L’Homme-Gouffre - Par Marie Maillos et Léa German - Dédales Éditions

31 janvier 2020 1 commentaire
  • Une petite fille tombe dans un trou en montagne. Pour la faire patienter en attendant les secours, sa grand-mère lui raconte l'histoire de l'Homme-Gouffre. Un joli récit enchâssé sur le corps et la découverte de soi et des autres.

Tony est un enfant différent des autres : il a un gouffre à la place du ventre. Une exploratrice en herbe s’y aventure, mais elle se blesse et le petit Tony est rejeté par son entourage. Il grandit isolé, dans la crainte de blesser d’autres personnes et le gouffre en lui croît avec sa solitude.

Au fil du récit, le corps de Tony se métamorphose, grossit et devient monstrueux pour refléter son mal-être, mais son regard toujours doux montre sa détresse et son humanité. Un jour il rencontre une jeune alpiniste qui rêve d’escalader les falaises les plus abruptes. Elle s’engage sans hésiter dans le gouffre de Tony et découvre son monde intérieur, un lieu magique et insoupçonné.

L'Homme-Gouffre - Par Marie Maillos et Léa German - Dédales Éditions
L’Homme-Gouffre ©Marie Maillos et Léa German - Dédales Éditions

Cette jolie fable prend au pied de la lettre l’image d’un ventre sans fond. Gouffre magique, le ventre de Tony peut absorber indéfiniment nourriture et boisson, mais aussi les bourrasques de vent, l’écume des vagues et la beauté du monde qui l’entoure. Cette capacité d’absorption demeure un secret honteux, jusqu’à ce qu’une rencontre lui permette de percer à jour ses propres mystères, de mieux se comprendre et s’accepter.

Récit initial

Sous forme d’une parabole bien menée, les autrices racontent le rapport au corps et ses malaises. Tony souffre d’une forme de boulimie, à la fois source et conséquence de son mal-être. En prenant l’image du gouffre, les autrices invitent la poésie dans le récit et lui donnent une résonance plus universelle. Ce gouffre n’est pas qu’un estomac avide, c’est aussi le besoin effréné de contact et de beauté. La plus grande souffrance est l’incompréhension, la peur et la solitude que génèrent la différence, comme le montrent les mots de Sartre au sujet de Baudelaire en exergue du livre.

Les images et la mise en couleur de Léa German illustrent cette sombre citation avec luminosité, dans un récit très lisible scénarisé par Marie Maillos. Un peu à la manière japonaise, les personnages sont tantôt représentés de manière schématique, parfois humoristique mais pas toujours. Tony est plusieurs fois ramené à une simple boule d’effort et de douleur, tandis qu’il peut enfler de colère ou grandir jusqu’à contenir un monde entier. La mise en page fait preuve de jolies trouvailles et le contraste entre des petites vignettes schématiques et de grandes cases aux décors soignés apporte un grand plaisir de lecture. Signalons aussi la poésie et la musicalité des récitatifs qui ajoutent à la richesse de l’ensemble.

Léa German en dédicace au FIBD 2020 chez Dédales Éditions (bulle du Nouveau Monde)
Photo : Laurent Mélikian

(par Lise LAMARCHE)

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"L’Homme-Gouffre", par Marie Maillos et Léa German - Dédales Éditions
17cm x 24 cm, 32 pages, 9.5€
Paru en janvier 2020

 
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