"Karma City" dynamise et rajeunit l’image de Dupuis

21 septembre 2016 0
  • Karma City : une ville vertueuse régie par les lois universelles du karma, où l'intérêt général primerait toujours sur l'intérêt particulier... jusqu'à la rupture ! 170 pages d'une première partie, qui se lit comme un one-shot : une réussite !

Dans une société dirigée par le concept de karma, Emma se présente aux portes de la "zone blanche" de la capitale. Autorisée à entrer malgré un karma un peu négatif, elle fait un AVC quelques minutes plus tard et s’écrase avec son véhicule. Ce qui ne semblait être qu’un rapport de routine pour les agents Cooper, Napoli et Asuki va pourtant se transformer en enquête de vaste envergure.

Car Emma, chercheuse en paléontologie, s’était installée en zone grise à la recherche d’un mandala gravé, témoignage de l’existence de sociétés pré-karmiques. Or, fouiller ces dangereux sables mouvants exploités par les industriels n’est pas sans danger... La brigade finit par retrouver un corps dans la zone, le shérif local a pris la fuite, et même leur supérieur semble impliqué... Cette société qui érige le bien et l’intérêt général comme règle de vie a peut-être atteint ses limites…

"Karma City" dynamise et rajeunit l'image de Dupuis

C’est sans doute parce qu’il aime mêler les genres que Pierre-Yves Gabrion livre un si passionnant album. L’Alph-Art Coup de Cœur au FIBD d’Angoulême 1988 n’a cessé depuis lors de tester et d’expérimenter. Bien entendu en bande dessinée, mais également sur les techniques de narration ainsi que les applications Flash et Photoshop qu’il a enseignées pendant plusieurs années. Karma City profite d’ailleurs de ces multiples terrains d’expérimentation, car ce long récit découpé en chapitres a été pensé autant pour le numérique que le papier.

La technique ne suffit bien entendu pas pour réaliser un bon livre ! Il faut une accroche, une thématique suffisamment novatrice pour faire rêver le lecteur. Gabrion l’a bien compris en proposant cette cité futuriste régie par le karma de ses habitants. Chaque action devient un acte karmique qui va influencer votre aura, celle-ci menant à votre destinée au sein de la société. Un citoyen pourvu d’un bon bilan karmique sera donc cru sur parole. De plus, une fraîche diplômée au karma général très positif pourra directement prendre la tête d’une équipe de vétérans si le bilan de ceux-ci se révèlent moins conséquent...

Et c’est exactement ce qui arrive à la jeune Cooper sortie major de sa promotion, et qui se retrouve à gérer l’insouciant Asuki et le ténébreux Napoli. En effet, il faut bien un corps d’élite pour faire respecter les quatre lois karmiques et résoudre les crimes afférents aux déviances de la société. Sauf que ce mélange d’eau et de feu crée des vapeurs qui jettent un flou sur les sacro-saints principes de création de la cité.

Impossible de ne pas faire un lien entre ce trio et les personnages de la série NCIS : un expérimenté et taiseux loup solitaire (Gibbs) instruit une jeune recrue tandis qu’un troisième enquêteur joue les faire-valoir. Chaque début de chapitre propose d’ailleurs une pleine page qui donne généralement le ton des pages suivantes, comme les flashes de la série. N’oublions pas non plus le vieux légiste qui s’entend comme un larron en foire avec le loup solitaire. Néanmoins, l’ascendant hiérarchique de la jeune recrue pimente encore ces joutes verbales, d’autant plus que Gabrion n’abuse pas de l’aspect sexy de son héroïne !

Karma City

L’auteur développe un graphisme ultra-efficace centré sur ses héros. Par petites touches, il dévoile de temps en temps sa ville de Karma City, finalement son personnage principal. Cadré à la manière d’une série télévisée, le récit profite d’un découpage sans temps mort pour happer le lecteur au sein de son suspense. On apprécie particulièrement les scènes du désert qui jouent des couleurs et des ambiances avant de revenir sur la ville elle-même. Enfin, le climax final se focalise sur un échange verbal, un pari osé mais réussi grâce au dessin et à la mise en scène de Gabrion.

Il ne s’agit bien entendu pas du premier récit qui traite d’une cité-modèle vacillant sur ses principes utopiques par la biais d’une galerie de héros attachants. Mais le principe du karma, assez évident à assimiler, rajoute une connotation passionnante. Ce contexte est bien entendu enrichi par l’enquête réalisée par notre attachant trio, les nombreux AVC accidentels qui émaillent le récit, et le complot qui plane en permanence. D’une traite ou par épisodes pour mieux savourer son plaisir, la première partie de Karma City se lit comme un one-shot, avec en prime Les origines de la cité en guise d’annexe.

Karma City est donc un excellent polar anticipatif teinté de mysticisme, un divertissement passionnant qui se démarque très positivement de la production actuelle et rajeunit l’image de Dupuis en cette rentrée 2016 !

(par Charles-Louis Detournay)

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