"L’Art du canard" : la rencontre entre les institutions artistiques et la culture populaire made in Disney

8 avril 2016 2 commentaires
  • Derrière la fable humoristique qui sert de socle au travail du collectif allemand interDuck se cache un travail tout bonnement passionnant, drôle et malin à la fois. Le principe de base: imaginer ce qu'auraient été les grandes étapes de nos civilisations et de nos cultures artistiques avec les canards Disney comme fondement. Attention, petit bijou !

Ce catalogue prétend donc rassembler les vestiges de la tristement oubliée culture canard, celle de la civilisation des "Anatidés", qui accompagna chaque étape de la nôtre, humaine, et dont nous avons perdu trace depuis des années. Rendons grâce à la Duckomenta, cette magnifique collection qui en regroupe les rares pièces que des passionnés surent collecter et que le présent volume permet de découvrir.

"L'Art du canard" : la rencontre entre les institutions artistiques et la culture populaire made in Disney
Cane à la perle. De Vermeer. Si si.

Le groupe InterDuck se compose aujourd’hui de cinq membres issus de l’École des Beaux-arts de Brunswick : le Professeur Dr. Eckhart Bauer, Anke Doepner, Ommo Wille, Rüdiger Stanki, et le Professeur Volker Schönwart. À partir de cette envie canardesque, ces artistes revisitent nombres d’œuvres d’art, cultes, que chacun pourra prendre plaisir à reconnaître.

Et l’exercice de style se révèle particulièrement savoureux et intéressant : l’écart produit par cette substitution du canard à l’humain provoque un vrai recul qui permet, d’une certaine manière, de redécouvrir les œuvres d’origine. Le portfolio de cet article devrait vous donner l’occasion de vérifier cela, et de tester vos connaissances artistiques !

Peinture, mais aussi sculpture, gravure ou photographie : toutes les formes d’expression artistique se trouvent explorées. Et ce n’est pas le moins surprenant de cette colossale production entamée en 1982, qui s’enrichit constamment depuis lors, et tourne essentiellement en Allemagne sous forme d’exposition depuis 1986.

Duckaeopterix Lithographica. Fossile en calcaire lithographique. Rien de moins.

Le présent catalogue, en trois langues (français, anglais et allemand), permet de prendre la mesure du travail réalisé par ce collectif depuis près de trente-cinq ans. Ce catalogue fut réalisé à l’occasion de la venue en France de la Duckomenta, au Musée d’Angoulême lors de la récente édition du FIBD, alors qu’elle avait fait un séjour à Lille courant 2015. Cette même collection va être d’ailleurs également présentée au Couvent Saint-Cécile de Grenoble, lieu symbolique pour Glénat, une exposition qui se tiendra du 14 avril au 29 juillet 2016.

Ce gros volume de plus de 500 pages nous fait donc voyager dans le monde et dans les âges. Organisé de manière chronologique, il débute logiquement à la Préhistoire, avec un fossile de Duckoptérix et deux crânes d’Anatotitan Mannheimensis (le fameux "Canard Géant de Mannheim", au bec sans dents, semblable à celui du canard), jeune et adulte (oncle et neveu, très certainement).

Judith (sans Holopherne), de Zimt, bien entendu.

L’Antiquité se retrouve ensuite à l’honneur : l’Égypte, la Grèce et Rome. On glisse ensuite en Asie, chez les Vikings, on traverse le Moyen-Âge, La Renaissance, puis l’Atlantique vers le Nouveau Monde. Suivent de grands mouvements esthétiques savamment réinvestis comme le Baroque, le Rococo, le Classicisme ou encore le Romantisme.

Mais l’on n’en est là qu’à la première moitié du volume ! La seconde explorant l’art du XIXe siècle à nos jours de manière proprement jubilatoire. Les ultimes pages permettent, toujours de manière humoristique, de découvrir un peu mieux le collectif InterDuck et ses membres, à travers divers textes et entretiens.

Un magnifique livre d’art, rendant hommage à la fois à la richesse de l’art institutionnalisé et à la vitalité de la culture populaire qu’incarnent si admirablement nos canards préférés.

Documents

(par Aurélien Pigeat)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

L’Art du canard. Par interDuck. Glénat. Sortie le 16 mars 2016. 512 pages. 45 euros.

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Les images présentes dans l’article proviennent du site officiel de Dockumenta ainsi que du site de la boutique dédiée :
Le site de la Duckomenta
Le site de leur boutique (cartes postales et autres).

On retrouve bien sûr les œuvres figurées dans l’ouvrage.

 
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