L’adieu à la scène des Debaser

28 août 2012 1 commentaire
  • La série rock'n roll et frapadingue de Raf joue son dernier riff : le mano a mano entre la multinationale Mundial et les Debaser enragés va faire du bruit au cours d'un concert mémorable.

Bye bye les Debaser ! Voilà quatre ans que l’auteur Raf nous gratifiait de tronches pas possibles et de corps déformés dans cette saga musico-futuristico-gago-contestataire, où un petit groupe de jeunes lassés qu’on leur dise quoi penser se sont mis en tête de "faire chier le plus de monde possible".

Mais revenons à l’histoire : "Casser les couilles à un max de monde hein ? Tu peux compter sur moi pour leur exploser les tympans, à tous ces connards !" Voilà, en gros, le leitmotiv asséné avec énergie par le duo formé par Josh, le dessinateur raté, teigneux et constamment de mauvaise humeur, et son amie Anna, l’intello frustrée et révoltée, apprentie chanteuse. Ils seront par la suite rejoints par Nathan, le batteur, frère aîné de Josh et obsédé sexuel, et par Rel, bassiste et arrangeur musical.

Change la société, bordel !

L'adieu à la scène des Debaser
©Raf/Ankama Editions

"Si tu ne fuis pas devant les moqueries, et si tu imposes ta différence aux autres crétins, tu changeras la société !" C’est ce que dit Zack à Josh dans une salle d’arcade, au cours d’un moment déclencheur dans le premier tome : Joshua doit utiliser ses pouvoirs de "raconteur". Car la série de Raf navigue aussi en plein univers fantastique. Les raconteurs sont des artistes musicaux, derniers descendants des musiciens libres d’aujourd’hui, qui choisissent d’échapper à la soupe formatée de la firme Mundial, l’outil de contrôle des masses du président Patrick 1er, qui dans une France futuriste, a supprimé les libertés individuelles et brimé l’indépendance. En jouant de la musique, les raconteurs peuvent matérialiser leur pouvoir en balançant des rayons repoussant les CRS imbibés de pastis, ou symbolisant l’osmose avec leur public de fans.

Mais le chemin est long pour les Debaser, car les décideurs de Mundial ne vont pas les laisser grignoter des parts de marché : dans un premier temps opposés au cours d’un battle musical digne des meilleures bastons de Dragon Ball Z, la firme et le petit groupe vont s’unir pour le pire. Absorbés au sein d’un label fourre-tout, les Debaser manquent de vendre leur âme au diable en signant chez l’ennemi, mais leur volonté indéboulonnable d’installer le dawa partout où ils passent, va lancer les quatre indépendants vers d’autres voies.

Extrait de "Debaser T3"
©Raf/Ankama Editions

Des guitares et des spaghettis

La grande réussite tant scénaristique que graphique de la série, vient surtout de l’énergie que l’auteur a insufflé à son univers. Ses personnages alignent des têtes d’énervés congénitaux, tandis que leurs corps deviennent des spaghettis selon leur humeur ou leurs postures d’agités. Le manque de décor élaboré aurait pu plomber l’univers et le découpage, mais cette économie permet au contraire à Raf d’avancer beaucoup plus vite et d’insuffler plus de vie à ses personnages, donnant au lecteur une impression d’hystérie et de rébellion constante convenant bien à l’esprit du groupe.

La série aurait aussi pu sombrer dans le "tous pourris, la télé réalité c’est mal, le pouvoir est bidon, les méchants sont les flics" et n’évite pas toujours certains raccourcis ou enfonce parfois des portes ouvertes, mais le propos se révèle progressivement plus fin et brille même par ses nuances sur certains tomes pertinents (le tome 2 dépeint un univers carcéral et dénonce la politique de monter les gens les uns contre les autres).

Extrait de "Debaser T8"
©Raf/Ankama Editions

Dès le tome 1, le lecteur a ainsi l’impression de se prendre un boost d’énergie dans la tête, et même si la patte de Raf ne brille pas par sa finesse, on sent que la demoiselle issue du monde du fanzine a mis tout son coeur et son feu revendicatif dans cette première série. Ce qui s’apparente au départ à une oeuvre gentillette d’inspiration manga (Raf se moque d’ailleurs de ses propres années collège et lycée en faisant de Josh un dessinateur copieur de DBZ sans imagination), se révèle finalement porteur d’un vent frais qui décoiffe.

Raf a pimenté sa série d’une dose sexy... sans oublier le 2nd degré
©Raf/Ankama Editions

Voir en ligne : Le site internet de Raf

(par Thomas Berthelon)

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Debaser T1 à T8 - Par Raf - Ankama Editions

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Raf : « Sur Debaser, je voulais parler d’un système global qui part en couilles »

En médaillon : la couverture du tome 8. © Raf/Ankama Editions

 
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