Kebek, un diptyque ambitieux à la croisée des genres

17 mai 2021 0
  • Récit de science-fiction poétique avec des pointes de fantastique, le diptyque Kebek est une réussite non négligeable qui renouvelle le genre. Douée d’une intrigue prenante, le succès de cette série est en grande partie du au dessin exceptionnel de Philippe Gauckler qui livre ici des planches en couleurs directes d’une rate intensité.

L’action se déroule dans la province de Eeyou Istchee Baie-James, dans la région des Monts Otish, au Québec. L’apparition d’une faille à la suite d’un tremblement de terre va conduire une équipe scientifique à la découverte d’une sphère mystérieuse, opaque et noire, dont on ne connaît pas le contenant.

Nous suivons le parcours de Roy Koks, une ex-star nationale du hockey sur glace, qui va être embarquée dans cette investigation mystique visant à connaître l’origine de cette sphère, ce qu’elle pourrait bien contenir et la raison de sa présence sur terre.

Après un premier tome d’exposition instaurant l’ambiance et les enjeux du récit, nous comprenons que nous sommes dans un récit de science-fiction qui tend vers l’anticipation. Gauckler dépeint une société dystopique et capitaliste où la spéculation va primer sur l’exploration. Il jette les bases d’un univers, celles d’une histoire intrigante et fascinante.

Kebek, un diptyque ambitieux à la croisée des genres

L’épilogue de ce récit est axé sur le personnage de Adamante. Émergée de la sphère on ne sait pas grand chose de cette créature, si ce n’est qu’elle procure une fascination totale au protagoniste principal. La découverte de cette femme provoque un émoi considérable à travers le monde. Qui est-elle ? D’où vient-elle ? Des fresques murales découvertes près de la terre semblent démontrer qu’elle pourrait être bien plus âgée qu’elle ne semble l’être…

Influencé par des romans comme La Nuit des temps de René Barjavel ou La Sphère d’Or de Erle Cox, Philippe Gauckler décrit minutieusement une société dysfonctionnelle et avide dans laquelle les personnages vont intenter d’évoluer. Critique politique acerbe de notre société, Kebek pourrait presque être assimilé à une fable contemporaine romantique. Le protagoniste central de ce récit est très bien écrit et réagit de façon nuancée sans céder à ses névroses. Ce n’est pas une série manichéenne, loin de là. Roy Koks donne une dimension humaine et réaliste à l’ensemble. Face à lui, des individus hystériques qui ne comprennent pas le sens et la portée de leurs découvertes.

Pour raconter son histoire, Gauckler a opté pour la couleur directe, et on ne peut que se réjouir de ce choix. Le résultat est exceptionnel. Il s’iscrit dans la lignée de dessinateurs incontournables du genre comme Juan Gimenez ou Moebius pour parvenir à un dessin juste et approprié à cette histoire. Ses ambiances froides et caverneuses restituent, par l’intermédiaire de subtiles nuance de violets et de mauves, l’atmosphère caractéristique émanant d’une civilisation perdue. Nous retiendrons entre autres, le soin tout particulier apporté au personnage d’Adamante. À l’image de la couverture, il se dégage d’elle une aura séraphine et une présence ce qui la rend parfaitement captivante tout au long de ce récit.

Original de la couverture de Kebek tome 2
Photo - François Rissel

(par François RISSEL)

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Philippe Gauckler exposera l’ensemble des planches de Kebek à la galerie Daniel Maghen à partir du 18 juin jusqu’au 24 juillet.

À lire sur Actuabd.com :

- Une interview de Philippe Gauckler à propos de sa précédente série

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