L’Annus Horribilis de l’année BD2020

23 mars 2020 4 commentaires
  • Le mot, si je ne me trompe pas, est de Vincent Monadé, le président du Centre National de l’Édition : « On la zappe cette année 2020 ? » Celle qui devait être « l’année de la bande dessinée » a tourné au désastre, pas seulement pour la BD mais pour le reste de l’économie et pour toute la population. Un scénario qu’aucune BD d’anticipation -quoique, nous en reparlerons- n’avait imaginé. Ce qui devait être une consécration est un naufrage : festivals supprimés, nouveautés reportées, petites maisons d’édition sinistrées et auteurs encore plus paupérisés. Sans rémission puisque, désormais, « nous sommes en guerre ». Mais il y a toujours des raisons d’espérer.

Le 25 janvier 2018, à l’occasion du Festival d’Angoulême, la ministre de la culture Françoise Nyssen commandait une « mission sur la politique nationale en faveur de la bande dessinée » à Pierre Lungheretti , directeur général de la Cité internationale de la Bande Dessinée et de l’image à Angoulême.

Un an plus tard, le 25 janvier 2019, il remettait officiellement le rapport au ministre Frank Riester, successeur de Françoise Nyssen débarquée entretemps du gouvernement. Ce « Rapport Lungheretti », très favorable aux auteurs, suggérait 54 mesures dont la création d’une « Année de la Bande Dessinée, BD2020 », pour promouvoir le 9e art.

Ce qui devait être une consécration s’avéra être un désastre. D’abord parce que les artistes de bande dessinée grognaient et avaient bien l’intention de se faire entendre puisque 2020 était LEUR année ! Déjà, lors de l’inauguration de l’année de la BD2020 au ministère de la culture en décembre dernier, Jul, nommé parrain de la manifestation par le CNL, opérateur de BD2020, avait osé déclarer devant le ministre médusé : « Je suis content que l’on passe en 2020 du LBD à la BD… »).

L'Annus Horribilis de l'année BD2020
Le ministre Frank Riester, premier membre du gouvernement à attraper le Covid-19.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

À Angoulême, le même Jul taillait un costard -ou plutôt un Tee-shirt- au Président Macron avec un symbole fort : celui des « violences policières. » Depuis, le ministre a chopé -le premier avant tous les membres du gouvernement- le fameux Covid-19 ; Livre-Paris a été annulé et tous les festivals de BD dans la foulée ; les librairies ont fermé et toutes les nouveautés ont été reportées… Tu parles d’une « Année de la BD » !

Jul et le président, capture d’écran.

« Faire nation »

Faut-il tomber dans la déprime ? Non. Contrairement à d’autres industries plus lourdes, la BD a les moyens de s’en remettre rapidement. Une semaine avant Angoulême, le jeudi 23 janvier 2020, avant que la crise sanitaire n’éclate, le même Jul tenait un discours magnifique sur René Goscinny lors de l’inauguration de la statue qui lui était consacrée dans le square en face du 56 rue de Boulainvilliers à Paris, dans le XVIe arrondissement. « Ce qui parle à tout le monde, disait-il alors, par-delà les classes sociales, par-delà les nations […] c’est la BD. À lui tout seul, René Goscinny incarne cette union-là… ».

De fait, la BD a toujours été l’un des meilleurs vecteurs de l’indispensable résilience qui nous attend après cette crise qui finira inévitablement. Rappelons-nous que les plus grands héros de BD, de Mickey (1928) à Tintin (1929), de Flash Gordon (1934) à Superman (1938), sont nés dans des périodes sombres.

Ces chromos colorés sont ce qu’il reste de ces années difficiles. Ils incarnent la permanence de nos rêves, un monde où les héros triomphent. Et de cela, aujourd’hui, nous avons tous bien besoin.

Les mesures d’urgences adoptées par le gouvernement pour l’édition : 5 millions €.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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En médaillon : Calicot de manifestation à Angoulême en référence aux violences policières. Parodie d’un dessin d’Hergé.

 
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4 Messages :
  • 2020 l’année catastrophique de la BD et le premier trimestre n’est pas encore terminé !

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    • Répondu par evariste blanchet (Bananas) le 23 mars à  21:53 :

      Toute la chaîne du livre est paralysée. Certes, les auteurs sont quasiment les seuls à pouvoir continuer de travailler chez eux alors que l activité des diffuseurs, distributeurs et libraires est à l’arrêt. Mais , pour les livres déjà parus, ce qui sera perdu en terme de vente pendant deux mois , ne sera pas rattrapé : il est vain d imaginer que les lecteurs achèteront plus au second semestre pour compenser ce qui n’a pas été acquis au premier. En outre, la perte de revenus ne va pas pousser à la consommation une fois le virus terrassé.

      Si l on sait désormais que les auteurs de bande dessinée sont, dans leur grande majorité, dans une situation parfois effroyable, la situation des libraires indépendants et éditeurs alternatifs est également très fragile. Les aides de l’État bien que loin d’être négligeables ne suffiront pas pour éviter la casse. Tous les acteurs du monde de la bande dessinée , à quelques exceptions près , vont y perdre des plumes.

      Et les lecteurs confinés chez eux ne seront pas plus heureux, l’offre disponible actuellement se limitant généralement à quelques micro-productions vendues sur des sites en ligne. Et encore, à condition que La Poste soit toujours en capacité de les acheminer jusqu’à leurs destinataires.

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    • Répondu le 24 mars à  10:05 :

      Le trimestre n’est pas encore terminé. L’immense et incontournable Albert Uderzo vient de nous quitter. 2020, on s’en souviendra !

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      • Répondu le 24 mars à  15:32 :

        Brétécher, Follet, Dermaut, Drèze, Chéret,Yalaz et maintenant Uderzo, sans compter un virus qui risque de mettre à genoux le secteur du livre, autant dire que 2020 ressemble déjà à une hécatombe !
        Et Dibango, artiste de génie qui nous a aussi quitté !

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