L’édition 2010 du « Dictionnaire mondial de la BD »

18 mars 2010 6 commentaires
  • Un dictionnaire n’est jamais une œuvre anodine. C’est une somme de savoir et sa publication même fige un instant de la connaissance sur un sujet, ce qui demande un certain courage. C’était vrai pour le Nouveau Dictionnaire de la langue française de Pierre Larousse publié en 1856, ça l’est aussi aussi pour le Dictionnaire mondial de la BD de Patrick Gaumer publié chez Larousse ces jours-ci.

On imagine mal le travail de titan que constitue un tel livre : 2200 articles dans des domaines aussi contrastés que ceux du manga, des comics et de la bande dessinée franco-belge. Quel trésor de connaissances, doublé d’un intense travail de vérification, n’a-t-il pas fallu accumuler pour obtenir cela ? Je connais un peu Patrick Gaumer. C’est le moins bling-bling de nos critiques de bande dessinée, très rarement dans les pince-fesses en ville. C’est un cloîtré. On lui doit des livres d’histoire (Le Journal de Pilote, Les Éditions du Lombard,… ), des biographies et des livres d’entretien (Goscinny, Tibet, Duchâteau et bientôt Rosinski) et quelques commissariats d’exposition (la dernière à propos de David B, à Blois)…

L'édition 2010 du « Dictionnaire mondial de la BD »
Patrick Gaumer, avec Jean-Claude Denis (à g.) à Blois en 2007.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Un ouvrage tel que Le Larousse de la BD est éminemment utile par les temps qui courent, surtout lorsque près de 4.000 publications déboulent chaque année sur les tables des libraires.

La connaissance de la BD, nous l’avons tous, à l’état natif, par notre propre expérience : un peu de temps passé dans une Fnac ou à la bibliothèque ou encore en piochant la collection des amis suffit à orienter nos choix et à goûter les meilleurs ouvrages. Mais l’abondance de ces dernières années, aussi jouissive et porteuse de diversité et d’innovation soit-elle, devient paradoxalement un handicap : le quidam ignorant des grands courants de la bande dessinée a bien du mal à savoir par où commencer dans cette pléthore. Pire : c’est de nature à lui faire peur.

Le dictionnaire comporte 2200 articles.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Une synthèse

Le Larousse de Gaumer fait ce nécessaire travail d’apaisement : il prend l’amateur de BD par la main et le promène à travers tous les genres et les personnalités du 9ème art. Sur 956 pages, avec l’appui de quelque 1200 images, il offre une synthèse qui organise la connaissance de la BD en lignes de forces dont il retient les « essentiels », pour utiliser une terminologie angoumoisine dévoyée par ses propres créateurs.

Ce faisant, Patrick Gaumer assume ses choix seuls. Quand il fait entrer dans son dictionnaire Bastien Vivès, Julie Doucet, Marc Pichelin, Ludovic Debeurme, Gipi ou Lisa Mandel aux côtés de figures historiques comme Moebius, Paul Gillon, Martial, Laudy, Hunt Emerson ou Chantal Montellier, il énonce ses choix.

Quand il y introduit des séries comme Dofus de Tot ou Naruto de Masashi Kishimoto, il montre son éclectisme. On pourra toujours s’interroger : Pourquoi Xavier Dorison et pas Fabien Nury ? Pourquoi Rupert, l’ours de Mary Tourtel et pas les talentueux Ruppert & Mulot ? Pourquoi Dupuis, Dargaud et Glénat et pas Delcourt ou L’Association ? C’est oublier que la connaissance est d’abord une expérience personnelle et qu’un dictionnaire n’est qu’une source dans un monde imparfait. Gaumer essaie de concilier anciens et modernes, icônes branchées et vieilles branches de collectionneurs. L’exercice est périlleux, mais passionnant.

Le cahier couleurs central est davantage historique
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Un exercice difficile

En publiant son dictionnaire, Pierre Larousse essuya les foudres de l’Église. Il fut mis à l’index des livres interdits par le Saint-Office de l’Inquisition romaine en un temps où le délit de blasphème existait encore en France. Larousse avait des idées républicaines et osait mettre en doute le dogme divin. Il pensait que le peuple s’affranchissait par le savoir.

Avec sa démarche toute pédagogique, ses exposés clairs et son gai savoir, Gaumer est sur la même longueur d’onde. Il nous fait aimer une bande dessinée sans œillère et sans frontière, comme en témoigne son cahier central où l’on découvre la bande dessinée africaine, brésilienne, finlandaise ou chinoise dont le plus souvent, car il faut bien faire ce constat, nous ignorons tout.

Sans doute verra-t-il son ouvrage mis à l’index par quelques intégristes qui n’apprécient pas qu’il y fasse figurer Kid Paddle ou Lanfeust… C’est le lot de chacun depuis qu’Adam & Ève ont essuyé le courroux divin en consommant le fruit de l’arbre de la connaissance et Prométhée celui de Zeus en apportant le feu à l’Homme…

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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6 Messages :
  • Un dictionnaire de la BD qui n’est même pas exhaustif sur les éditeurs ???? Etrange démarche ? Qu’il n’y fasse pas figurer tous les auteurs, pourquoi pas, à la limite, mais les éditeurs quand même ?????

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    • Répondu par Patrick Gaumer le 19 mars 2010 à  10:01 :

      Petite précision, les éditeurs sont évidemment tous évoqués au fil de leurs publications. Des "historiques" aux labels plus récents (Ankama, la Boîte à Bulles, ça et là, Cambourakis, Des Ronds dans l’O, Diantre !, les Enfants Rouges, Groinge, l’An 2 – phagocyté ensuite par Actes Sud –, le Lézard Noir, les Rêveurs, Sarbacane, Tartamudo, Warum, etc.) pour me limiter, dans cette réponse, à l’Hexagone.
      Au-delà, dans le corps même de l’ouvrage, des entrées spécifiques sont consacrées à quelques grandes figures éditoriales comme Louis-Robert Casterman, Charles Dupuis, William Randolph Hearst, Raymond Leblanc, Paul Winkler, etc.
      Cordialement,

      PG

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      • Répondu par Oncle Francois le 19 mars 2010 à  19:30 :

        Bonsoir Monsieur Gaumer. Nous nous sommes rencontrés à plusieurs reprises lorsque vous travailliez chez Temps Futurs (rue Dante) ou chez Glénat-Lafayette, où nous avions eu quelques échanges cordiaux, il y a de celà bien longtemps (années 80 sans doute).

        Je tiens surtout à vous féliciter pour vos livres sur Tibet et Duchateau qui rendent un hommage appuyé à deux grandes figures de la BD tout public, alors que la plupart de vos confrères (journalistes spécialisés dans la branchitude cablée, sélectionneurs d’albums hermétiques et soporifiques vendus à 2000 ou 3000 exemplaires à tout casser,etc etc).

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      • Répondu par José Jover le 26 mars 2010 à  18:36 :

        Cher Patrick, merci pour ce boulot de titan, cette somme accumulée tel un bagnard scrupuleux de l’ombre et pour ta passion véritable envers ce Médium que nous aimons par dessus tout. Merci également, d’avoir le souci de défendre les petites et moyennes structures éditoriales de la Bande Dessinée. Pour le reste, les sarcasmes éventuels de cornichons mal intentionnés voire jaloux (de quoi, on s’l’demande), et qui pour certains confondent leurs ennuis gastriques avec des envolées lyriques, glissons sur l’anecdotique. Celui qui a fait le Dico c’est bien toi, félicitations pour cette publication indispensable. Amitiés.

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  • L’édition 2010 du « Dictionnaire mondial de la BD »
    19 janvier 2011 16:42, par Paul Forcier

    Bonjour M. Gaumer,

    À l’occasion de Noël, nous avons fait venir de la FNAC votre Dictionnaire mondial de la BD, édition de 2010 afin de l’offrir à un de nos jeunes amis, féru de BD.

    Quel beau travail vous avez fait et nous tenons à vous en féliciter et à vous en remercier.

    Une seule chose nous a fort déçus : aucune mention n’est faite d’un bédéiste québécois qui, selon nous, mérite d’y occuper une place. Il s’agit de Michel Rabagliati. Je me contente de vous donner deux URL où vous pourrez vérifier s’il y a lieu de lui accorder une place dans la prochaine édition de votre dictionnaire.

    www.bdquebec.qc.ca/auteurs/rabagliati/rabagliati.htm et

    http://fr.wikipedia.org/wik/michel_rabagliati

    Je vous remercie d’avoir pris le temps de lire ce message et, si vous considérez qu’il en vaut la peine, de lui donner suite un de ces jours.

    Bien vôtre,

    Paul Forcier
    Montréal

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    • Répondu le 19 janvier 2011 à  20:12 :

      Bonjour,

      merci, très sincèrement, pour votre courriel. Vous avez tout à fait raison, Michel Rabagliati est un auteur de talent qui mérite sa place dans mon ouvrage. Pourquoi, d’ailleurs, n’y figure-t-il pas déjà ? Je m’interroge, l’ayant pourtant découvert chez La Pastèque et au catalogue de mon vieux copain Hansje Joustra (Oog & Blik). Promis, je répare cet oubli dans ma prochaine édition.

      Et puis, en toute subjectivité, quelqu’un qui prénomme sa fille Alice ne peut être foncièrement mauvais !

      Bien amicalement,

      Patrick Gaumer

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