L’amour (au féminin), selon la touchante Julie Maroh

16 avril 2010 0 commentaire
  • « {Le Bleu est une couleur chaude} », la première œuvre de {{Julie Maroh}} (éditions Glénat) surprend par sa parfaite maîtrise narrative de la part d’une jeune auteure. Elle nous retrace le destin de Clémentine, de son adolescence à sa vie d’adulte, de ses premiers désirs et sentiments pour une femme à ses doutes angoissants. Elle amène à la compréhension que ceux-ci sont naturels et acceptables. Un récit tragique expliqué tout en finesse, touchant et émouvant.

La vie de Clémentine, une adolescente, bascule le jour où elle aperçoit Emma, une jeune femme aux cheveux bleus. Cette dernière est aux bras d’une autre dans la rue. Clémentine est intriguée et fascinée par sa beauté et son comportement. Ses songes vont vers cette inconnue dont elle ignore le nom. Elle éprouve de l’intérêt, de la passion et du désir envers cette jeune femme. Mais son éducation et le poids de la société, le regard des autres, l’amène à éprouver de la culpabilité par rapport à ces pensées. Elle vit une relation avec un garçon mais n’éprouve aucune attirance pour lui. Un jour, elle décide de couper court, de le quitter, et s’enfonce dans la mélancolie, le questionnement et le doute.

L'amour (au féminin), selon la touchante Julie Maroh
Clémentine et son petit-ami.
Extrait du "Bleu est une Couleur Chaude" - (c) Julie Maroh & Glénat.

Peu à peu, elle apprend à ne plus repousser ses rêves emplis de douceur, et apprivoise ses désirs. Clémentine vivra une brève amourette avec une autre fille, qui la repousse aussitôt. Un ami homosexuel l’entraîne dans un bar gay. Elle y rencontre l’inconnue qui l’obsède tant depuis des semaines. Elle lui permettra d’affronter enfin le regard des autres.

La première œuvre de Julie Maroh est étonnement émouvante. Je range ce livre dans mon panthéon personnel auprès de Quartier lointain et le Journal de mon père (de Taniguchi), ou encore Blankets (de Craig Thompson), Zoo (Philippe Bonifay et Frank Pé) et Quelques jours ensemble (de Didier Alcante et Fanny Montgermont). Le style graphique de Julie Maroh doit encore s’affiner, mais l’auteure témoigne d’une parfaite maîtrise de la narration et de la dramaturgie.

Emma s’immisce dans les songes et désirs de Clémentine
Extrait du "Bleu est une Couleur Chaude" (c) Julie Maroh & Glénat



Le journal intime de Clémentine sert de fil conducteur narratif à cette histoire d’amour où les sentiments, la passion, le désir passent par les jeux de regard, les postures, et par les mots. Clémentine et Emma ressentent d’une manière différente leur homosexualité. Emma l’assume totalement et prend même part à des mouvements militants. Clémentine apprend peu à peu à apprivoiser sa « différence », mais ne veut pas pour autant "s’afficher à tout va", même si cela lui coûtera cher !. Les tensions qui découlent de cette divergence de perception servent à accentuer le ressort dramatique du récit.

Julie Maroh a commencé à écrire cette histoire en 2005, et celle-ci l’a principalement accompagné lors de sa dernière année à Saint-Luc (Bruxelles) dans la section bande dessinée [1] . Elle confie sur un blog qu’elle tenait en 2008 : « J’ai eu une frousse pas possible le jour où j’ai donné à lire les 60 pages déjà découpées à mes profs d’atelier ! Le thème principal de cette BD étant l’homosexualité féminine, je restais persuadée qu’elle ne pourrait plaire qu’à une catégorie de personnes et mes profs en étaient évidemment exclus... ». Denis Larue, Marc Sevrin et Éric Lambé, ses professeurs, se sont montrés bouleversés par ce récit. « Je me souviendrai toujours du regard que Marc a levé vers moi en finissant sa lecture. Ce que je voyais dans ses yeux était l’accomplissement ultime de ce que j’avais tenté de faire passer ».

Extrait du "Bleu est une Couleur Chaude" - (c) Julie Maroh & Glénat.



Avec un style semi-réaliste simple et délicat, les planches sont traitées en niveaux de gris, excepté le bleu des cheveux d’Emma qui envahit les songes de Clémentine. Cette technique apporte une poésie certaine au dessin.

Les planches de Julie Maroh sont exposées jusqu’au 18 avril à la « Gallery » du Centre Belge de la Bande Dessinée. Une occasion de mieux découvrir l’un des premiers incontournables de l’année.

Extrait du "Bleu est une Couleur Chaude"
(c) Julie Maroh & Glénat.



(par Nicolas Anspach)

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[1Julie Maroh ne cache pas son homosexualité. En mai 2009, elle publiait « un pamphlet » sur son blog où elle s’interrogeait sur le regard des autres, de la société, par rapport aux homosexuels. Une interrogation qu’elle partage également dans Le Bleu est une couleur chaude.

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