L’Affaire « Tintin au Congo » prend un tour judiciaire

7 août 2007 41 commentaires
  • Jusqu’où faut-il aller dans la repentance ? « {Il faut la dépasser}», affirmait le président français Nicolas Sarkozy dans son discours prononcé en juillet dernier à l’Université de Dakar. Ce n’est pas l’opinion des éditeurs anglais et sud-africain de Tintin, ni celle d’un étudiant congolais qui vient de porter plainte à Bruxelles contre « Tintin au Congo » pour « racisme ».

L’affaire enflait depuis le printemps dernier. D’abord en Angleterre, ainsi que nous vous l’avions rapporté, où un signalement avait été formulé auprès de la Commission britannique pour l’égalité raciale, laquelle avait jugé que l’album Tintin au Congo, créé par Hergé en 1931 et diffusé quasiment sans interruption depuis, « dépassait l’entendement », en raison de « préjugés racistes abominables, où les ‘indigènes sauvages’ ressemblent à des singes et parlent comme des imbéciles ». En conséquence de quoi, la chaîne de librairie Borders avait classé l’ouvrage dans la section « pour adultes »

C’est ensuite, le 28 juillet dernier, l’éditeur sud-africain Human & Rousseau qui renonçait à une édition de l’ouvrage en afrikaans, car son éditeur s’est soudain rendu compte que la publication de cet ouvrage publié dans une langue qui était celle de l’oppresseur blanc pouvait être mal interprétée par certaines catégories de la population (l’étude obligatoire de l’afrikaans à l’exclusion de tout autre idiome à l’université avait été à l’origine des émeutes sanglantes de Soweto le 16 juin 1976). Dans le même mouvement, le grand éditeur Penguin signalait que la diffusion de l’édition anglaise en Afrique du Sud ferait l’objet d’un avertissement informant le lecteur du « caractère raciste » de certaines scènes de l’album.

Plainte pour « racisme » à Bruxelles

C’est aussi, si l’on en croit l’agence Belga qui l’annonce aujourd’hui, une plainte formulée le 23 juillet dernier, à l’encontre de Moulinsart, la société qui gère les droits d’Hergé, par un citoyen congolais résident à Bruxelles, M. Mbutu Mondondo Bienvenu, auprès du tribunal de première instance de Bruxelles. Le plaignant juge l’album « raciste et xénophobe ». « Ce sont les thèses racistes qui ont servi de support à l’idéologie politique pour pratiquer des discriminations sociales, des ségrégations ethniques et commettre des violences, dont des actes de génocides. “ Mission sacrée de civilisation entre 1885-1960” », commente-t-il pour appuyer son action en justice. Il se réfère à la décision de la Commission britannique pour l’égalité des races et ajoute que Hergé lui-même reconnaissait que cet album était le produit de ses préjugés. En conséquence de quoi, notre citoyen congolais réclame 1€ de dommages et intérêts.

L'Affaire « Tintin au Congo » prend un tour judiciaire
Tintin au Congo, par Hergé.
Déjà, par le passé, Hergé avait dû modifier l’album suite à des pressions diverses. (C) Moulinsart / Casterman

Condamner l’air du temps

Si effectivement, Hergé, qui déclarait en 1974 à Henri Roanne « ne pas aimer les coloniaux », reconnaissait qu’il ne pouvait à l’époque s’empêcher de « considérer les Noirs comme des grands enfants », l’auteur n’était, selon son biographe Benoît Peeters, « pas plus raciste que les autres » [1]. Car là est la question. Que va-t-on demander aux juges ? De condamner l’air du temps ?

M. Sarkozy, le 26 juillet dernier, tenait ces propos aux jeunes étudiants venus l’écouter à l’université de Dakar : « Jeunes d’Afrique, je ne suis pas venu vous parler de repentance. Je suis venu vous dire que je ressens la traite et l’esclavage comme des crimes envers l’humanité. Je suis venu vous dire que votre déchirure et votre souffrance sont les nôtres et sont donc les miennes. Je suis venu vous proposer de regarder ensemble, Africains et Français, au-delà de cette déchirure et au-delà de cette souffrance. Je suis venu vous proposer, jeunes d’Afrique, non d’oublier cette déchirure et cette souffrance qui ne peuvent pas être oubliées, mais de les dépasser. » Cette allocution avait été vivement critiquée par la presse sénégalaise.

Une évolution des mentalités accompagnée par la bande dessinée

De son côté, l’historien Sylvain Venayre, commissaire de l’exposition qui a eu lieu à Charleroi en février 2005, Le Remords de l’homme blanc, déclarait dans nos colonnes, en plein débat sur le « caractère positif de la colonisation » : « Les stéréotypes racistes qui accompagnèrent la colonisation à partir de la seconde moitié du XIXe siècle furent très largement portés par l’image : les dessinateurs, les caricaturistes du tournant des XIXe et XXe siècles, portent ainsi une grande part de responsabilité dans la diffusion de ce discours raciste. » Mais il ajoutait que depuis, des œuvres militantes, comme Les Passagers du vent de François Bourgeon (Casterman) ou encore Deogratias de Jean-Philippe Stassen (Dupuis), ont fait ce travail d’analyse et de mémoire qui rétablit l’image des artistes de bande dessinée.

Il reste que, même si cette plainte est compréhensible, elle est dénuée de bon sens. Si elle devait aboutir, des pans entiers de notre culture, de Voltaire à Kipling, de Rubens à Ingres, devraient être enfermés dans l’enfer des musées et des bibliothèques.

En revanche, il serait bienvenu que des œuvres véhiculant des stéréotypes racistes, c’est le cas pour les albums d’Hergé, mais aussi pour certains titres de Jijé ou d’Hubinon, pour ne citer que quelques classiques de l’école belge, soient accompagnées d’éléments qui permettent d’identifier clairement le contexte de leur réalisation, au besoin par l’adjonction d’un feuillet pédagogique. Les nouveaux lecteurs n’auraient alors pas seulement le privilège d’accéder à un classique, ils apprendraient aussi l’histoire.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

En médaillon : Illustration de la première édition de Tintin au Congo (1931) par Hergé. (C) Moulinsart/Casterman.

[1In Benoît Peeters, Hergé, fils de Tintin, Flammarion, Paris, 2002, p.79.

 
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41 Messages :
  • Tout en sachant que ce site n’est pas un forum politique, je tiens à revenir sur le discours "positif" que vous attribuez au Président Sarkozy.

    Pour être complet quant aux propos du Président de République, la presse et l’opinion africaine se sont davantage émues des paragraphes ci-dessous plutôt que de l’extrait -positif- que vous citez.

    Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin.

    Le problème de l’Afrique et permettez à un ami de l’Afrique de le dire, il est là. Le défi de l’Afrique, c’est d’entrer davantage dans l’histoire. [...]

    Le problème de l’Afrique, c’est de cesser de toujours répéter, de toujours ressasser, de se libérer du mythe de l’éternel retour, c’est de prendre conscience que l’âge d’or qu’elle ne cesse de regretter, ne reviendra pas pour la raison qu’il n’a jamais existé.

    Le problème de l’Afrique, c’est qu’elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l’enfance.

    Le discours complet est disponible un peu partout sur Internet.

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    • Répondu par Didier Pasamonik le 7 août 2007 à  22:23 :

      Vous avez raison, votre intervention est hors sujet.

      Mais pour que nos lecteurs puissent se faire leur propre opinion, voici un lien où ils trouveront le discours dans son intégralité :

      Allocution de M. Nicolas SARKOZY, Président de la République, prononcée à l’Université de Dakar.

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      • Répondu par Poisson Radieux le 8 août 2007 à  08:33 :

        Si elle devait aboutir, des pans entiers de notre culture, de Voltaire à Kipling, de Rubens à Ingres, devraient être enfermés dans l’enfer des musées et des bibliothèques.

        L’hyperbole de nature purement rhétorique de votre phrase ne doit quand même pas faire oublier que le vrai problème réside peut-être dans l’attitude des éditeurs d’Hergé, qui maintiennent depuis des années dans une collection grand public, et sans contextualisation historique (que vous avez raison d’appeler de vos voeux) une bande dessinée qui, malgré ses "révisions" successives reste, on peut tout de même le comprendre, assez choquante pour certains. Je ne parlerai même pas de l’incorporation récente de Tintin chez les Soviets dans la collection principale, quand Hergé lui-même n’en avait accepté la republication qu’en fac-similé, après bien des hésitations, et pour mettre fin au trafic des collectionneurs. Vous citez Jijé et Hubinon, mais l’audience de leurs vieux albums n’est quand même pas la même.

        Autre chose : j’ai toujours été frappé quant à moi de l’inanité de l’argument visant à cantonner le racisme (il est vrai assez bonhomme) d’Hergé au seul Tintin au Congo, quand Coke en Stock, par exemple, sous des dehors de dénonciation de l’esclavage moderne, véhicule encore une image dévalorisante et infantilisante des Africains (Hergé a raison de dire qu’il les voit comme de grands enfants) : "Nous y en a êt’e bons c’oyants, nous vouloi’ aller à la Mecque".

        Enfin, ce qui n’a rien à voir, je tiens à préciser que le lien fourni vers le discours du Président de la République ne fonctionne pas.

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        • Répondu par Didier Pasamonik le 8 août 2007 à  08:58 :

          Vous citez Jijé et Hubinon, mais l’audience de leurs vieux albums n’est quand même pas la même.

          Je suis d’accord sur le fait que l’audience n’est pas la même, mais ce ne sont pas des "vieux albums", ils ont été réédités récemment dans des compilation comme "Tout Jijé" ou "Tout Buck Danny".

          Voici à nouveau le lien du discours de M. Sarkozy :

          Allocution de M. Nicolas SARKOZY, Président de la République, prononcée à l’Université de Dakar

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        • Répondu par Arnaud le 8 août 2007 à  12:27 :

          quand Coke en Stock, par exemple, sous des dehors de dénonciation de l’esclavage moderne, véhicule encore une image dévalorisante et infantilisante des Africains (Hergé a raison de dire qu’il les voit comme de grands enfants) : "Nous y en a êt’e bons c’oyants, nous vouloi’ aller à la Mecque".

          Tsss... tsss... relisez donc Coke en Stock !... Les Africains ne s’y expriment justement pas comme ça !...
          La citation exacte est : "Nous on est pas des ectoplasmes à roulettes, M’sieur. On est des bons musulmans. On veut aller à La Mecque."
          Où voyez-vous une image dévalorisante et infantilisante là-dedans ?...
          Vérifiez vos sources !!!

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          • Répondu par Poisson Radieux le 8 août 2007 à  14:46 :

            OK, cette citation ne prétendait pas être exacte, et je n’ai pas pris le temps d’aller chercher l’ouvrage sur un rayonnage, l’ayant uniquement cité de mémoire. Mea culpa. Mais si vous ne voyez pas une image dévalorisante des Noirs dans la mise en scène de ces sombres crétins qui se font répéter vingt fois la même chose sans rien comprendre, je ne sais pas ce qu’il vous faut. Je tenais simplement à souligner qu’Hergé a, malgré l’image qu’on s’en fait, conservé jusqu’à la fin des stéréotypes raciaux qui, pour ne pas être être haineux, n’en sont pas moins réels.

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            • Répondu par Arnaud le 8 août 2007 à  20:00 :

              Désolé mais non... Les noirs ne sont pas plus mal-traités dans Coke en Stock que ne le sont les sud-américains dans les Picaros, voire... les Belges, par l’intermédiaire de Séraphin Lampion, de la fanfare de Moulinsart, bref de tous les personnages qui ne font pas preuve immédiatement de la plus totale compréhension.
              Chacun sait de plus que Coke en Stock fait référence à des faits réels, et que donc l’idée de noirs se faisant abuser par des traficants d’esclaves n’a malheureusement rien à voir avec des a priori raciaux chez Hergé !...

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          • Répondu par Christophe Krummenacher le 8 août 2007 à  18:06 :

            A propos de Coke en stock : là aussi il y a différentes versions et dans les plus anciennes les noirs libérés de la cale du Ramona s’expriment de manière plus "caricaturale" que dans les versions récentes, missié devenant monsieur, etc...

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            • Répondu par Poisson Radieux le 8 août 2007 à  22:07 :

              Euh, non. Dans le cas des Arabes, des Belges, ou encore des Chinois, il y a collection d’individualités marquées, différentes. Dire que Hergé s’amuse à faire de l’humour de ces individualités là, et aussi parfois des stéréotypes nationaux, je pense que tout le monde est d’accord. Dans le cas des Noirs de Coke en Stock toutefois, il y a un groupe indéterminé, qui agit comme masse (regroupé derrière son chef, ce qui ajoute à l’effet comique), et de plus, je maintiens, parfaitement crétin. Mettre les deux sur le même plan n’a pas grand sens à mon avis. Ces Noirs-là sont les mêmes que ceux de Tintin au Congo, et n’ont pas changé d’un iota. La remarque du lecteur précédent me semble d’ailleurs conforter mon apinion là-dessus.

              Qu’on s’entende bien, je ne suis pas de ceux qui mettent Hergé sur le même plan que Gobineau, et je sais parfaitement faire la part de l’héritage politico-culturel et du contexte de l’époque. Cette histoire de procès n’est pas bien sérieuse et je pense, comme je l’ai dit plus haut, qu’il est de la responsabilité de l’éditeur de contextualiser cette oeuvre pour la rendre accessible au public. Mais citez-moi une seule page d’Hergé (vous avez la part belle, il y a très longtemps, vingt ans au moins, que je n’ai pas relu certains albums, notamment Jo Zette et Jocko) qui contredise cette représentation des Noirs et je vous donnerai raison, si je suis convaincu. Pour Coke en Stock...

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              • Répondu par Sergio Salma le 9 août 2007 à  12:18 :

                Acceptons une fois pour toutes que Hergé était raciste . C’était un assez jeune artiste qui s’amusait en dessinant. Je trouve absurde de penser que l’on doive contextualiser et tempérer notre jugement parce qu’à l’époque il reflétait la majorité ou un grand courant d’opinion. ça reviendrait alors à accepter et comprendre bien des génocides ou autres horreurs qui étaient aussi le reflet de la majorité des opinions(et aussi que la terre était plate ). Je tiens à dire que je suis un admirateur de l’oeuvre d’Hergé. Autant le fond de sa pensée était réactionnaire autant sa forme était novatrice ; son dynamisme, sa liberté ( revoyons les autres bandes dessinées ou autres illustrés de l’époque), à part Saint-Ogan en Europe, ils avaient tous 20 ans de retard sur lui. Ils bousculaient les codes, ravageait le medium, se moquait des conventions et profitait (en les inventant) des possibilités de ce qu’on appelait pas encore le 9ème art.

                Ce n’est pas George Rémi qui m’intéresse. Lui il pense ce qu’il veut. C’est Hergé que je lis.

                Pour revenir à cet album-là, il est curieux que l’affaire qui nous préoccupe et sur laquelle on attire l’attention est cette vision rétrograde et douteuse de la relation noir/blanc. Etant petit ce qui m’avait choqué dans Tintin au Congo c’était la violence extrême dont fait preuve Tintin envers les animaux. Il les explose, les dézingue, les extermine.
                Il est condescendant avec les hommes qu’il rencontre, il est sanguinaire avec les animaux. ça ne choque personne ? En ces temps de préservation de la nature en danger...

                Pour terminer mon intervention, je voudrais aussi exprimer une opinion sur toutes les bandes dessinées d’aventures (et tant qu’on y est incluons aussi les romans , les films...)Quand l’occident friand d’histoires envoie par l’intermédiaire de ses créateurs (écrivains , dessinateurs, cinéastes) ses héros dans les jungles et les déserts , il met en scène un monde rêvé, plein de promesses parfumées d’exotisme.
                J’ai toujours considéré que l’aventure , et le genre en lui-même, était un peu" raciste".
                Pourquoi ?!
                Parce que chaque fois qu’intervient l’autre, l’étranger, c’est qu’il y a un souci. L’étranger est synonyme de problème, d’énigme bref de complication. Que tout ça soit fait sous couvert d’humour est évident, il n’empêche que ces millions d’histoires sont racontées à des millions d’enfants ou d’adultes qui , je pense, inconsciemment, accepte l’idée dans leur for intérieur qu’il vaut mieux rester chez soi et que tous ces pays lointains font peur autant parce qu’il sont peuplés d’animaux sauvages et venimeux que d’êtres pas tout à fait comme nous.
                La misère et la magouille y règnent en maîtres, ils sont tous obligés de survivre et sont dangereux justement parce qu’ils sont en danger.
                On passera sa vie en faisant des voyages pour désapprendre toutes ces bêtises.

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                • Répondu par Sergio Salma le 9 août 2007 à  12:51 :

                  Pouvez-vous corriger la faute d’orthographe au dernier paragraphe ? " ...d’enfants ou d’adultes qui acceptENT l’idée ..."

                  si on ne met pas le pluriel alors qu’ils sont des millions !

                  merci beaucoup

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                  • Répondu par Didier Pasamonik le 9 août 2007 à  13:33 :

                    Non, Sergio, une fois la message publié, il est gravé dans le marbre.

                    Comme on dit dans ces cas-là : "Les lecteurs auront rectifié par eux-mêmes".

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                • Répondu par PPV le 9 août 2007 à  16:30 :

                  Mr Salma :
                  ahem ! Comparer une vue paternaliste des africains telle que l’avait Hergé et des millions d’autres de son temps aux génocides de masse en prenant appui sur votre opinion qu’ils étaient acceptés parce que le reflet d’une époque me laisse pantois...Voilà un raccourci bien péremptoire !

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              • Répondu par Arnaud le 9 août 2007 à  16:01 :

                "Mais citez-moi une seule page d’Hergé qui contredise cette représentation des Noirs et je vous donnerai raison"

                Sur un cas légèrement différent mais néanmoins proche, Hergé dénonce clairement les lynchages de noirs dans Tintin en Amérique...
                Rappelez-vous... Un bandit mexicain a braqué une banque, tué le directeur, et Tintin est accusé car le bandit a échangé ses chaussures avec lui pendant qu’il dormait.
                Or au début de cette histoire, une case montre l’employé de la banque dialogant avec la police :
                Employé de Banque : Ce matin, lorsque je suis arrivé à la banque, comme d’habitude, j’ai trouvé le patron dans cet état, et le coffre-fort ouvert… J’ai donné l’alarme. On a immédiatement pendu sept nègres, mais le coupable s’est enfui…
                J’admets que ça n’est pas tout à fait l’exemple que vous demandiez, mais tout de même... la prise de position est claire.

                On pourra noter aussi quelques personnages noirs dans Le Crabe aux Pinces d’Or, ou l’Or Noir, personnages secondaires certes mais qui ne se signalent pas par une caractéristique particulière...

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      • Répondu le 8 août 2007 à  08:58 :

        Non monsieur Pasamonik, cette intervention n’est absolument pas hors sujet : vous avez vous même qualifié dans votre article l’intervention de monsieur Sarkozy "d’allocution pourtant positive". C’est ce qui s’appelle prendre parti dans le cadre d’un discours politique.

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        • Répondu par Didier Pasamonik le 8 août 2007 à  09:30 :

          Non monsieur Pasamonik, cette intervention n’est absolument pas hors sujet : vous avez vous même qualifié dans votre article l’intervention de monsieur Sarkozy "d’allocution pourtant positive". C’est ce qui s’appelle prendre parti dans le cadre d’un discours politique.

          D’abord, c’est mon interlocuteur qui le dit, je ne fais que l’approuver. Ensuite, je ne laisserai pas dériver un sujet qui concerne la bande dessinée vers un débat politique et celui-ci seulement, et c’est en quoi il est hors sujet.

          Enfin, l’envie de M. Sarkozy de positiver la relation de la France avec l’Afrique me semble évidente. Libre à vous de l’interpréter restrictivement, mais c’est votre opinion.

          Si vous faites partie des gens qui pensent que la bande dessinée ne doit avoir aucun lien avec la politique (au sens le plus large et quelle que soit l’obédience) et que la politique n’a pas sa place dans le discours sur la bande dessinée, l’exemple de Tintin au Congo, précisément, vous démontre que vous avez tort.

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          • Répondu par Goldenfred (une minorité visible) le 8 août 2007 à  10:39 :

            Cette plainte n’est certainement pas "dénuée de sens".
            On ne peut nier le besoin très légitime de certaines personnes qui tiennent à mettre, officiellement et judiciairement, l’accent sur les propos nauséabonds qui parsèment cette bande dessinée.
            Cette plainte relève plus d’une logique de non-indifférence symbolique que d’un acte "dénué de bon sens", la preuve étant que le plaignant semble réclamer 1 euro de dommages et intérêt.

            Cela n’a rien à voir non plus avec des pans entiers de notre culture d’il y a 100 ans ou plus et qui n’ont plus aucun echo direct sur les préocupations d’aujourd’hui.
            Cela a à voir avec la culture populaire et certains objets ultra-diffusés de cette culture populaire. On ne peut plus aujourd’hui diffuser et vendre à des millions d’exemplaires un disque, un film, ou une bande dessinée au contenu ouvertement raciste et/ou colonialiste, même d’un temps révolu.

            Attention, c’est une constatation et non un argument :
            Le passé, qu’on le veuille ou non, est aujourd’hui soumis à une introspection qui ne fait que prendre de l’ampleur.
            C’est ainsi et il faudra faire avec, même si cela aboutit à des non-sens juridiques et génère des plaintes maladroites. Il y a derrière ce type de controverse un véritable problème de fond qui mêle culture, histoire, diffusion de masse et profit. Bref, un bon gros noeud difficile à démêler... mais un noeud réel.

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            • Répondu le 8 août 2007 à  14:41 :

              "diffusion de masse"dites vous
              à l’heure d’internet c’est amusant
              ceci dit le personnage de Tintin est effectivement très connu
              mais l’album "Tintin au Congo" ? ça se vend à qui et à combien d’exemplaires aujourd’hui ?
              vous croyez vraiment que les gosses d’aujourd’hui lisent ça ? et s’ils le lisent qu’ils ne lisent QUE ça ? qu’ils n’ont pas d’autres sources, d’autres influences bien plus MASSIVES ?
              on peut aussi se demander ce qui conduit des libraires à coller Tintin au Congo au rayon enfants et qu’on soit obligés d’en passer par le juge pour gérer des linéaires...

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              • Répondu par Xav Kord le 8 août 2007 à  21:14 :

                J’aurais plutôt préféré que le type qui a porté plainte contre Hergé souligne le parcours individuel de l’homme, qui, à moins de 20 ans, reflétait bien évidemment les idées reçues de son entourage (et "le Petit Vingtième" n’est pas le prototype des idées humanistes de l’époque...), pour aboutir à ce qu’est devenu Georges Rémi ensuite.
                Comme quoi l’être humain peut s’améliorer...

                Ceci dit, j’imagine que cette action a valeur de symbole et ne vise en aucune manière l’individu Hergé.

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                • Répondu par justice auxiliary le 10 janvier 2008 à  16:59 :

                  Je crains certains jugements hâtifs, qui accentuent la confusion sur l’affaire :

                  (a) Il ne s’agit pas d’un procès post mortem d’Hergé : le titutaile de l’action le sait. Il est faux de dire qu’Hergé soit mort. Sinon, son oeuvre mourrait avec lui. Si elle continue "à être diffusée", comme pense le plaignant, c’est que l’auteur est encore vivant. Ce, à travers Moulinsart, son héritier.

                  (b) A ce titre, Hergé peut-il répondre des ses propos "racistes", qui remontent d’une certaine époque et qu’il faut situer dans leur contexte, mais dont la rediffusion résiste au changement d’époques et de mentalités ? C’est là le noeud !

                  Je trouve banal que l’affaire soit dite ridicule. Très banal qu’elle fasse l’objet d’un amalgame avec d’autres BD ou écrits du genre : toute affaire en Justice est toujours un cas particulier. Sauf clause de conscience, toute cause est défendable, en ce sens que celui qui assigne a le droit d’exposer et d’argumenter sa plainte, et l’accusé a le droit de présenter sa défense. Trouvez-vous donc que ni l’étudiant ni Moulinsart n’ont ces droits ? Je me réserve d’étaler ici ma vision des choses, sur une affaire si complexe, et souhaite bonne route aux borborygmes.

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  • "Les passagers du vent" est une de mes séries préférées. Pourtant, je me demande dans quelle mesure on ne pourrait pas lui reprocher un certain "révisionnisme", le regard de l’héroïne reflètant un état d’esprit humaniste typique de la fin du XXe siècle qui devait être extrêmement rare à l’époque et donc non-représentatif.

    De même, la mise au placard de certaines oeuvres ne serait-elle pas également un acte révisionniste ? Comment les générations à venir pourraient se faire une idée des moeurs d’une époque si les seuls récits disponibles sont tous revus et censurés selon les moeurs de NOTRE génération ?

    "Deogratias" ou "Tintin au Congo" apportent non seulement un témoignage des faits historiques mais aussi et surtout des comportements qui prédominaient à l’époque. Tout comme le racisme ordinaire de l’affaire Dreyfus ou celui des studios d’Hollywood vis à vis des amérindiens, par exemple (devrait-on supprimer la moitié des films de John Wayne ?). En ce sens, cet ouvrage est donc précieux, même si une datation claire et argumenté pourrait être ajoutée à destination d’enfants non-encore avertis.

    PS : j’allais faire la même remarque concernant la citation du discours de Sarkozy. Comment une telle réponse pourrait-elle être hors-sujet puisque l’extrait (non-représentatif puisque ne montrant pas les véritables raisons de la colère des journalistes africains) est lui-même DANS le sujet ? ;-)

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    • Répondu par Laurent le 8 août 2007 à  10:50 :

      Pourquoi mêler les Passagers du vent à cette histoire ? Au nom d’un prétendu révisionnisme qui n’existe que dans votre imagination ?

      Au XVIIIe siècle, les voix des abolitionnistes se faisaient déjà entendre. En 1776, l’Encyclopédie condamne l’esclavage et la traite. A partir de 1789, Brissot, Condorcet ou l’abbé Grégoire militent au sein des assemblées successives pour obtenir son abolition qui sera votée en 1794 par la Convention. Certes, cette position est probablement minoritaire (on dirait aujourd’hui très parisienne) et le Consulat rétablira l’esclavage. Mais il est totalement stupide de parler de révisionnisme parce que Bourgeon campe quelques personnages humanistes au siècle des lumières.

      Et pour sortir un peu hors de France, la traite sera abolie entre 1807 et 1815 par les puissances occidentales (Europe + USA), décision qui n’a pu être obtenue qu’à condition qu’un courant d’opinion y soit favorable.

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  • Interrompre la parution de Tintin au Congo ? Cela me semble irraisonnable, au vu des arguments (bien vus) selon lesquels il s’agit d’une vision de l’époque. Par contre il serait en effet très bien qu’une juridiction impose aux prochaines rééditions, dès à présent, de faire figurer au début de l’album un AVERTISSEMENT, pour que les lecteurs disposent dorénavant de toutes les clés nécessaires leur permettant de déchiffrer au mieux cette oeuvre. Certes, d’aucuns opposeront que des tonnes de livres sont xénophobes et/ou racistes et toujours vendus, mais n’oublions pas que Tintin au Congo est lu avant tout....par des enfants ! Un public-cible peu informé (et pour cause) de ce qui s’est passé il y a un siècle dans les colonnies !

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    • Répondu par François Boudet le 8 août 2007 à  09:41 :

      De même qu’il y a dans les ouvrages du "Roi Léo" en français un avertissement sur l’image caricatural des Africains véhiculée par Tezuka à l’époque, cela ne me choquerait pas qu’il y a un avertissement dans les albums de "Tintin au Congo"... Les oeuvres de Tezuka n’étant pas moins sacralisées et importantes que celles d’Hergé. L’essentiel est que les oeuvres ne soient pas dénaturées surtout.

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    • Répondu par mmarvin le 8 août 2007 à  09:59 :

      L’annonce de cette plainte idiote est hélas révélatrice des temps actuels. Sous couvert de lutte pour l’histoire et pour la morale, certains en profitent pour exorciser leur mal-être personnel ou pour se faire une publicité à bon compte. Ne réclamer qu’un euro en guise de dommages montre cependant qu’il n’ a pas volonté d’enrichissement, ce qui est déja ça. Mais en quoi l’album de BD peut il est responsable du ressenti raciste vécu par cet étudiant ? Ne devrait-il pas porter plainte contre les partis xénophobes de son pays qui sont encore plus virulents qu’ici ?

      Pour ce qui est de l’album, il est vrai qu’il présente une vision raciale claire et nette mais tous les auteurs ou presque de l’époque considéraient l’existence de races inférieures comme allant de soi. Nier cette évidence, c’est nier l’histoire de l’art, de la littérature et surtout, c’est nier l’évolution des idées et les fantastiques progrès accomplis dans ce domaine. Notre étudiant doit être bien médiocre pour avoir oublié qu’on ne doit jamais juger un homme ou une oeuvre d’une autre époque avec les critères moraux de la notre.

      Pour finir, un avertissement sur le contexte est absolument acceptable, et ce ne serait pas une première. La réédition du Roi Léo de Tezuka porte une telle mention en page de garde, quoique à la lecture du manga, les africains ne me semblent pas franchement plus mal lotis que les chasseurs blancs qui eux en prennent pour leur grade...

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  • Tout ceci est parfaitement grotesque !!! La colonisation et le mode de pensée qui va avec ont disparu, mais elles ont bien existé ! Va-t-on parce que le monde a évolué (positivement, bien sur !) renier toutes les expressions artistiques de cette époque, même si elle est révolue ? Ce serait une ineptie, et il est incroyable qu’on fasse un foin médiatique au sujet de cette lamentable affaire !

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  • Bonjour,

    Cette affaire est effectivement recurrente. Je suis assez d’accord pour dire que juger une BD de 1930 avec les criteres actuels n’est pas adapté pour faire un proces de racisme. C’est le même principe que les debats sur l’utilisation du mot "negre" dans les ouvrages d’avant guerre.
    Si je pense qu’un avertissement pourrait effectivement être utile en en tête de ce livre de tintin, je pense qu’il ne faut pas prendre les lecteurs pour des idiots non plus. Quand on lit tintin en Amerique par exemple (quelle que soit la version), ou tintin chez les soviets, les jeunes lecteurs actuels se rendent immédiatement compte que ce livre est une grossiere caricature (dans le cas de tintin en Amerique, gangsters de chicagos, cow boys, indiens...). Je passe evidemment sur le lotus bleu et la domination japonaise en Chine... c’etait deja vrai il y a 20 ans alors a fortioi maintenant.
    Par contre, je voulais revenir sur l’exemple pris dans l’article avec la censure du passage dans la salle de classe.
    Je trouve que la seconde edition est plus meprisante que la premiere. Les eleves ont l’air d’avoir dans les 8-10 ans et tintin enseigne 2+2 a une bande d’ignorants... c’est plus "incisif" car sorti d’un contexte historique qui etait lui evident, et surtout moins meprisant, de l’enseignement sur la belgique.

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  • Tintin , vous savez c’est déjà de l’Histoire ancienne pour nombre de jeunes lecteurs.
    Dans 70 ans que dira-t-on de Titeuf ou du petit Spirou.
    Il est dommage que seuls des "scandales" de ce genre soient encore en mesure de nous rappeller que cette vieille icône presque aussi décrépie et oubliée que "Bécassine" ait un jour existé.

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  • les gens de culture orale ne connaissent pas leur chance.

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  • Moi aussi je vais m’en prendre à uderzo & Gosciny
    j’en ai marre come on s’en prend à mes ancètres les gaulois ! Cherchez bien il y a du racisme !!

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  • IL est dommage que l’on, puisse juger des situations antérieures avec les critères actuels.
    Il faut également dire au plaignant que les lois avec effet rétroactif n’existent pas ;et que le racisme était totalement absent dans les actes et amitiés de Hergé.
    Il est désolant de devoir constater qu ’actuellement on peut être traité de raciste par des personnes incapables de recul et d’humour dans leur jugement ?ses personnes sont-elles complexées et voient-elles des intentions racistes dans tout ce qui ne leur plait pas ?????
    G.De Baes

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  • Il y a des albums qui sont racistes du titre à la dernière case. "Les blagues belges" par exemple.
    Mais cela semble être du racisme toléré.
    C’est assez surprenant ces différences de jugements

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    • Répondu le 9 août 2007 à  13:04 :

      Bonne remarque ! Et si on faisait un procès posthume à Coluche pour avoir lourdement mis 50 couches sur les belges ? Il les as suffisament traité de cons, et personne à part les belges bien sur n’y ont rien trouvé à redire parce que cet humour lourdingue et franchouillard était le reflet de son temps ! Mieux encore : aujourd’hui quand on parle de Coluche, on se souvient - à juste titre !!! - de ses actions pour les démunis et non de ses moqueries sur un peuple !

      Et ne souriez pas, ce n’est pas si différent !!!

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  • Toute cette affaire est intéressante sur bien des points :

    - Elle permet de faire comprendre en 2007 de toute la valeur de la Bande Desssinée, qui a la puissance d’une oeuvre sociale, politique et bien sur artistique. Tintin est un mythe, ancré dans un contexte donné, et est attaquable en tant que tel (au même titre que le visage "noir" rieur de Banania...).

    - Pour revenir sur Tintin au Congo, il faut dire quand même qu’il disparu assez longtemps des linéaires "enfantins" dans les années ’50 (devenant aussi introuvable que Les Soviets...) et qu’il ne réapparu pour la première fois que... dans une revue zairoise ! Y voir aujourd’hui autre chose qu’un document finalement historique sur l’imaginaire africain pour le continent européen de l’époque, empli d’images d’épinal (du missionnaire à la mine de diamants et des crocodiles aux chasses au lions) est finalement ne rien saisir de l’Histoire.

    Noirs, jaunes, rouges ou blancs sont chez Hergé aussi caricaturaux les uns que les autres, tous capables d’héroisme, de traitrise, de lacheté ou d’amitié sincères...

    L’album, comme on le sait a été révisité afin d’en "gommer" l’idéologie, mais celà n’a rien de plus raciste que les modifications politiques apportées en 1969 à Tintin au pays de l’or noir ou à la modification du nom juif dans L’étoile Mystérieuse... Il y a un peu plus à dire par contre sur Coke en Stock que dit précédemment puisque à l’origine, les noirs enfermés y parlaient bien façon "petit nègre". Dans la version modifiée de 1970, leur phrasé est atténué (le plus drole étant que Haddock continue de leur répondre à la sauce "petit nègre"...). N’oublions pas quand même que Hergé avait clairement décidé pou cet album de dénoncer l’esclavage moderne, ainsi que le trafic d’armes.

    - Dernier point de détail sur Tintin au Congo, Tintin y décime effectivement un contingent animalier (de manière cependant volontairement caricaturale), à tel point que la scène surréaliste de l’explosion du rhinocéros fut modifiée dans les pays scandinaves au profit d’un simple coup de feu involontaire (qui fait fuir l’animal...). Plus tard, notre héros se révèlera plus enclin à la protection animale comme à celle de la planète.

    Au delà du ridicule de cette affaire, qui ressurgit des placards régulièrement, il faudrait effectivement se demander combien d’enfants lisent aujourd’hui cet album et combien le prennent au 1er degré : dans ce cas, la Gaule d’Astérix est toujours occupée mais sauvée par la potion, Baba dans Barbe Rouge impressionne beaucoup mais à l’air sympa quand même, Buck Danny nous sauve des Japs - pardon, des Jaunes (comme dans Blake et Mortimer...) et Lucky Luke fume toujours trop (sans parler d’un sale gosse qui suce un canon de revolver...), tue tout le monde et a des relations ambigues avec le peuple indien...

    Tout celà n’est-il que des "petits mickeys" ou la "représentation sociale et caricaturale de l’impérialisme (occidental) sur le monde consumériste et industrieux des mass média modernes" ?!

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    • Répondu par Alex le 12 août 2007 à  00:34 :

      Contrairement à ce que conclu "icecool" je ne pense pas que cette affaire soit ridicule.
      J’avais "presque", moi -même, une opinion. Mais le problème est si complexe que je ne peux que partager avec vous mes solliloques.

      D’abord, pour les + jeunes, la contreverse sur l’idéologie de Tintin n’est pas nouvelle. Déjà dans les années 70 nous nous insurgions contre le racisme, le colonialisme et l’impérialisme suintant-le lisions-nous- de ces bd (Donald/Picsou inclus...même et surtout par Carl Barks !)

      Tintin j’ai apprécié vraiment et librement vers 20 ans, mais les souvenirs d’enfance de mes lectures non-entachées de réflexions politiques sont inégalables quand à la construction de mon imaginaire.

      Alors, Tintin au Congo... Je ne vais pas regarder dans l’album-et là est le point : il y a un noir avec une boîte de conserve sur la tête, Milou a les pattes qui sortent d’un boa, Tintin tue 20 antilopes, et les noirs pleurent à la fin en disant "Tintin y’en a grand Boula Matari". Tout ça était très, très incompréhensible, effrayant et merveilleux à lire comme gamin. Il n’y a pas longtemps, mon fils de 12 ans a lu "Tintin chez les Soviets" : il riait aux larmes face à la simplicité naïve de cet album. J’aime à croire que l’intelligence et le savoir naissent grâce à nos lectures.

      Comme mentionné plus haut, je ne sais que penser... Un avertissement me semblait la bonne solution à un moment. Les fans de bd américaines furent très actifs aux débuts de l’internet, scannant péniblement toutes les bd des 30’s-40’s (les"Mystery Men", ancêtres de nos Super-Héros), et accompagnant à CHAQUE fois leurs reproductions d’une mise en garde que ces bd représentaient le mode de pensée d’une époque ("singes jaunes", etc...)

      Si vous voulez revenir qq paragrahes plus haut, vous verrez que la critique contre Tintin n’est pas nouvelle, hors rien n’a était entrepris ni par les Studios Hergé ni par Casterman ni Moulinsart-jamais ! Qq corrections cosmétiques, mais à mon avis plus dans un but d’actualisation (et de profit) que d’une véritable volonté de confrontation politique.

      Je suis moi-même très perspicace quand à la progression philosophique d’Hergé- et de son oeuvre. J’y lis surtout l’échappade d’un homme fuyant les responsabilités... C’est mon analyse.

      Maintenant, pour revenir au coeur du sujet, est-ce que la plainte de Mr Mbutu Mondondo Bienvenu est... bienvenue ? Je ne le crois pas. Les victimes du colonialisme sont multiples. Personnellement, fils d’un ancien combattant des colonies, je peux mais ne désire pas raconter les séquelles d’une telle politique. Dans une guerre il n’y a jamais de gagnant, pas dans la famille de Mr Bienvenu, pas dans la mienne.

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      • Répondu par Alex le 12 août 2007 à  01:40 :

        Désolé, pas spécialement "perspicace" mais perplexe.

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  • Le passage de l’Etoile mystérieuse, dans sa première édition, dénoncé dans "les Grands Mythes de l’Histoire de Belgique", pages 281 à 289 est des plus intéressant pour affiner son approche du personnage d’Hergé.

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    • Répondu par Didier Pasamonik le 18 août 2007 à  01:19 :

      Absolument. Mais ce qui est plus fondamental dans ce texte de Joël Kotek, c’est sa démonstration : comment Tintin est devenu le mythe de remplacement de la Belgique unitaire.

      J’aime beaucoup, même si elles sont parfois imprécises, ses réfutations magistrales des thèses de Frédéric Soumois, « l’exemple-type du spécialiste complaisant » (p.282) ou encore de celles de Jan Baetens qui prétend que ce sont moins les oeuvres d’Hergé que les lectures qui en sont faites qui sont idéologiques (p.283). On croit rêver.

      Mentionnons enfin les références de l’ouvrage : Anne Morelli (dir. ouvrage collectif), Les Grands Mythes de l’histoire de la Belgique, de Flandre et de Wallonie, Éditions Vie ouvrière, 1995

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  • Au train où vont les choses, il finira bien par y avoir une perquisition chez un individu avec un gros titre dans le journal le lendemain dénonçant un criminel éhonté, sans aucun doute justifiant le retour de la peine de mort, détenant chez lui des preuves manifestes de sa haine envers le Peuple Noir, puisqu’on avait trouvé dans la bibliothèque de son fils (circonstance aggravante...),l’album Tintin au Congo...
    Les Beatles avaient vu leurs disques détruits uniquement parce que Lennon avait déclaré le groupe était plus populaire que le Christ.
    On était en droit de penser que la Société avait évolué depuis.
    Il est donc de plus en plus évident qu’Audiard avait raison : le jour où la connerie sera mise en orbite certains n’auront pas fini de tourner.
    Richard

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  • Hergé répondait lui-même aux questions sur le racisme lors d’une émission Radioscopie du 9 janvier 1979. Jacques Chancel était à Bruxelles. Voici l’extrait retranscrit :

    Jacques Chancel : « Alors, j’ai regardé l’album qui donne une nouvelle vie à vos premières aventures, je pense à Tintin chez les soviets, Tintin au Congo et Tintin aux Etats Unis je crois, alors je suis frappé par une tendance politique que vous aviez qui, peut être, n’est plus celle que vous avez aujourd’hui. Vous étiez particulièrement raciste à l’époque ! Tintin chez les Soviets, c’était de l’anticommunisme primaire, Tintin au Congo, alors là c’était le petit noir… vous vous preniez pour un vrai blanc… »

    Hergé : « Oui oui, bien sûr, mais je pense que je ne me singularisais pas. Je crois que tout le monde à l’époque était d’abord anticommuniste, ou plus exactement, dans le cas du 20ème siècle, antibolchevique, l’homme au couteau entre les dents… »

    Jacques Chancel : « C’était en 1929.. »

    Hergé : « C’était en 1929 ne l’oublions pas et quant au Congo bien il allait de soi, ça paraissait aller de soi que de depuis toute éternité les noirs étaient faits pour servir les bons blancs qui étaient là-bas. Enfin nous leur envoyions d’ailleurs de bons missionnaires, des hôpitaux, des chemins de fer, que sais-je encore, tous les bienfaits entre guillemets de la civilisation. Donc j’étais colonialiste comme tout le monde était colonialiste. Il y avait une loterie coloniale en Belgique, il y avait votre exposition coloniale à Paris. Tout ça allait de soi semblait-il ! »

    Jacques Chancel : « En toute honnêteté ? »

    Hergé : « En toute honnêteté ! »

    Jacques Chancel : « Alors ce qui est important c’est de savoir ce que vous êtes aujourd’hui. Si vous avez changé.. »

    Hergé : « Ah mais évidemment. »

    Jacques Chancel : « Si vous vous êtes transformé ? Ce sont les événements qui vous ont fait changer ou votre nature était différente ? »

    Hergé : « Peut-être ma nature. Bien sûr les événements m’ont fait changé et puis j’ai évolué comme tout le monde évolue. »

    Le document est trouvable sur CD coédité par France Inter et l’INA. Titre Hergé objectif radio.

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    • Répondu par Celia le 22 avril 2008 à  22:54 :

      Tres tres interessant d’avoir pense a poster l’explication d’Herge par lui-meme, ce qui historicise le debat. merci !!!!

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