Knights of Sidonia : la science-fiction de Tsutomu Nihei réenchantée

  • Dénouement de la longue opération de conquête du système de Lem et fin des aventures du vaisseau arche Sidonia. Tsutomu Nihei signe une jolie et positive série de SF grand public, qui aura déstabilisé ses lecteurs habituels, mais pour laquelle il n’y a pas de raison de bouder son plaisir.

Mangaka plébiscité en France pour ses univers de science-fiction oppressants, organiques et désespérés, avec des titres aussi prestigieux que Blame, Noise, Abara et Biomega, Tsutomu Nihei nous a proposé de 2009 à 2015, en quinze tomes, Knights of Sidonia, une épopée de space-opera qui aura divisé les lecteurs.

Nous sommes dans un avenir lointain, à bord d’un vaisseau-arche, le Sidonia, abritant une humanité qui a fui la destruction du système solaire, il y a près de mille ans. Les responsables sont une race extraterrestre, les Gaunas, immenses entités organiques qui dévorent toute forme de vie et qui ont « découvert » la Terre en 2371.

Impuissant à les combattre, l’humanité n’a eu d’autres choix que de fuir : des centaines de vaisseaux arches furent envoyés dans toutes les directions afin d’augmenter leur chance de survie. Le Sidonia est l’un d’eux et il dut, au cours de ces mille ans, faire face à plusieurs reprises aux Gaunas, dont la présence s’étend sur tous les mondes qu’ils ont croisés.

Outre cette menace qui n’est pas sans rappeler les travaux de HR Giger (le père de la créature d’Alien) qui ont toujours inspiré Tsutomu Nihei, la série développe une humanité qui a évolué pour survivre dans des conditions de voyage spatial quasi-éternel.

Knights of Sidonia : la science-fiction de Tsutomu Nihei réenchantée

Grâce au progrès de l’ingénierie génétique, la reproduction asexuelle s’est imposée, et certains habitants de Sidonia naissent même sans sexe, pouvant évoluer vers homme ou femme, selon le partenaire qu’ils choisissent.

Ils ont également abandonné la nourriture classique : modifiés génériquement, ils ont acquis la photosynthèse et se « nourrissent » de lumière. L’ingénierie génétique leur a permis également d’atteindre un semblant d’immortalité pour leurs dirigeants, sans oublier le clonage avec les sœurs Honoka, une « série » de 22 jeunes filles toutes identiques, au physique adulte mais âgées de 5 ans, membres de l’armée de défense de Sidonia.

Le récit débute lorsque Nagate Tanikaze, un jeune homme élevé par son grand-père dans les souterrains de Sidonia et aux origines troubles, est découvert par les autorités. Il se révèle rapidement un pilote de génie, sans égal dans le maniement des Sentinelles, des robots géants défendant Sidonia.

Tout le long des quinze tomes de la série, Tsutomu Nihei va nous conter l’intégration de ce jeune homme dans cette surprenante nouvelle humanité et leur lutte contre les Gaunas, qui s’achève sur un long fil narratif dans lequel ils décident de prendre le contrôle du système planétaire de Lem, colonisé par un immense essaim de Gaunas, afin de s’installer sur la septième planète.

Le rêve de Tsumugi
© 2009 Tsutomu Nihei / KODANSHA

Tout ce qui a fait le succès de Tsutomu Nihei se trouve réuni dans Knights of Sidonia : une civilisation futuriste qui fait la part belle à une nouvelle humanité, une menace monstrueuse et presque invincible, des expériences et des secrets douteux et enfin une situation désespérée où nos survivants peuvent disparaître à chaque nouvelle attaque.

Cependant le ton du récit s’avère assez différent de ses précédentes œuvres, avec une ambiance bon-enfant et légère entre les phases de bataille et d’intrigues scientifiques. Nagate s’avère un bon gars, un peu naïf et assez maladroit, qui se retrouve souvent bien malgré lui à échouer dans le vestiaire des filles !

Si des morts et des sacrifices parsèment l’œuvre, jamais les personnages ne tombent dans la dépression et il y a une forte volonté d’aller de l’avant, et de façon générale une ambiance positive. Dans le même registre, la résidence où vit Nagate accueille au fur et à mesure des personnages féminins qui ne sont pas insensibles à ses charmes, amenant un semblant de comédie romantique.

Les sœurs Honoka de leur côté ne révèlent aucun secret ou névrose particulière : elles sont ce qu’elles apparaissent être : elles vivent une vie normale et luttent comme tous les autres pour la survie de Sidonia, leur foyer.

Nagate le héros à la rescousse !
© 2009 Tsutomu Nihei / KODANSHA

L’élément le plus emblématique de ce ton positif est certainement le personnage de Tsumugi, hybride Gauna-humain, à l’apparence un brin monstrueuse et tentaculaire, mais qui s’avère avoir le cœur d’une jeune fille naïve et courageuse. Acceptée par les habitants de Sidonia, elle tombe même amoureuse de Nagate qui répondra à ses sentiments, nous offrant un des plus étranges et touchants moment de science-fiction de ces dernières années !

En dépit d’un univers violent et difficile, et d’une hard science-fiction comme les apprécie Tsutomu Nihei, Knights of Sidonia s’est donc révélé avant tout comme une série grand public, et le fait qu’elle soit jusqu’à présent la seule de ses œuvres adaptées en série TV animé [1], par le studio Polygon Pictures, qui signe aussi, et sous le même format, l’adaptation animé d’Ajin, va bien dans ce sens.

On pourra toujours regretter que Tsutomu Nihei ait choisi le ré-enchantement plutôt que le désenchantement mais la série conserve tout de même des qualités « classiques » de son travail, à savoir un univers et des situations qui font la part belle à une science-fiction pointue et des combats contre des créatures dignes des travaux de HR Giger, où le malaise et l’oppression sont indéniablement présents.

Dans le quinzième et dernier tome, la longue lutte pour le contrôle du système de Lem trouve donc sa conclusion et le grand essaim de Gaunas est finalement détruit grâce au plan de nos héros... même s’il y eut des imprévus et les dommages ont été sévères ! Nous retiendrons de la bataille finale une gestion de trois fronts assez bien fichue, proposant des moments de bravoure pour la plupart des personnages.

Le casting de la série au grand complet
© 2009 Tsutomu Nihei / KODANSHA

Du côté de l’histoire, l’univers relativement développé aura finalement servi essentiellement à une histoire de guerre et de survie de l’humanité assez classique. Comme souvent chez le mangaka, les réponses manquent cruellement sur certains points, et même si le récit aura été relativement trépidant et émouvant, pour les grandes énigmes de la série, comme les Gaunas et l’origine du Lemme et du grand artefact, il faudra repasser !

La grande force de la série reste et restera ses personnages. Le petit harem réuni autour de Nagate aura proposé une belle brochette de figures féminines, fortes et compétentes, et le personnage de Tsumugi demeurera inoubliable !

Nous avons droit à une Happy End, avec quelques portes ouvertes comme l’image de fin qui nous montre la fille de Nagate aux prises avec des Gaunas. Vraie suite attendue ou simple symbolique afin de signifier le cycle sans fin de lutte de l’humanité pour sa survie ? Il n’y aura sans doute pas de séquelle mais nous pouvons compter sur Tsutomu Nihei pour nous offrir quelques autres histoires courtes sur cet univers, comme il l’a fait pour Blame par exemple.

Série de science-fiction subtilement articulée et clairement tournée vers le grand public, Knights of Sidonia aura sans doute déçu certains lecteurs vétérans de l’œuvre de Tsutomu Nihei, mais les aventures de Nagate et ses amies auront aussi su proposer de belles choses, parfois légères, mais inattendues et émouvantes, et notamment cette guerre rondement menée aux personnages indéniablement attachants.

© 2009 Tsutomu Nihei / KODANSHA

(par Guillaume Boutet)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Knights of Sidonia T15. Par Tsutomu Nihei. Traduction Yohan Leclerc. Glénat Manga, collection "Seinen". Sortie le 24 août 2016. 260 pages. 7,60 euros.

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Knights of Sidonia sur ActuaBD :
- Lire la chronique du tome 1,
- Lire la chronique du tome 2.

Tsutomu Nihei sur ActuaBD :
- Lire la chronique des tomes 1 à 5 de Biomega,
- Lire la chronique des tomes 1 & 2 d’Abara.

[1Knights of Sidonia a donné lieu à un animé de deux saisons :

- 12 épisodes diffusés d’avril à juin 2014,
- 12 épisodes diffusés d’avril à juin 2015.

Notons que l’adaptation animée est réalisée en animation 3DCG (3D Computer Graphic, animation assistée par ordinateur).

 
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1 Message :
  • Un mot sur la fin de la série. [SPOILER]

    Je la trouve excellent, la guerre sur plusieurs front, bien ficelé et sur 2 tom.

    Tout les personnages on un rôle important, on est en suspense on n’arrive pas à arrêter la lecture.

    La fin démontre le grand talant du mangaka.

    Plusieurs personnes critique la qualité des images de la guerre finale, moi n’étant pas exigent sur ce point, j’ai rien remarqué.

    Merci Tsutomu Nihei pour ce Manga, c’est un de mes favoris.

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