L’Orphelin de Perdide : deux volumes (Claudi et Silbad) – le temps, l’espace, la survie

2 avril 2020 0 commentaire
  • S’évader du quotidien le temps d’une lecture, c’est encore la plus belle des façons de voyager. Découvrez, dans cette chronique, un diptyque d’excellente qualité, avec interview du dessinateur.
L'Orphelin de Perdide : deux volumes (Claudi et Silbad) – le temps, l'espace, la survie

Un petit souvenir personnel, pour commencer… J’avais quelque chose comme douze ans, je pense, et mon père m’a mis entre les mains un livre « d’anticipation » : Oms en série, d’un certain Stefan Wul. J’ai dévoré ce livre d’une seule traite, et cet ouvrage fut pour moi la porte ouverte vers des auteurs, ensuite, comme Fredric Brown, Ray Bradbury, Andrevon, Asimov. Quelques dizaines d’années plus tard, j’ai été séduit par le dessin de Topor illustrant, en long métrage, ce livre extraordinaire.

De tous les auteurs de science-fiction, Stefan Wul est sans doute, avec Ray Bradbury, celui qui a su le mieux mélanger l’imaginaire le plus débridé et l’humanisme le plus tolérant.

Dans le monde de la bande dessinée, Régis Hautière est un scénariste qui éprouve, lui aussi, ce besoin fondamental de faire de ses récits le miroir, parfois déformant, de nos propres réalités.

Il était donc naturel, tout compte fait, que Wul et Hautière se rencontrent un jour, et cet « Orphelin de Perdide » est une excellente adaptation de l’univers de l’écrivain français. Un écrivain qui n’a jamais renié sa passion pour la poésie, une poésie qu’on retrouve dans ces deux livres grâce aux talents conjugués de Régis Hautière et du dessinateur Adriàn. Un dessinateur pour qui la science-fiction est la possibilité de laisser libre cours à tous ses imaginaires.

Perdide est une planète perdue loin de tout. Chaque année, des frelons voraces et meurtriers obligent ses habitants à se calfeutrer chez eux. Mais cette année-là, les parents du petit Claudi meurent et laissent le gamin seul. Seul, oui, mais avec un moyen de communiquer avec Max, contrebandier des étoiles.

Ces deux albums, dès lors, vont nous raconter tous les efforts de Max pour aller rechercher ce gamin, des efforts qui vont l’emmener à rencontrer des personnages attachants, dangereux, cruels, des efforts qui vont se faire, de péripétie en péripétie, un jeu de violence, de larmes, de mort. Un jeu qui, graphiquement, est d’une vraie puissance d’évocation, une puissance née de la liberté qu’a eue le dessinateur Adriàn en travaillant avec son scénariste.

Ce diptyque est une œuvre de science-fiction, certes, avec tous les ingrédients habituels à ce genre littéraire : vaisseaux spatiaux, personnages aux formes improbables, grands espaces intergalactiques.

Mais c’est aussi une œuvre qui dépasse le simple récit d’aventures. Parce qu’il nous parle de l’enfance, du deuil, de la confrontation constante avec la mort, avec l’horreur. Parce qu’il nous parle du temps qui passe et s’enroule sur lui-même comme s’enroule un serpent autour de sa proie.

Je parlais de poésie, et cette poésie dépasse aussi celle des mots, grâce au dessin d’Adriàn qui prend le temps de quitter les aspects technologiques de la narration pour s’attarder sur les paysages et, aussi et surtout, sur les visages et leurs expressions, sur les regards…

Le travail du dessinateur, ainsi, se caractérise par une grande variété d’angles de vue, mais aussi de couleurs… Ce sont elles qui rythment les différentes séquences de cette aventure intersidérale.

La fidélité à l’œuvre originelle est réelle, dans l’évolution du récit, dans l’ébauche des « caractères » presque cinématographiques. Elle l’est moins, sans doute, par la nécessité d’ellipses aptes à ne pas lasser le lecteur, à ne pas le perdre en route. Et le résultat en est une œuvre passionnante, intelligente, qui rappelle un peu le Barjavel du Voyageur Imprudent de par la présence d’un paradoxe temporel parfaitement amené !

(par Jacques Schraûwen)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Commander cet album:
BDfugue FNAC Amazon

  Un commentaire ?