L.F. Bollée : "Je cherche à sonder l’homme avec ses tourments et ses faiblesses"

12 mars 2008 0 commentaire
  • Le scénariste d’{ApocalypseMania} a le vent en poupe avec le lancement d’une série multi-dessinateurs chez Glénat : {L’ultime Chimère}. L’occasion d’en apprendre plus sur son travail et ce nouveau projet.

Comment vous est venue l’idée de cet homme interné, peut-être immortel, et de cette flèche qui aurait recueilli le sang de Dieu ?

C’est d’abord la flèche qui s’est imposée, à la lecture du long poème La Fin de Satan de Victor Hugo (et plus précisément le Livre Premier, intitulé Le Glaive). Hugo y raconte comment Nemrod, l’homme le plus puissant de son temps, défia Dieu et, apparemment, le blessa grâce à une de ses flèches. J’ai construit le projet autour de cet objet mystérieux et fascinant, qui agit sur tous ceux qui l’approchent ou se trouvent sur son chemin. C’est là qu’arrive cet homme enfermé dans un asile suédois depuis apparemment 162 ans. Nous apprendrons ensuite qui il est vraiment.

Comme dans ApocalypseMania, tout part d’un homme aux capacités hors du commun. Y voyez-vous une échappatoire à la condition humaine ?

J’y vois surtout une sorte de monstruosité qui me permet de m’engouffrer dans les failles. Ce qui m’intéresse, c’est de sonder l’homme, l’individu, le personnage - avec ses tourments, ses faiblesses, ses défauts derrière le paravent fantastique. Les capacités exceptionnelles ne sont là que pour contrebalancer l’intime, qui est le plus important.

Votre série va bénéficier du concours de plusieurs dessinateurs : Quels sont pour vous les principaux avantages et inconvénients à ce travail en équipe ?

Les avantages : la dynamique, la variété, la diversité, la rapidité voire la motivation. Je ne vois pas spécialement d’inconvénients, juste des adaptations à appréhender côté organisation de travail, plannings et cohérence générale…

L.F. Bollée : "Je cherche à sonder l'homme avec ses tourments et ses faiblesses"
Crayonné du docteur suédois

Vous êtes chez Dargaud pour ApocalypseMania, tandis que Griffo a lancé sa nouvelle série Ellis au Lombard. Pourquoi avoir choisi Glénat pour vous éditer ?

Pour être tout à fait honnête, j’avais d’abord pensé à Dupuis pour ce projet, un éditeur évidemment prestigieux que mon ami Aymond venait d’intégrer avec Lady S et qui avait en plus déjà pratiqué le concept du multi-dessinateurs. Étant de plus dans la maison Dargaud, cela me semblait assez naturel. Dupuis a donc reçu le synopsis en exclusivité mais n’a pas été capable de me donner une réponse claire. Tout y était pourtant parfaitement détaillé et travaillé ! J’ai alors décidé d’envoyer le même projet à Glénat, car il y avait bien sûr l’exemple du Triangle secret ! Je l’ai envoyé par la poste, car je ne connaissais personne là-bas, et tout s’est pratiquement fait en dix jours ! C’est évidemment une marque d’initiative et de confiance formidables. Loin d’être un deuxième choix, j’ai trouvé en Glénat une maison chaleureuse et dynamique comme on ne peut qu’en rêver. Leur implication dans la série m’a vraiment beaucoup touché.

Comment avez-vous été amené à choisir vos dessinateurs ? Griffo, qui réalise le plus grand nombre de pages, soit l’équivalent de presque 3 albums sur 7, a-t-il directement été associé au projet ? Avez-vous choisi les autres par goût, ou sur conseil de l’éditeur ?

Le magnat donne ses ordres

À partir du moment où Glénat avait accepté le principe que ce soit plusieurs dessinateurs qui collaborent, nous nous sommes évidemment réunis pour évoquer quelques pistes. J’avais déjà l’accord d’Aymond, je me doutais qu’Olivier Mangin [1], avec qui j’étais régulièrement en contact, serait de la partie, et Héloret [2] était aussi dans mes parages ! Glénat a ensuite convaincu Griffo, Meddour [3], et Goepfert [4] de rejoindre le navire et j’avoue que c’était une belle surprise. D’autres noms ont pu être évoqués au fur et à mesure de l’avancement mais cette équipe est très bien comme elle est aujourd’hui. Je rajouterai évidemment nos deux coloristes, Bruno Pradelle et Rémy Langlois, ce qui porte à neuf le nombre de signatures artistiques pour ce projet. Aucun des dessinateurs n’a été associé à la conception de la série, mais tous ont donc accepté très vite et je crois sincèrement qu’ils s’éclatent sur leur partie respective !

Aymond, avec qui vous collaborez depuis longtemps sur ApocalypseMania, ne fait pourtant qu’un bref passage dans L’ultime Chimère : 7 pages dans le tome 2 !

La participation de Philippe est assez symbolique, en effet, mais c’est une façon discrète de réaffirmer notre amitié et notre relation de travail (comment aurais-je pu ne pas lui demander de m’accompagner sur ce projet ?). D’autre part, il est fort occupé car il réalise la fin d’ApocalypseMania et s’est engagé de manière très sérieuse sur Lady S. Lui demander plus aurait été impossible. Cette petite séquence était donc parfaite pour lui !

Quand pourra-t-on d’ailleurs compter sur un prochain tome de votre série commune ?

Le T7 d’ApocalypseMania (ou plutôt le T2 du second cycle) sera prêt l’automne prochain, mais je ne sais pas quand Dargaud a prévu de le sortir. En tout cas, ce sera l’avant-dernier tome de la série, et il forme le premier volume d’un diptyque qui conclut de manière définitive cette histoire.

Revenons à L’ultime Chimère : Griffo va réaliser les couvertures des sept albums. Sans doute pour une raison d’uniformité ?

Dans l’absolu, il n’aurait pas été illogique d’avoir un dessinateur qui fasse uniquement les couvertures, comme Juillard sur le Triangle Secret ou Guarnido sur Voyageur. J’aime bien cette idée d’un invité prestigieux qui nous offre un visuel fort. Étant un grand fan d’Aldébaran/Beltegeuse/Antarès, nous l’avions proposé à Leo mais nous n’avons pas pu aboutir : c’est mon seul réel regret par rapport à ce projet. Il était alors normal de demander à Griffo de s’y coller, car il réalise la majorité des planches et je reconnais qu’il a quand même un sacré talent pour les couvertures !

N’est-ce pas complexe de travailler avec plusieurs dessinateurs en même temps ? Je suppose qu’ils ont tous leur méthode personnelle, leur rythme, leurs autres projets, et leurs contraintes propres ?

Ce qui est compliqué, en effet, ce sont les contraintes de planning. Quand Griffo me dit qu’il voudrait dessiner en un an soixante-dix pages parce qu’il en a l’opportunité, j’étais ravi ! Mais je me rends compte que ça correspond à toutes ses planches jusqu’à la fin du T3 et là ça change tout, parce que je n’avais pas forcément prévu d’anticiper à ce point. Je voulais découper chronologiquement par rapport à la série globale, et non par séquences réservées à l’un ou à l’autre, pour ne pas me retrouver piégé a posteriori par une scène qui aurait pu prendre un peu plus d’importance que prévu ! Heureusement, comme j’avais déjà écrit les deux derniers tomes d’ApocalypseMania fin 2006, j’ai pu me consacrer à fond en 2007 sur l’écriture de L’ultime Chimère. J’en suis actuellement au découpage du sixième tome, qui sortira en septembre 2010 !

Crayonné de la station orbitale

Outre L’ultime Chimère et ApocalypseMania, quels sont vos autres projets ?

Des discussions sérieuses sont engagées pour finaliser de nouvelles séries, mais j’attendrai que tout soit établi pour vous en dire plus. D’ici peu, vous pourrez enfin découvrir le tome 1 de Speedway, réalisé avec Siro [5].

(par Charles-Louis Detournay)

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Lire l’article lançant L’ultime Chimère
Les dessins sont © Griffo/Bollée/Glénat

[1Entre autre, dessinateur d’Intox, pour un scénario de Gilles Chaillet.

[2Dessinateur du Bateau feu et d’Eastern.

[3Auteur de Ganarah et d’Hispanola

[4Auteur du Lys Noir, et dessinateur du Fou du Roy. Il a également repris le dessin des Chemins de Malefosse.

[5Il a repris dernièrement le dessin de la Croix de Cazenac et d’Aquablue. Il est également le scénariste du Marteau des Sorcières, et le dessinateur de Polka.

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