"L’Art du Crime", la nouvelle série-concept de Glénat

7 mai 2016 0
  • La mode des séries-concept ne faiblit pas : après les [7 Merveilles->http://www.actuabd.com/Luca-Blengino-7-Merveilles-Nous] du monde, les Sept Péchés capitaux ("Pandora Box") et autres déclinaisons plus ou moins réussies, voici la série-concept dédié aux Arts. Neuf arts pour neuf crimes en neuf tomes, le tout conduit par Marc Omeyer & Olivier Berlion. Une idée intéressante, mais dont les prémisses manquent un peu de finition.

Ce n’est certainement pas à Glénat, précurseur des séries multi-dessinateurs avec Le Triangle Secret et Le Décalogue, qu’il faut expliquer le potentiel d’une série-concept : la coordination de différents dessinateurs permet de maintenir un rythme élevé de publication, et le fan d’un auteur spécifique peut découvrir une série spécifique grâce à un premier tome qui l’amènera peut-être à se laisser tenter par les volumes suivants de la collection.

Reste qu’il faut opérer le choix d’une bonne thématique pour s’assurer que le lecteur accroche au propos ; un récit qui ne soit pas tissé de fil blanc et qui permette d’appréhender le concept par une simple référence. Après les Péchés capitaux (Pandora Box), les 7 Merveilles du monde (et toutes les autres déclinaisons des 7) plus ou moins réussies, ce sont les arts qui sont mis à l’honneur dans cette série scénarisée par Marc Omeyer & Olivier Berlion.

"L'Art du Crime", la nouvelle série-concept de Glénat
L’Art du Crime, T. 1 : Planches de Sang - Par Berlion & Omeyer - Glénat

Olivier Berlion n’est pas un inconnu de nos lecteurs. Au sein de sa bibliographie fournie, il a entre autres dessiné Sales Mioches, Lie-de-vin, Garrigue, Rosangella et Le Cadet des Soupetard avec son complice Eric Corbeyran... On lui doit aussi des séries qu’il scénarise et dessine seul, comme Histoires d’en Ville, Le Kid de l’Oklahoma, Tony Corso ou plus récemment Le Juge, la république assassinée dont le second tome vient de paraître chez Dargaud.

Quant à Marc Omeyer, il s’agit d’un nouveau venu en bande dessinée, mais selon son éditeur, il est passionné par l’écriture et l’art en général depuis des années. C’est la rencontre de ces deux artistes lors d’un festival de scénaristes qui va les conduire à imaginer L’Art du crime.

Outre de l’allusion à « l’heure du crime », cette rencontre entre le polar et les Arts se décline suivant leur classement académique : littérature, peinture, théâtre, sculpture, musique, architecture, cinéma, audiovisuel et bande dessinée. L’Art du crime se distingue par le point-de-vue d’un narrateur qui est lui-même le criminel. Sans que tout le récit repose sur lui, il prend cependant une place conséquente, et son identité importe moins que ses motivations, liées à l’Art, bien entendu ! Le lien est ce personnage principal qui écrit ses récits de sa prison (nous y reviendrons).

L’Art du Crime, T. 1 : Planches de Sang - Par Berlion & Omeyer - Glénat

Un piètre départ

Dans cette collection, le neuvième art -la bande dessinée- prend une place particulière. C’est d’ailleurs elle qui ouvre la marche ! L’album, Planches de sang, est hélas cousue de fil blanc : le criminel tue pour retrouver les cinq dernières planches d’une histoire parue plus de trente ans auparavant.

Le récit se déroule principalement à Manhattan, en 1972. Un vieux milliardaire philanthrope envoie une lettre à Nora, une jeune métisse indienne, pour la presser de venir le retrouver à New York. À l’intérieur de l’enveloppe se trouve également l’exemplaire d’une BD culte parue dans les années 1940 : La Piste de Mesa Verde, dont l’auteur Curtis Lowell est mort accidentellement. Un album inachevé qui nourrit depuis des années l’obsession d’un déséquilibré, Rudi Boyd Fletcher.

L’Art du Crime, T. 1 : Planches de Sang - Par Berlion & Omeyer - Glénat

Mais Lorsque Nora arrive chez le vieil homme, il est déjà mort, victime de la folie de Rudi et de sa quête sanglante... Arrêtée par la police et accusée du crime, Nora ne pourra compter que sur un flic atypique : John Stoner dit Snail, le seul à la croire innocente. Mais pour la sauver, Snail va devoir pourchasser Rudi et pour cela, partir lui aussi à la recherche des cinq planches manquantes. Si elles existent...

Il est évident qu’il faut soigner particulièrement le premier récit d’une série pour accrocher durablement le lecteur. Or, ce premier tome de L’Art du crime loupe le coche, scénaristiquement parlant. Alors que nous louions encore précédemment la qualité et la dextérité d’un Stephan Colman dans le chevauchement de différentes époques et des lieux dans Choc – Les Fantômes de Knightgrave, c’est justement l’abus de cet artifice qui déboussole le lecteur dans ce premier récit : trois époques déferlent dans les quatre premières pages, et les liens entre les séquences sont si ténus que cela provoque plus de confusion que d’intérêt.

La présentation de l’inspecteur est bien réalisée, mais elle rajoute trop d’éléments après une première sarabande d’informations
L’Art du Crime, T. 1 : Planches de Sang - Par Berlion & Omeyer - Glénat

Toute la première partie du récit pâtit d’ailleurs de ces approximations. Légitimement, les scénaristes ont décidé de mettre en avant le policier qui sera à la poursuite du criminel lié à chaque art. Après un enchaînement embrouillé de séquences, la présentation de l’inspecteur new-yorkais présente des détails finalement inutiles à la résolution de l’identité du meurtrier. Les auteurs ont par exemple volontairement caché son visage dans les premières planches, un suspense superflu doté de fausses pistes qui nuisent à la clarté de l’intrigue.

Cette histoire de déséquilibré organisant sa névrose autour d’un récit inachevé manque de vraisemblance, surtout lors de la froide étreinte du couple de héros, l’obligatoire « scène érotique de la page 36 » comme la désigne Bastien Vivès->art18750]. Les longues explications compliquées en fin de volume ne font rien pour rattraper la sauce. Quant à la bande dessinée elle-même (l’art auquel ce tome est consacré), elle sert surtout de prétexte pour évoquer la vie des dessinateurs et des journalistes dans un entre-soi pas vraiment convaincant.

L’Art du Crime, T. 1 : Planches de Sang - Par Berlion & Omeyer - Glénat

Heureusement, il reste le dessin d’Olivier Berlion. Ses personnages sont vivants, principalement sa jeune héroïne métisse, Nora. Le dessinateur s’est investi dans son travail, notamment dans son évocation soignée de Manhattan et dans une belle séquence finale. Mais cela ne suffit pas à véritablement sauver ce premier tome.

Un second tome plus engageant

À la fin du premier tome, le coupable emprisonné à Rikers Island s’attable à une machine à écrire, et l’on en déduit qu’il commence à rédiger les autres histoires qui vont suivre. D’ailleurs, le titre du dernier volume consacré à l’audiovisuel laisse à penser que la collection va se clôturer avec les mêmes personnages, et sera certainement dessiné de nouveau par Olivier Berlion.

Le premier de ces récits qui explorent la fièvre créatrice quand elle devient un vertige engendrant la folie meurtrière est donc relaté dans le second tome de la collection : Le Paradis de la terreur. À Paris, en 1860, Hippolyte Beauchamp est un jeune peintre doué et ambitieux, venu conquérir Montmartre armé de ses pinceaux et de sa fougue. Il peut compter sur l’aide de son ami d’enfance et riche héritier, Maxime.

Un soir, éméchés par l’absinthe, ils se font attaquer par deux voyous. À l’issue de l’affrontement, Hippolyte perd son meilleur ami et tue l’un de ses agresseurs. Le regard immobile de cet homme mort de sa propre main fait naître en lui une émotion si forte qu’il la traduit avec rage la nuit-même dans un tableau bouleversant et magistral. Le succès est immédiat : les critiques se précipitent et portent aux nues ce chef d’œuvre. Le piège va bientôt se refermer sur lui : chaque nouvelle création le plonge dans ce qu’il appelle son « Paradis de la Terreur », chaque toile se doit d’avoir son crime...

L’Art du Crime, T. 1 : Le Paradis de la Terreur - Par Berlion, Omeyer & Stalner - Glénat

Comme dans le volume précédent, le récit débute par une ellipse qui intrigue le lecteur plutôt que le passionner. Ce procédé d’autant plus confus qu’il est rapide (trois dates et trois situations différentes en trois planches), doit au dessin d’Eric Stalner une relative efficacité : il guide l’œil du lecteur au cœur du marché de l’art. Il lui faut de la patience car les protagonistes et les points de vue se multiplient.

Mais cette fois-ci, cette patience est récompensée. En dépit d’un séquençage quelquefois hasardeux, un lien se crée entre le lecteur et cet artiste maudit qui puise l’inspiration dans ses crimes dont les criminels sont les victimes. Un peu moins rocambolesque que le premier tome, ce second récit s’attarde sur cette inspiration qui se partage entre le meurtre et... l’amour pour sa ravissante compagne. Éros et Thanatos... Un dilemme qui met en place un intéressant suspense.

L’Art du Crime, T. 1 : Le Paradis de la Terreur - Par Berlion, Omeyer & Stalner - Glénat

Outre ce scénario plus réussi, la réussite de ce second tome tient dans l’évocation historique et la force des personnes qu’Éric Stalner anime dans une période historique qu’il maîtrise parfaitement. L’album étant dédié à la peinture, les couleurs auraient gagné à recevoir un traitement plus virtuose.

Le bilan des deux premiers tomes de cette nouvelle série-concept demeure donc intéressant quoique mitigé. Notre conseil est de commencer par le tome deux de la collection pour mieux appréhender le concept défendu par les auteurs. Nous espérons que les prochains tomes arriveront davantage à nous convaincre.

L’Art du Crime, T. 1 : Le Paradis de la Terreur - Par Berlion, Omeyer & Stalner - Glénat

(par Charles-Louis Detournay)

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Lire les premières planches T. 1 Planches de sang et du T. 2 Le Paradis de la terreur

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