L’Aventure des Héroïc-Albums : le "testament" de Thierry Martens

18 février 2012 5 commentaires
  • C'est un peu le "testament" de [Thierry Martens, récemment disparu->art12030] : une imposante monographie illustrée sur "Héroïc-Albums", une revue belge illustrée d'autrefois, née en 1944 et morte en 1956 en raison d'un "un ukase administratif", c'est-à-dire la censure française.

Avec son style qui ne s’embarrassait pas de fioritures (Parlant d’Héroïc-Albums, il écrit : "C’était un des seuls illustrés qui ne prit jamais ses lecteurs pour des cons, ni même pour des petites têtes blondes devant être préservées des horreurs de la réalité"), Thierry Martens introduit l’album par un portrait de Guy Depierre, l’éditeur de Bimbo, qui réunit dans ses publications quelques-uns des talents qui s’exprimeront dans Héroïc-Albums : Maurice Tillieux, Fred Funcken, Marcel Moniquet... et où de présente à l’âge de 18 ans le jeune Fernand Cheneval qui vient y faire un stage non rémunéré. Le futur éditeur d’Héroïc s’y lie d’amitié avec Tillieux qui deviendra le pilier de son futur journal.

Dans le chapitre suivant, Martens fait un portrait du marché de la bande dessinée en Belgique à la Libération : Wrill, Bimbo, OK, Spirou qui commence à se bonifier et Bravo dont le propriétaire, compromis avec l’occupant, est en fuite... Tintin n’arrivera que plus tard.

L'Aventure des Héroïc-Albums : le "testament" de Thierry Martens
Cette édition reproduit les 471 numéros de la publication belge

L’idée de Cheneval est assez brillante : créer une espèce de "mix" entre la BD américaine dont il adopte le format et une tonalité plus adulte, et le système du feuilleton "à cinq sous" qui faisait fureur dans le roman populaire. Avec un récit complet, de courtes nouvelles et une série à suivre, Héroïc trouve l’une des formules rédactionnelles les plus intelligentes de l’après-guerre, dans un style "hard-boiled" qui s’adresse aux adolescents et aux jeunes adultes. Soutenu par les presses du Parti Socialiste, à la suite d’un test, la revue se lance et atteint rapidement une vitesse de croisière de 10.000 exemplaires vendus en français et 6.000 en flamand.

Martens détaille, année après année, le contenu et l’évolution de cet hebdomadaire, ses changements de propriétaires, toujours sous la houlette de Cheneval, l’apparition de ses grands héros : Bob Bang et Félix de Tillieux, Attila et Akkor le voyageur du temps de Cheneval (qui écrit et dessine aussi), Luc Condor de Weinberg, les Tif & Tondu de Dineur arrachés à Spirou (Dupuis ne tardera pas à les racheter pour les confier à Will), Tommy Tuller de Dick John’s (= Fred Funcken), Jean des Flandres et Aviorix de Marcel Moniquet, Karan de François Craenhals, Dave O’ Flynn de Tibet et Duchâteau, Le Chat de Greg, Ginger de Jidéhem... Des récits complets documentaires dont le principe sera copié aussi bien par Spirou, avec les Oncle Paul, que par Tintin. La concurrence commence à s’inquiéter et Dupuis offre un poste à Cheneval, qui refuse.

Mais l’impétueux éditeur a un adversaire plus redoutable encore : la censure. Martens : "Sous la pression d’un amas hétéroclite d’inquisiteurs en herbe, une loi liberticide imposa un contrôle complet des publications destinées à la jeunesse. Cathos et cocos, ligues des familles et syndicats de dessinateurs, pédagogues bornés et politiciens tarés lançaient la traque de l’Ennemi : le Vilain Etranger venant puiser dans le tiroir-caisse de la Nation..."

Dame Anastasie n’allait pas tarder à s’intéresser à l’héroïque revue bruxelloise, comme le raconte Martens dans son style fleuri. Cette "assemblée de serpents" prononça un avis défavorable d’importation en 1952 et le titre ne réussit jamais à s’imposer en France. Rattrapé par ses concurrents, dans l’impossibilité de se développer ailleurs qu’en Belgique, Héroïc-Albums se saborda en 1956 laissant une trace indélébile dans l’histoire de la bande dessinée belge. Le journal ressuscita le temps de 7 numéros en 1969, soutenu par un distributeur pétrolier, puis disparut dans l’oubli, jusqu’à ce que Thierry Martens nous en rappelle le souvenir.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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L’Aventure des Héroïc-Albums - Par Thierry Martens - Éditions de l’Âge d’Or

Cet album de 264 pages avec plus de 700 illustrations est vendu aux Éditions de l’Age d’Or

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5 Messages :
  • L’Aventure des Héroïc-Albums : le "testament" de Thierry Martens
    18 février 2012 20:14, par Oncle Francois

    Excellent article pour une formidable initiative d’un minuscule libraire-éditeur de la ville mythique de Charleroi. Outre le plaisir de retrouver Terence (pseudo de Thierry Martens) dans un livre posthume, cela sera sans doute une formidable source d’informations pour tous les collectionneurs. Et les plus jeunes pourront y avoir un excellent aperçu des possibilités de la BD belge, avant que des pudibonds scrupuleux ne veuillent entraver cette belle initiative éditoriale de Monsieur Cheneval.

    Je note que si Jidéhem et Tillieux ont rejoint Spirou, d’autres ont rejoint Tintin. Et Fernand Dineur ? Qu’a t’il fait après la vente de ses Tif et Tondu à Dupuis ? Je n’ai pas trop d’informations sur ce qu’il fit après.

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  • Dans le chapitre suivant, Martens fait un portrait du marché de la bande dessinée en Belgique à la Libération : Wrill, Bimbo, OK, Spirou qui commence à se bonifier et Bravo dont le propriétaire, compromis avec l’occupant, est en fuite... Tintin n’arrivera que plus tard.

    Précisez le JOURNAL Tintin, parce que Tintin et les suppléments qui lui sont consacrés (le petit vingtième et le Soir Jeunesse) sont dans le paysage de la BD belge depuis 1928, ainsi que les albums.

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  • puis disparut dans l’oubli, jusqu’à ce que Thierry Martens nous en rappelle le souvenir.

    On a eu des suppléments au journal Spirou sous-Martens dans les années 70 qui reprenaient les heroics albums.

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    • Répondu par Xavier Mouton-Dubosc le 19 février 2012 à  16:07 :

      Je me souviens avoir lu des recueils souple de Félix titrés "Heroic Album", lesquels ont été édités dans les années 1980s

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      • Répondu par Oncle Francois le 19 février 2012 à  20:05 :

        Pour être juste, il faut reconnaitre que l’excellent Felix (ancètre de Gil Jourdan) fut au début des années soixante-dix repris dans des albums à petit tirage (1000 exemplaires), par Ran Tan Plan pour deux albums, puis par Michel Deligne, l’éditeur de Curiosity Magazine, pour cinq albums. Il semble que ces reprises aient donnés l’idée à Dupuis de reprendre ce personnage dans Spirou, à l’issue de la reprise des deux premiers Gil Jourdan. Il existe d’ailleurs une série d’albums couleurs de Felix

        Mais au fait que devient l’intégrale à rebours (en commençant par la fin) de Monsieur Niffle ? Outre un joli travail de nettoyage des originaux, il présentait le programme non-stop.

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