"L’Amour fou" : retour sur un an de présidence Macron avec Willem

7 juillet 2018 0 commentaire
  • Quel bilan tirer de la première année de présence d'Emmanuel Macron à la plus haute fonction de la République française ? Plutôt que de se lancer dans d'interminables palabres, de se référer aux inénarrables analystes ou aux sentencieux éditorialistes, mieux vaut se fier à l'un des meilleurs caricaturistes européens : Willem.

De la campagne électorale mouvementée du printemps 2017 aux dernières mesures en date du gouvernement, il y a eu de quoi ravir les commentateurs de la vie politique française. L’arrivée à la Présidence du candidat de La République en marche [1] a pu les surprendre. Mais il en faudrait bien plus pour désarçonner Willem, rodé à bien des changements depuis son arrivée en France en 1968.

"L'Amour fou" : retour sur un an de présidence Macron avec Willem
Macron, L’amour fou © Willem / Les Requins Marteaux 2018
Macron, L’amour fou © Willem / Les Requins Marteaux 2018

Les Requins Marteaux ont rassemblé ses caricatures dessinées pendant cette période. Les acteurs de la campagne, de l’extrême-droite à la gauche, sont passés au filtre willemien. De même ensuite pour la Présidence, sa politique et son paraître. Quelques flèches particulièrement aiguisées sont réservées à Madame Le Pen et à Monsieur Wauquiez. Les mesures sécuritaires, la politique "sociale" (ou pas...) et l’accueil pour le moins particulier réservé aux réfugiés sont visés. Mais c’est, de la lecture de cet ensemble, un portrait psychologique du Président qui ressort de Macron, L’amour fou.

Macron, L’amour fou © Willem / Les Requins Marteaux 2018

Ce qui fascine dans les caricatures de Willem, outre leur finesse et leur faculté à remuer les couteaux dans les plaies béantes, c’est leur aspect étonnamment synthétique. Le trait d’abord : en peu de choses, sans artifices - ni petites souris, ni petites flèches - mais avec un sens de la composition des plus solides, il donne vie à n’importe qui ou à n’importe quelle scène. Pas de réalisme, rien de descriptif. Une épure qui ne se résume pourtant pas à la simple exagération pratiquée par tout caricaturiste qui se respecte un minimum.

Le sens ensuite : une situation, une réplique, un geste suffisent à faire comprendre toute une personnalité ou une politique. Willem ne se contente pas de caricaturer des hommes politiques ou des citoyens "lambda" : il dessine, chaque fois, une idée. Qu’il s’agisse de la bêtise raciste la plus crasse ou de l’absurdité sanguinaire des fous de Dieu, Willem pointe directement ce qui devrait heurter l’intelligence de tout un chacun. Il dessine, donc, pour nous ouvrir les yeux.

Les dessins de Macron, L’amour fou, exposés pour partie à Montpellier en mai dernier, rappellent donc à la fois la force du style de Willem et la sagacité de son esprit. Son regard reste corrosif et sa critique percutante. Puisse-t-il dessiner encore longtemps.

Macron, L’amour fou © Willem / Les Requins Marteaux 2018

(par Frédéric HOJLO)

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[1Un nom qui doit peut-être beaucoup à Michel Audiard, dialoguiste d’Un Taxi pour Tobrouk (1961, de Denys de la Patellière) : "Un intellectuel assis va moins loin qu’un con qui marche.".

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