L’Ours - Par Vincent Sorel - Actes Sud/L’AN2

22 janvier 2010 0
  • Un premier album aussi audacieux sur la forme que sur le fond : une fable qui place le sexe au centre des débats : une sobriété implacable, un regard sarcastique sur la société ordinaire déclinable dans tous les milieux...

L’histoire commence à l’envers. Une partie de chasse se termine en faveur d’un ours, et non du chasseur. Non content de sa victoire, l’animal endosse la peau de l’homme et s’en va gambader dans le village. Son entourage a bien remarqué un changement, mais se laisse berner par ce costume sommaire. C’est alors que l’avidité sexuelle de l’ours sème le trouble parmi les habitants. Toutes les femmes deviennent des objectifs, tandis que les hommes, sans se formaliser outre mesure du mutisme étonnant de cet "homme", commencent à se poser des questions.

En prenant ancrage quelque part dans l’époque mérovingienne tout en adoptant un ton intemporel, Vincent Sorel, qui est passé par les Arts déco de Strasbourg, nous amène à réfléchir à la fois sur les hypocrisies sociales et la force du non dit. Tout en honorant la quasi-totalité des femmes du village, l’ours masqué découvre nombre de secrets locaux. Et alors que l’appétit sexuel s’impose comme le principal moteur du personnage, l’auteur ne cède à aucun érotisme, cramponné à un style rigoureux et minimal, quelque part entre Davodeau et le dessin de presse, sans utiliser de contours de case et usant d’un noir et blanc largement baigné dans les nuances de gris.

L'Ours - Par Vincent Sorel - Actes Sud/L'AN2

Étonnant, diablement ludique et plein de maturité, L’ours n’en oublie pas moins la chute, avec une conclusion implacable assez convaincante. Et l’éditeur de présenter le titre accessible dès 12 ans...

(par David TAUGIS)

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