L’Apocalypse selon Winshluss

7 juin 2021 0
  • Le plus punk des dessinateurs de bande dessinée est de retour avec un nouvel ouvrage coup de poing intitulé « J’ai tué le soleil ». Winshluss livre ici un récit post-apocalyptique saisissant, teinté d’un humour noir caractéristique de son œuvre. Un album fertile en névroses.

Tous les ingrédients du post-apo sont ici réunis et constituent un récit digne des canons du genre. On y sent l’influence évidente d’auteur comme Cormac McCarthy ou Clifford D. Simak. Nous suivons le parcours de Karl, un homme seul avec un sac à dos et un fusil, qui tente de survivre dans un univers austère et délabré. Karl est amnésique et il ne se souvient absolument pas du monde d’avant, sûrement en raison de sa blessure à la tête. La seule chose dont il se souvient : il avait un projet qui devait le faire entrer dans l’histoire.

L'Apocalypse selon Winshluss
© Winshluss / Gallimard BD

L’ouvrage s"’ouvre sur la citation suivante « Le seul problème est de savoir comment utiliser ses névroses. », elle cristallise tout l’esprit de cet album. Winshluss va s’approprier les codes d’un genre pour mieux les déconstruire. Organisant son récit en deux parties, le dessinateur décrit d’abord une odyssée trash et violente, presque silencieuse, située dans un hiver sans fin.

La deuxième partie du récit est plus bavarde et se concentre sur l’anti-héros de cette histoire : Karl, un personnage misanthrope et sinistre. Toujours avec cet humour noir et fataliste récurrent dans son travail, ce récit fait un écho cruel à l’actualité car la fin de l’album débute sur une pandémie. Initié il y a six ans suite à la réalisation d’une peinture intitulée « The Man Who Killed the sun » Winshluss a du composer avec le contexte de l’année 2020-21 pour ne pas tomber sur un écueil maladroit et malvenu. Il le dit lui même « Je fixe un cadre, puis je l’explose ».

© Winshluss

Graphiquement, de fait, c’est l’explosion. Une réalisation protéiforme au trait brut, parfois nuancé de lavis et de gouache qui accentue les scènes glaciales. Soudain, des pages d’aquarelles aux couleurs vives qui forment des fenêtres lumineuses dans ce récit austère.

La deuxième partie de cette histoire est située dans le passé et s’organise par un système d’ellipses et de flash-backs. Pour marquer une distinction avec la précédente, Winshluss apporte à ce portrait de Karl un tempo crayon dont la lecture doit faire son chemin dans un taillis de traits.

© Winshluss / Gallimard BD

Un voyage trash, violent et parfois drôle qui s’inscrit dans la juste continuité de l’œuvre de l’auteur. Son récit survivaliste interroge et laisse songeur car comme l’affirme Winshluss : « L’artiste est juste là pour poser des questions, certainement pas pour apporter des réponses... »

© Winshluss / Gallimard BD

(par François RISSEL)

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