L’Infini - T2 : Mémoire interdite - Chuck Austen & Matt Cossin - Les Humanoïdes Associés

12 décembre 2005 0 commentaire
  • Les auteurs américains Chuck Austen et Matt Cossin continuent leur sympathique récit de SF en vase clos.

Il arrive que des artistes que l’on avait un peu vite catalogués vous surprenne agréablement, et c’est ici le cas de Chuck Austen. Celui-ci, qui était connu des lecteurs de comics pour son travail (inédit en France) de dessinateur sur le Miracleman d’Alan Moore sous le nom de Chuck Beckum, était réapparu voici quelques années chez Marvel et DC sous le nom de "Austen" (après un passage par des comics érotiques), surtout pour des scénarios sur les séries X-Men ou Superman, qui avaient été assez mal accueillis par la critique. Et pourtant, sur sa série L’Infini pour les Humanos, il propose une histoire solide, aux rebondissements variés mais cohérents, et peuplée de personnages plutôt attachants.
L’histoire tourne autour de Kelsey Fontine, un ex-flic qui vit dans une gigantesque arche spatiale qui se dirige vers une destination que n’atteindront que les lointains descendants des occupants de départ. Dans cette reproduction à petite échelle d’une société humaine, tout le monde est relié au réseau par un connecteur logé au bas du crâne. Fontine va se trouver impliqué dans une très sombre histoire quand des malfrats pourchassant le jeune fils de sa voisine font exploser le mur mitoyen, l’ex-flic décidant rapidement de protéger le garçon.

L'Infini - T2 : Mémoire interdite - Chuck Austen & Matt Cossin - Les Humanoïdes Associés

Dans ce deuxième volume, on en apprend un peu plus sur les modifications de la mémoire que permet le connecteur - celui de Fontine est grillé, ce qui est à la fois un désavantage (il n’a plus accès à une bonne partie des services) et un avantage (il est plus difficile à suivre). La galerie de personnages va du gamin débrouillard et un peu paillard à une jeune femme dont le chemin croise accidentellement celui des fuyards, en passant par divers amis peu reluisants mais fidèles de Fontine. Tout cela est rondement mené, sans temps morts mais sans excitation excessive, et la façon dont se démène le personnage principal, à la fois victime inconsciente de son passé qui, bien sûr, ressurgit peu à peu, et acteur de sa propre vie très décidé à reprendre la main, n’est pas sans rappeler le personnage de Deckard dans Blade Runner. L’Infini est une BD très référencée SF, mais en même temps suffisamment originale pour que le lecteur soit tenu en haleine.

Le dessin de Matt Cossin est pour beaucoup dans le fait que le lecteur n’a pas l’impression de plonger pour la énième fois dans un univers de SF/réseau/complot/etc. Cossin a réalisé pour les Humanos une histoire courte dans Métal Hurlant n°141, avant de se lancer dans cette série. Son dessin n’est pas chargé, ses personnages sont suffisamment typés et variés, les décors solides n’encombrant pas les cases. Et puis, ses couleurs sont à l’opposé de ce que l’on voit maintenant souvent, l’ordinateur poussant semble-t-il à réaliser une mise en couleurs froide et sans émotion. Celles de Cossin, sans être particulièrement originales, sont chaudes et s’accordent bien avec l’ambiance générale du scénario, qui n’essaie ni d’être humoristique à outrance ni de faire dans le pathos facile.

Voilà donc une série divertissante, bien rythmée et où le personnage principal n’a rien d’un héros invincible sans peur et sans reproche, ce qui la distingue déjà d’une bonne partie de la production. Il ne reste plus aux auteurs qu’à amener une conclusion convaincante aux tribulations de leurs personnages, coincés entre le silence des espaces infinis et le tintamarre des louches activités humaines.

(par François Peneaud)

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