L’Ordre de Cicéron : L’incroyable courage de Paul Gillon

11 octobre 2009 8 commentaires
  • Pour publier le troisième volume de L’Ordre de Cicéron : Le Survivant, il a fallu au lecteur attendre un peu. Mais pour Paul Gillon, 83 ans aux chanterelles, il a fallu bien plus de patience encore. Prix par des accès d’arthrose, il a dessiné cet album dans d’atroces douleurs qu’il affronte depuis des années avec détermination et courage.

L’album porte les traces de ce combat. Cela tombe bien, ce troisième volume au titre adapté, « Le survivant », raconte précisément le retour au devant de la scène de Raphaël Steiner que l’on croyait disparu dans les camps d’extermination. Le récit est haletant et on reconnaît toute l’habileté d’un avocat-scénariste, Richard Malka, pour raconter les retournements de prétoire, ponctués de révélations.

L'Ordre de Cicéron : L'incroyable courage de Paul Gillon
Le tome 3 de l’Ordre de Cicéron
Ed. Glénat

Avec son dessin classique, habilement mis en lumière par les couleurs de Hubert, Paul Gillon rend attractifs et fluides les débats d’audience qui, en raison du caractère figé des décors (nous sommes à huis-clos) rendent difficiles la dynamisation des scènes.

Mais ce combat, le premier à le porter, c’est le vieux dessinateur qui a du subir de nombreuses attaques de sa maladie : « Je ne veux pas qu’on me plaigne, que l’on fasse de moi un pauvre bonhomme estropié, mais en même temps pourquoi pas ?, cela fait partie du destin de chacun d’avoir des problèmes de santé. Il y a une période de cinq à six mois durant laquelle j’étais attaqué littéralement dès que je m’asseyais à ma table de travail. Je n’avais pas de solution. On a réfléchi à des aménagements de mon plan de travail, relativement aux accès. Mais j’ai toujours besoin de bouger pour un document à aller chercher, etc. Cela fait partie de mes routines : je travaille pendant 20 minutes à une heure, puis je me repose. J’ai toujours travaillé comme cela… Mais surtout, pendant quelques mois, cela a été d’une agressivité terrible. Au bout de dix minutes, j’étais foudroyé. On ne peut pas dans ces conditions travailler avec l’esprit libre, avoir la main libre. C’est l’arthrose, on ne sait pas vraiment ce que c’est en réalité. Aucun médecin au monde n’a été capable de m’expliquer comment lutter contre. J’ai essayé toutes les sortes de médecine, sauf lourde. »

Paul Gillon et Jean Paciulli, directeur général des éditions Glénat
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

N’empêche, il s’y met. Cela prend le temps qu’il faut mais il achève le troisième tome et, à peine fini, il est prêt à mettre en œuvre le quatrième et dernier volume de la saga : « Il fallait trouver un équilibre créatif entre ma santé et mon travail, ce qui est le cas maintenant : on a réussi à diminuer l’assaut des douleurs. J’attends avec impatience le scénario de Richard Malka pour la suite, il est au courant puisque je m’entretiens très régulièrement avec lui.  » La pression est maintenant sur le scénariste, peu disponible en ce moment puisqu’il est l’avocat de la banque luxembourgeoise Clearstream dans le procès qui défraye aujourd’hui l’actualité. Mais ce n’est pas l’envie qui manque, surtout celle de voir son ami Paul Gillon produire de nouvelles planches.

Voilà qui relativise un peu les commentaires stupides qu’on peut lire sur Amazon.fr : « Foutage de gueule, écrit un lecteur. Cette série est en train de battre le record de la lenteur entre deux tomes et fait concurrence sur ce thème aux œuvres de Pellerin avec la série L’Épervier. Les lecteurs sont floués. C’est dommage car la série est vraiment bonne.  » Un autre écrit : « Affligeant. 3ème report de sortie du T3. Quel manque de courtoisie vis à vis des lecteurs, c’est dommage car cette BD est vraiment intéressante…  »

Figure majeure la bande dessinée du XXe Siècle, Paul Gillon a été de toutes les aventures de la BD : du Journal de Mickey à Vaillant, de France Soir à Métal Hurlant... Grand Prix d’Angoulême 1982, il traverse son siècle avec une incroyable longévité sans que jamais il ne se trouve démodé. Les éditions Glénat avaient publié récemment son chef-d’œuvre : Les Naufragés du Temps.

Quand on lit ces remarques, on se dit qu’il y a des baffes qui se perdent…

L’Ordre de Cicéron T3 : Le Survivant
Editions Glénat

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

L’Ordre de Cicéron T.3 : Le Survivant, par Paul Gillon et Richard Malka. Éditions Glénat

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En médaillon : Paul Gillon. Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Lire aussi : Portrait de Paul Gillon par Didier Pasamonik sur Mundo-BD.Fr

 
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8 Messages :
  • L’Ordre de Cicéron : L’incroyable courage de Paul Gillon
    11 octobre 2009 11:31, par Monsieur le weblecteur

    Quand on lit ces remarques, on se dit qu’il y a des baffes qui se perdent…

    Monsieur Pasamonik,

    Il faut parfois se faire l’avocat du diable. Si Paul Gillon est un dessinateur extraordinaire, qui mérite respect par la force qu’il puise en réalisant cette série, les lecteurs ne sont pas censés savoir que c’est un dessinateur âgé de 83 ans, qui souffre de divers maux en dessinant ses pages.

    Si pour vous Paul Gillon n’est plus un auteur qu’on présente, laissez aux quelques néophytes de la bande dessinée le bénéfice du doute d’ignorer qui se cache dans les coulisses de la création de « L’Ordre de Cicéron ».
    Un peu de recul voyons.

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    • Répondu par marcel le 11 octobre 2009 à  15:13 :

      C’est vrai ce qui est dit dans le commentaire précédent, Paul Gillon, qui le connait ?
      Estimé par la profession, reconnu par quelques experts qui savent ce que dessiner veut dire et on a fait le tour de sa notoriété.
      la bande dessinée ne s’est toujours pas quoi faire avec ses grands artistes et ça me désole...

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      • Répondu par Pierre le 11 octobre 2009 à  18:56 :

        Ce n’est pas parce qu’on ne connaît pas un auteur que tout doit être dû aux lecteurs. Il était un temps où tout le monde ne donnait pas son avis sur tout sur la place publique. Les remarques assénées par les uns et les autres faisaient alors seulement l’objet de recueil en brèves de comptoirs ou tombaient dans un oubli bien mérité. Mais Internet permet de nos jours à n’importe qui de donner son avis sur n’importe quoi - ce que je suis en train de faire, d’ailleurs, avec une facilité qui m’étonne moi-même.

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  • J’adore Paul Gillon et cette série mérite d’être dessinée par lui.

    Pourtant, lorsqu’on connait les réflexions sociales qui agitent les français, on ne peut s’empêcher de se demander ce qui pousse de nombreux auteurs à continuer à travailler passé la septantaine (pour être large).

    Les éditeurs les ont tellement pressés qu’il n’ont pu préparer une retraite honorable ? Les périodes les plus rentables de certains artistes ayant un nom reconnu se trouveraient-elles en fin de carrière (au contraire d’autres qui aimeraient pouvoir poursuivre) ? N’imaginent-ils tout simplement pas pouvoir faire autre chose de leurs journées (interview de Lambil) ? La passion pour cette vocation serait tellement vive qu’ils ne pourraient s’empêcher de réaliser telle oeuvre qu’ils serait décemment impossible de négliger ? Le grand-oeuvre est-il toujours à venir ?

    Le journal Spirou a souvent fêté le départ à la retraite (en pension) de certains anciens, blanchis sous le harnais (je me souviens de Deliège, Macherot ? ou Roba), et j’ai été chagriné de constater le peu de temps qu’il y eu entre cette annonce et celle de leurs décès.

    Je me posais donc la question...

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    • Répondu par joel le 11 octobre 2009 à  17:56 :

      raymond macherot a pris sa retraite a 65 ans et il est décédé a 84 c’est une belle retraite !

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    • Répondu par Giff-Wiff le 11 octobre 2009 à  19:30 :

      L’univers de la BD a ceci de rafraîchissant (d’immaturité ?) qu’elle ne se soucie que peu de ses créateurs, choisissant d’encenser ou torpiller tel ou tel album, et faisant peu de cas d’un parcours d’auteur riche d’influences et d’expériences diverses. Le cinéma a depuis longtemps déjà intégré que l’ "oeuvre" est à prendre à l’aune d’une démarche, d’une vie d’auteur.
      L’équivalent d’un Gillon au 7e art ferait l’objet d’une analyse sur la fécondité d’un artiste, malgré le poids de l’âge.
      S’inquièterait-on que Manuel de Oliveira, 100 ans (ou même Eric Rohmer) poursuive sa filmographie au-delà de la septentaine...
      Public (et parfois critique), ton ingratitude envers ceux qui font vivre la magie de la BD n’a d’égale que ton incapacité à reconnaître les auteurs vivants avant qu’ils ne soient morts.
      Merci, M. Gillon.

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      • Répondu le 11 octobre 2009 à  21:35 :

        C’est faux, le cinéma n’a pas plus de mémoire, et quand Ridley Scott sort un DVD, on écrit en gros dessus "par le réalisateur de Mensonge d’état et American gangster" ses derniers films (médiocres) et pas "par le réalisateur de Blade Runner et Alien" (des chefs d’oeuvre).

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    • Répondu par Oncle Francois le 11 octobre 2009 à  21:27 :

      Cher Gill, j’aimerais, si vous me le permettez, offrir quelques perspectives à votre commentaire.

      Voyez-vous, je suis moi-même à la retraite depuis peu, ce qui m’offre le loisir de dispenser sur le net l’expérience de dizaines d’années de collectionite et de lecture de bonnes BD (au grand dam des adorateurs des bd récentes), mais aussi de très nombreuses rencontres amicales avec la plupart des géants de la BD (dont un grand nombre nous a malheureusement quittés, mais leur oeuvre perdure dans nos coeurs ; on notera qu’elles continuent également à faire les choux-gras des éditeurs et des libraires suffisamment intelligents pour avoir un véritable fonds d’oeuvres intemporelles).

      Donc de 1968 à 1985, j’ai pu approcher la plupart des grands auteurs aujourd’hui disparus, en séances de dédicaces chez des grands libraires ou aux premiers salons BD (Angoulême, Convention BD, Lucca et d’autres).

      Je leur ai parfois posé la question de savoir pourquoi ils continuaient leurs oeuvres, alors qu’ils pourraient tranquillement vivre de leur royalties. La réponse est simple : ces auteurs ont travaillé pendant des décennies entières à faire des histoires dessinées, le plus souvent 10 heures par jour minimum, cela six jours sur sept. Le dessin a pris une telle place dans leur vie qu’ils ne peuvent renoncer à cette occupation du jour au lendemain, à 65 ou 60 ans. Il ne s’agit pas pour eux de continuer à gagner de l’argent, mais plutôt de meubler leur vie en offrant au public ce qu’il leur ont donné si longtemps, avec générosité (n’oubliez pas qu’avant d’etre à la mode chez les fameux bobos, la BD etait une occupation de petits salaires).

      Des entretiens (privés) que j’ai pu avoir avec ces grands Maîtres, il ressort que le dessin et leur publication sous forme d’albums est le ressort qui leur permet de continuer à vivre. S’ils ne dessinent pas plusieurs heures par jour, ils ont l’impression du vide abissal. Certains m’ont souvent avoué rêver sous forme de BD. Donc pourquoi voudriez vous les priver de cet ultime plaisir qui réjouit aussi leur public ?

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