Kid Paddle s’engage dans une nouvelle partie

18 septembre 2009 10 commentaires
  • « Kid Paddle quitte Dupuis » ne manqueront pas de conclure les observateurs. Ce n’est pas exactement cela : après avoir été révélé voici seize ans par l’éditeur de Marcinelle, Midam et son épouse Araceli Cancino s’associent avec Dimitri Kennes pour se lancer sous un nouveau label et une nouvelle aventure : MAD Fabrik.

Kid Paddle, on connaît : c’est un petit personnage de gamer à la casquette verte qui a tendance à confondre ses jeux vidéo avec la réalité. Une fine mécanique d’humour qui a connu sa spin-off avec une autre série : Game Over. C’est un univers créé par Michel Ledent alias Midam pour le Journal de Spirou. Outre sa qualité de dessinateur, il a comme point commun avec Hergé et Franquin d’être né à Etterbeek en Belgique, mais aussi de s’être taillé un honorable succès dans le petit monde de la bande dessinée. C’est Patrick Pinchart qui le fait entrer dans la maison de Marcinelle en 1993. Elle n’aura pas à s’en plaindre : c’est en millions d’albums que se comptent les ventes et deux saisons de dessins animés ont considérablement élargi sa notoriété.

Une volonté d’indépendance

Midam pourrait se contenter de cette success story. Heureux dans un premier temps, il est déçu depuis quelques années. Il a l’impression que Dupuis est devenue une boite trop grande pour gérer avec réactivité et inventivité un univers qui, selon lui, a encore du potentiel. Il a le sentiment que son personnage sert à vendre les autres titres du catalogue Dupuis. Bref, que son éditeur ne s’applique plus suffisamment à le défendre. Son contrat se terminant à mi-2010, il a décidé de reprendre son univers pour lui impulser une dynamique nouvelle.

Kid Paddle s'engage dans une nouvelle partiePour ce faire, il a créé la société MAD Fabrik. M pour Michel, A pour Araceli Cancino, son épouse qui gère la licence de Kid Paddle depuis plusieurs années, assistant Dupuis dans le contrôle de l’usage qui est fait du personnage et D comme… Dimitri Kennes, l’ancien directeur général des éditions Dupuis qui avait démissionné en 2006 pour tenter ensuite de racheter la maison à ses actionnaires, sans succès. [1]

La nouvelle entité se propose de produire quatre albums entre 2010 et 2012 : deux Kid Paddle (une BD et un livre d’illustrations mettant en scène Kid Paddle) et deux Game Over. Les ouvrages seront distribués par Hachette et diffusés par La Diff en France et par Dilibel en Belgique. Les anciens titres, sauf accord particulier avec cet éditeur, resteront chez Dupuis qui profitera encore d’un nouveau titre de Game Over avant la fin de cette année. Ce nouveau démarrage va geler un moment la continuation de la série Harding

Les locaux s’installeront en Belgique à Waterloo, dans une pépinière d’entreprises mettant leur structure dans un environnement commun et dont les activités pourront être complémentaires à ce nouveau label.

Midam, Araceli Cancino et Dimitri Kennes, les trois fondateurs de MAD Fabrik
DR- MAD Fabrik

Une mauvaise nouvelle pour Dupuis

« Notre entreprise n’est pas une action contre Dupuis, précise Midam, Nous avons été heureux de travailler avec eux mais nous pensons que le personnage a encore du potentiel et que cela lui sera profitable si nous nous concentrons sur son développement. Moi, je pourrai me consacrer entièrement à la production, Araceli aux licences des personnages, et notamment celui de Grrreeny dans lequel nous croyons beaucoup, et l’expertise de Dimitri Kennes servira à son exploitation éditoriale. »

Kid Paddle par Midam
(C) Dupuis jusqu’en 2010

Quand on fait remarquer à l’auteur que de Jacobs à Peyo, de Uderzo à Morris , de Brétécher à Gotlib, la plupart de ces aventures auto-éditoriales retrouvaient quelques années plus tard le chemin des éditeurs classiques, Dimitri Kennes répond : «  si la qualité d’auteur et celle d’entrepreneur sont rarement compatibles, j’ai trouvé chez Midam et Araceli une véritable volonté d’entreprendre ! »

C’est un coup dur pour Dupuis qui perd une autre série ces jours-ci : Parker & Badger de Cuadrado qui passe, quant à elle… chez Dargaud, soit dans le même groupe que Dupuis. Joint au téléphone, son directeur éditorial, Sergio Honorez fait savoir qu’il s’attendait au départ de Midam depuis longtemps : « Nous n’avons pas eu de nouveau Kid Paddle depuis trois ans.. ». Quant au départ de Cuadrado, il le ressent comme une volonté de travailler avec une équipe qui lui convient mieux. L’éditeur reçoit cet événement comme une conséquence d’une situation déjà ancienne. Il est dans une phase de redéploiement de son catalogue et se dit confiant pour son programme dans les mois à venir.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

[1Voir notre dossier Dupuis et Media-Participations.

 
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10 Messages :
  • Kid Paddle s’engage dans une nouvelle partie
    18 septembre 2009 08:21, par Vincent

    MAD Fabrik, un stand de plus à Angoulème, hahaha !

    Dans un monde idyllique les séries de Midam et Cuadrado pourraient être toujours prépubliées dans Spirou, mais je me fais pas d’illusion...
    Surtout s’il y a moyen de booster les ventes de KID PADDLE magazine en rapatriant les nouvelles planches sur ce support presse !

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  • Vous ne trouvez pas que ça sent la fin chez Dupuis ? Toutes les nouvelles qui viennent de Charleroi sont mauvaises. Comment peut-on transformer en si peu de temps une maison où il faisait bon vivre en un maison hantée, principalement par d’anciennes gloires qu’on tente de remettre au goût du jour par le biais d’intégrales (très bien faites au demeurant). C’est comme si Dupuis ne se conjugait plus qu’au passé... Plus aucun sang neuf ! Et depuis quelque temps, le sang qui coule encore au présent est contraint ou décide (comme le fait Midam) d’aller couleur ailleurs... C’est triste pour Dupuis, mais longue vie à tous ces auteurs, ces managers et ces éditeurs qui ont quitté l’iceberg Dupuis avant qu’il n’ait totalement fondu...

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    • Répondu par Oncle François, lecteur-expert en BD le 19 septembre 2009 à  22:45 :

      La question n’est pas de savoir si cela sent mauvais ou très mauvais à Charleroi. Dans le cas présent, on a un auteur talentueux (Midam) qui suit un ancien éditeur de Dupuis, démissionnaire. Ils ont travaillé ensemble des années, dans un bon climat. L’éditeur démissionne, il crée une nouvelle boite d’édition et engage l’auteur avec qui il s’entendait bien. Aucun problème pour moi, les histoires de contrats reposent sur la confiance et l’amitié, pourquoi croyez vous que messieurs David B., Trondheim et Sfar publient aujourd’hui ailleurs que dans l’association dont ils étaient co-créateurs (sauf pour Sfar qui est arrivé aprés) ? Telle est la question que j’ose poser, courtoisement !

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      • Répondu le 20 septembre 2009 à  00:08 :

        L’éditeur démissionne, il crée une nouvelle boite d’édition et engage l’auteur

        C’est l’inverse, Midam crée une nouvelle boite d’édition et engage son ancien éditeur.

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        • Répondu par Oncle François le 20 septembre 2009 à  12:43 :

          Exact, toutes mes excuses, j’ai écrit mon post trop vite aprés quelques verres de bon raisiné. Ceci dit, cela ne change rien au fond de ma pensée qui se résume ainsi : un auteur ne fait pas partie des meubles de son éditeur, il est libre de rester ou de partir ! La fusion avec Dargaud Lombard s’etant traduite par la mise à l’ecart des auteurs jugés peu vendeurs ou insuffisamment rentables, je suis heureux de voir qu’un auteur à bestseller en ait profité pour penser : "Pas trés sympa, tout ça ? Et si j’allais voir ailleurs ????"

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          • Répondu par Jérôme de Brandy Connection le 20 septembre 2009 à  17:04 :

            Je doute que Midam quitte Dupuis parce qu’il estime que cet éditeur n’a pas été très sympa avec les auteurs moins rentables. Midam est un artiste de talent (bien que commençant à se répéter) mais aussi un homme d’affaires redoutable (enfin, sutout marié à une femme d’affaires coriace).
            Je suis juste étonné par le capital de départ de la société, telle que publié au Moniteur Belge : 102.000 euros (100.000 pour Midam, 1.000 pour son épouse et son associé, apparemment) : avec ce montant aussi faible, ils ne sauront même pas payer l’imprimeur pour les 300.000 exemplaires du prochain Kid Paddle)

            Jérôme (celui de Brandy Connection, les initiés me reconnaîtront)

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    • Répondu par casterwoman le 21 septembre 2009 à  13:11 :

      Ce qui est incompréhensible, c’est de voir Parker et Badger quitter Dupuis pour l’étage d’au-dessus, Dargaud. C’est la même boîte, non ? À part le fait de ne plus être prépubliés dans le journal de Spirou, je ne vois pas trop ce que ça va leur rapporter... Ou bien doit-on craindre un exode massif, et le départ des autres Canadiens de chez Dupuis, Delaf et Dubuc, avec leurs Nombrils sous le bras ?

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      • Répondu le 21 septembre 2009 à  23:24 :

        avec leurs Nombrils sous le bras

        Faut être drôlement souple pour ça.

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  • Il existait déja un magazine Kid Paddle qui n’était pas édité chez Dupuis non ?

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    • Répondu par LeBaronNoir le 18 septembre 2009 à  13:49 :

      J’espère ne pas dire de bétises, mais au tout début, cela appartenait au groupe Disney avant qu’il y ait eu une refonte et un changement éditorial. Je suis très content de ce nouveau départ pour Midam, leur démélé avec Dupuis dataient un certain temps déjà. Cela va donner un nouvel élan à Kid Paddle et au Petit Barbare dont l’univers mérite qu’on lui prête attention.

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