…  »

-  Cela nous amène à ce troisième récit de Corbeyran : « Marie », paru dans le collectif « En chemin elle rencontre… ». Tout comme pour « Elle ne pleure pas, elle chante », Éric Corbeyran adapte un récit de femme, celui de Marie. Là encore, le sujet est la violence conjugale (rappelons que la très grande majorité des agressions envers les femmes se passe dans le foyer). Le viol conjugal est décrit de l’intérieur et nous aide à comprendre l’état de sidération et de dissociation qui s’effectue alors… (l’impression pour la victime d’être devenue extérieure à son corps).

Dans son avant propos à cette histoire, Éric Corbeyran écrit : « Je participe à ce livre parce que Marie (Moinard - éditrice) me l’a demandé. Sans hésiter une seconde… ».

-  « Léa ne se souvient pas comment fonctionne l’aspirateur » est le dernier titre écrit par Corbeyran à ce jour qui traite très précisément du sujet des violences faites aux femmes. Là encore, il s’agit d’une violence conjugale : Une jeune femme, Léa, est mariée à un homme qui la bat. Comme pour beaucoup de victimes, ce qui lui arrive est une totale surprise pour elle et elle ne quitte pas tout de suite ce mari violent, lui trouvant, lui inventant, des excuses… Éric Corbeyran décrit l’état de choc psychologique qui s’empare de la victime et le syndrome de Stockholm ou assimilé qui peut s’ensuivre. L’album est très réussi.

Comme nous l’avons vu, Éric Corbeyran est un auteur qui s’implique de façon régulière dans la dénonciation des violences faites aux femmes. Souhaitons, à son instar, que beaucoup d’autres le suivent.

(par François Boudet)

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