L’affaire Astérix : Alésia à répétition pour Albert-René face aux Tribunaux

22 mai 2009 2 commentaires
  • Dans la regrettable bataille que se livrent Albert Uderzo et sa fille, alors même que l’on célèbre cette année les 50 ans de la création d’Astérix, les éditions Albert-René viennent de perdre coup sur coup plusieurs procédures contre sa fille et contre son gendre, Bernard Boyer de Choisy.

L’affaire est suffisamment importante [1] pour que les principaux médias y consacrent des enquêtes, notamment Hervé Gattegno dans Le Point du 30 avril 2009 (N°1911) qui révèle qu’Uderzo aurait vendu les parts de sa société à Hachette pour 10 millions, voire 20 millions d’euros : « Seul indice accessible, raconte Le Point, l’acte de cession des parts d’Anne Goscinny, dûment enregistré au tribunal de commerce ; il atteste que l’héritière du scénariste d’Astérix a obtenu 5 millions d’euros pour ses 20 %. Propriétaire de deux fois plus d’actions et en outre détenteur du contrôle de Syadal, Uderzo a donc forcément obtenu au moins le double, soit 10 millions - un proche de la négociation parle d’ « environ 20 millions d’euros ». L’article fait état d’offres plus importantes faites par Média-Participations qui proposait «  jusqu’à 22 millions d’euros » à Sylvie Uderzo et 11 millions d’euros à Anne Goscinny, le célèbre agent sportif Jean-Claude Darmon offrant 60 millions pour l’ensemble !

Dans un droit de réponse au Point, du 20 mai 2009, Albert Uderzo ne conteste pas ces chiffres mais précise que « Contrairement à ce que vous écrivez, en cédant à Hachette Livre mes actions de Syadal, je n’ai nullement vendu « la propriété littéraire et artistique du petit Gaulois », dont les droits demeurent la propriété d’Anne Goscinny et de moi-même, à l’exclusion de quiconque. » Le droit d’auteur étant inaliénable, c’est un truisme.

Défaites au tribunal

Lourdement défaite aux Prud’hommes le 17 mars 2009 (270.000 euros en faveur de Sylvie Uderzo), la société Albert René vient cette fois d’être à nouveau condamnée à payer 194.300 € (plus les intérêts légaux) supplémentaires à BB2C, la société de Bernard Boyer de Choisy, le gendre d’Uderzo en règlement de factures impayées de 2007. Le tribunal a en revanche rejeté les demandes de dédommagement pour rupture abusive de contrat et préjudice moral, même si, par ailleurs, il constate que les accusations basées sur le rejet des notes de frais étaient infondées, condamnant Albert René à les régler. Rappelons que Bernard de Choisy et Sylvie Uderzo avaient également obtenu du Tribunal de la cour d’appel de Versailles le 10 décembre 2008, une ordonnance de rétractation de la saisie des disques durs de leurs ordinateurs personnels et professionnels en raison d’une prétendue « concurrence déloyale. »

L'affaire Astérix : Alésia à répétition pour Albert-René face aux Tribunaux
Astérix reste une affaire médiatique. Ici, lors du lancement du dernier album d’Astérix à Bruxelles en septembre 2005., on distingue Bernard de Choisy à droite. Il a été l’organisateur de ce barnum.
Photo : D. Pasamonik

L’enjeu : l’annulation de la vente à Hachette

Cette suite de déconvenues tombe mal pour Albert-René car ce mois-ci, Sylvie Uderzo exige des parties concernées la communication du contrat de cession des parts d’Albert Uderzo à Hachette, un document qui ne lui a pas été transmis, alors qu’elle est un actionnaire de référence de Syadal, la holding qui en détenait les parts.

Certes, Uderzo est fondé à regretter, selon ce qu’il déclare au Point, d’avoir fait don à sa fille des parts de la société qu’il a créée avec Gilberte Goscinny en 1979, et de s’offusquer de ce qu’elle prétende aujourd’hui l’ « empêcher de disposer librement des actions [qu’il a] conservées et [d’]’interdire de décider selon [ses] vues personnelles des conditions d’exploitation de l’œuvre [qu’il a] créée avec René Goscinny.  » Il affirme que Hachette Livre était le meilleur choix possible : «  Si j’ai choisi de céder à Hachette Livre le contrôle de la société d’édition que j’ai fondée, c’est simplement parce que, depuis plus de dix ans, Hachette édite les vingt-quatre premiers albums à l’entière satisfaction d’Anne Goscinny et de moi-même et que j’ai estimé que cette cession préservait dans la durée, mieux qu’aucune autre décision, l’œuvre entreprise avec René Goscinny. ».

N’empêche, Sylvie Uderzo a des droits et elle à l’intention de les faire valoir. Cette suite de défaites judiciaires dans des procédures destinées, selon Bernard de Choisy, à les salir pour mieux faire passer la vente, va plutôt dans son sens. Il est clair que la demande de communication du contrat de cession à Hachette est une première étape pour des revendications plus importantes, notamment celle qui consisterait à annuler purement et simplement le dit contrat. Car si ce que renseigne Le Point est vrai, à savoir que la cession s’est faite en-dessous des autres offres existantes, l’actionnaire minoritaire Sylvie Uderzo est pour le moins en droit de se sentir flouée.

Voilà qui annonce un cinquantième anniversaire (29 octobre) bien tendu.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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En médaillon : Bernard de Choisy (en septembre 2005, lors de la sortie du dernier album d’Astérix). Le Tribunal de commerce vient de condamner les éditions Albert René à lui verser près de 200.000 euros.

[1Voir notre résumé sur le sujet : Astérix : Le cap périlleux des 50 ans.

 
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2 Messages :
  • Des fois, la BD, vu de ma fenêtre de petit lecteur, ça sent pas très bon...
    Mais est-ce encore de la BD ?

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  • Que les éditions Albert-René se doivent de payer des "prestations" justifiées à des sociétés lamba, qu’elles soient gérées par la famille ou non, est une obligation légale.
    Que des ayant-droits se battent pour garder la propriété des personnages, alors que leur co-créateur est vivant et a le seul droit d’en abuser (avec Anne Goscinny qui me paraît beaucoup plus "stable" et intelligente que sa consoeur), est plus que minable.
    Ont-ils créé et fait perduré la série ?
    Ont-ils tenu le crayon ou taper à la machine pour faire en sorte, qu’au fil des ans, Les aventures d’Astérix et d’Obélix deviennent un incontournable de la BD, cinquante ans après ?

    Voir ce genre d’attitude est écoeurant et ce n’est pas, malheureusement, la seule affaire du genre.
    Il y en a qui rêve d’être président en se regardant dans le miroir, d’autres qui devraient éviter de se garder dans ce même miroir. A moins qu’ils aient un Dorian Gray sous la main !!!

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