L’Enfant maudit T1 - Par Monin et Galandon - Editions Bamboo

17 mai 2009 0 commentaire
  • En plongeant leur héros dans le Paris de 1968, {{Galandon}} et {{Monin}} reviennent sur un détail souvent négligé : la génération des barricades avait vingt ans. La plupart de ces jeunes avaient donc vu le jour à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Quel rapport direz-vous ? En quoi deux évènements historiques majeurs peuvent-ils influencer des destins individuels ? C’est justement l’une des sujets abordés dans ce nouvel album des auteurs de L’Envolée Sauvage.

Gabriel, Creusois d’une vingtaine d’années « débarque » dans le Paris des « évènements ». Entre barricades et manifestations, le jeune ouvrier découvre l’usine, la solidarité et un monde estudiantin en pleine effervescence où il retrouvera la belle Camille, amie d’enfance perdue de vue depuis longtemps. Le jeune provincial découvrira aussi la brutalité policière et une culture ouvrière bouleversée par les évènements qui secouent la France de cette fin des années 60.

Mais lui ne cherche pas à renverser le "vieux monde" ou à "demander l’impossible". Gabriel est à la recherche de ses mystérieuses origines. Élevé par une famille d’adoption dans un village au fond de la Creuse, il ne tarde pas, à travers ses recherches, à soulever ce qui était naguère un tabou : les enfants des femmes tondues à la libération pour cause d’amour coupable avec des soldats allemands.

L'Enfant maudit T1 - Par Monin et Galandon - Editions Bamboo

Bien que située cette année-là, cette histoire est bien plus qu’une chronique sur Mai 1968. L’enfant maudit s’articule essentiellement autour de la recherche de la mère perdue… Perdue dans les soubresauts de la Seconde Guerre mondiale et des relations interdites entre occupants et population civile.

Gabriel est en quête de repères et de modèles dans une époque qui cherche précisément à les abolir. Paradoxe entre destin individuel et collectif ; confrontation d’un personnage solitaire au passé trouble et singulier avec le choc de ce qui fait (parfois !) la grande Histoire !

Ceux qui ont déjà apprécié l’Envolée Sauvage ( salué unanimement à sa parution) retrouveront ici les ambiances colorées et les tons délicieusement sépia des dessins d’Arno Monin accompagnés de la mise en couleurs de Florent Bossard.

Gabriel n’est pas le grand frère du Simon du précédent succès des auteurs (dont les deux volumes regroupés dans un somptueux coffret !), cette histoire n’en est ni la suite ni le prolongement et pourtant… On y retrouve la même émotion tendue, la même sensibilité à la fois simple et pudique, déjà perceptibles dans les précédents albums du tandem Monin et Galandon.

Si le trait du dessinateur oscille toujours entre une esthétique « Manga » et une ligne franco-belge revisitée, il sert habilement un récit sensible et captivant. En s’attachant à ce personnage d’écorché vif, balloté par l’Histoire (celle qui nourrit nos rêves et nos imaginaires) à la recherche de son histoire personnelle, Laurent Galandon nous offre un beau récit intime, où l’émotion affleure à chaque page. L’auteur n’en néglige pas pour autant de dénoncer l’intolérance et l’injustice en montrant à quel point elles influencent nos itinéraires personnels.

Après avoir traité de la Shoah au travers des regards d’enfants, on retrouve avec cet Enfant maudit l’esprit et le trait de ce qui avait fait le succès de leur précédent diptyque. Des marques de fabrique que ces deux auteurs semblent cultiver avec succès. On regrettera le choix des titres de la série et de ce premier tome (Les tondues) qui induit une « compréhension » trop rapide de cette histoire. Avec cet effet d’annonce, les auteurs n’ont-ils pas pris le risque de dévoiler un peu trop tôt l’essentiel de leur propos ?

Réponse dans le second tome… néanmoins très attendu !

(par Patrice Gentilhomme)

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