L’émouvant album inachevé de Ric Hochet

15 novembre 2010 3 commentaires
  • {À la Poursuite du Griffon d’Or}, le 78e album de {Ric Hochet} est particulier à plus d’un titre. Il s’agit d’une œuvre inachevée puisque {{[Tibet->art9695]}} nous a quittés le 3 janvier dernier. La famille du dessinateur de {Ric Hochet} et de {Chick Bill} avait souhaité publier l’album en l’état, tel que Tibet l'avait laissé sur sa table de travail.

Dans la préface qu’il a signée pour cet album, André-Paul Duchâteau souligne qu’il n’y a rien de plus émouvant qu’une œuvre inachevée. Cet album l’est à plus d’un titre. Il s’agit d’une sorte de dernier rendez-vous avec ce personnage dessiné par son créateur graphique. Entre 1955 et 2010, Tibet aura signé près de quatre-vingt albums de Ric Hochet, une régularité quasi unique dans l’espace francophone.

L'émouvant album inachevé de Ric Hochet
Le story board d’une planche du T78 de Ric Hochet

Ce nouveau volume est aussi une occasion de se plonger dans les arcanes de la création et de découvrir les techniques de travail de Tibet. Même s’il a parfois été entouré d’assistants, Tibet réalisait toujours ses albums d’une manière artisanale, allant même jusqu’à se bricoler un porte-plume avec le « corps » d’un stylo bille sur lequel il avait fixé une plume « Gilotte », que l’on ne trouve plus aujourd’hui dans les magasins de graphisme. Il a d’ailleurs reçu son contingent de Marcel Gotlib après que celui-ci ait arrêté de dessiner des bandes dessinées pour des raisons de santé.

... et la planche terminée de Tibet

Cet album reprend les vingt-huit premières planches de « À la Poursuite du Griffon d’Or », accompagné par le story-board de mise en place esquissé par Tibet sur des feuilles quadrillées. Ces planches sont offertes au lecteur dans des phases de travail différentes : « Les douze premières planches sont finies, nous explique Nicole Gascard, l’épouse de Tibet. Elles étaient prêtes à être mise en couleur. Les cinq suivantes sont achevées, mais mon mari avait l’habitude de remanier les planches et de faire de légers changements quand les pages revenaient de chez son décoriste, Frank Brichau. Dans les planches 18 à 27, les personnages et certains éléments du décor ont été encrées par Tibet ». Le lecteur remarquera qu’un trait épais entoure généralement les personnages sur ces pages. « Tibet détestait réaliser l’encrage de large surface , poursuit Nicole Gascard. Mais il ne voulait pas que son trait soit dénaturé par le décoriste. Tous les éléments précis étaient ainsi sauvegardés, et le décoriste pouvait se charger de faire le remplissage ». Enfin, le premier strip de la vingt-huitième planche n’est qu’un crayonné. La dernière case représente un gros plan de Ric Hochet, portant d’un air soucieux, un téléphone mobile à l’oreille. « Il a dessiné cette case, et une heure après, Tibet n’était plus là !  », soupire avec tristesse son épouse.

André-Paul Duchâteau
(c) Nicolas Anspach

Dans cet album, André-Paul Duchâteau a bâti une intrigue classique sur fond de chasse au trésor. Le Baron Barney, un mégalomane multimilliardaire, décide de créer un concours où une authentique œuvre d’art chinoise, un griffon d’or, a été cachée par ses soins dans un lieu inconnu. Des chasseurs de trésors professionnels partent à la recherche de la précieuse statuette à la valeur inestimable. L’un d’eux perd la vie d’une manière atroce. Ric et le commissaire Bourdon tentent de découvrir l’assassin. Serait-ce le gouvernement chinois, qui s’estime être le légitime propriétaire de l’artefact, ou le Baron Barney lui-même ?

Le lecteur connaîtra le dénouement de l’intrigue grâce à une nouvelle de deux pages écrites par le « gentleman-conteur » où il synthétise ses idées.
Deux autres albums de Tibet paraissent également cet automne. Le premier d’entre eux est le troisième tome de Aldo Rémy, publié aux éditions Le Gang. L’édition de cet album limité à 3000 exemplaires contient un carnet regroupant les dessins d’hommages à Tibet réalisés par tous ses amis. Enfin, les éditions du Lombard publieront en décembre prochain album regroupant les caricatures réalisées par le dessinateur disparu. La caricature était une de ses passions. Il anima dans les années 1970 dans le journal de Tintin une rubrique de portraits de célébrités intitulée La Tibetière.

Ric Hochet devrait poursuivre ses aventures. Des auteurs réalisent actuellement des essais, sous la houlette d’André-Paul Duchâteau, son co-créateur. Nicole Gascard souhaiterait, quant à elle, que Chick Bill survive également à la disparition de son époux. La reprise de cette dernière série est cependant plus hypothétique et difficile tant la personnalité et l’humour de cette série étaient liés à son créateur.

L’exposition Tibet au CBBD
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

(par Nicolas Anspach)

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Les planches du T78 de Ric Hochet sont exposées au Centre Belge de la BD jusqu’au 21 novembre.
CBBD
Rue des Sables 20
1000 Bruxelles.



Illustrations : (c) Tibet, Duchâteau & Le Lombard.
Photos : (c) Nicolas Anspach

 
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3 Messages :
  • L’émouvant album inachevé de Ric Hochet
    15 novembre 2010 15:52, par stan prozak

    Pour commander le tome 3 d’Aldo Rémy,
    legang-editeurs@hotmail.fr

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  • L’émouvant album inachevé de Ric Hochet
    15 novembre 2010 23:30, par Oncle Francois

    Cela va peut-être en étonner certains, mais je n’ai jamais été un grand fan de Tibet réaliste (Ric Hochet, quel nom ridicule ! L’influence de Pierre Dac est ici évidente !)ou de Tibet humoriste (Chick Bill, dont la vedette est en fait Kid Ordin. Ah, ses meilleurs albums ont sans doute été écrits par Greg, cherchez donc ces pépites !). Très efficace au cours des années cinquante et jusqu’à 1968 environ, les albums ont ensuite sombré dans une sorte de rétro passéiste et ringard, toujours bon-enfant et sympa à lire toutefois. Difficile de continuer à s’enthousiasmer sur Ric Hochet quand on a lu Bernard Prince ou XIII, on peut le dire ! Et dans le style western amusant, on peut préfèrer Lucky Luke de Goscinny et Morris, plus référentiel, ironique et moins burlesque que Chick Bill !

    Pour autant, Tibet était une "figure" du journal Tintin, et il entretenait des relations cordiales avec de nombreux auteurs wallons (dont le sympathique Dany), de plus, il a fait une oeuvre tout public et sans prétention, donc "total respect" comme disent les petits jeunes à la mode.

    J’ai vu ce livre en librairie, il m’a touché, car il est le témoignage d’une disparition intervenue en plein vol, à l’improviste. En voyant les dernières cases à peine esquissées, on découvre le travail préparatoire de cet auteur populaire, c’est quand même un peu plus abouti que Tintin et l’Alph-Art qui n’était qu’un projet ! Et cet album inachevé vient nous rappeler la brièveté de notre existence ! Oui , nous pouvons être tous appelés ailleurs, un jour ou l’autre. D’ici là, "Carpe Diem" comme disaient les romains.

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  • L’émouvant album inachevé de Ric Hochet
    16 novembre 2010 08:35, par RipKirby

    je trouve dommage que rien n’indique en couverture que l’album est en l’état ! je pense qu’il va y avoir des surprises !
    sinon sur l’exemple finalisé les têtes de ric hochet semblent pas "raccord" avec le corps...bizarre ! on a l’impression qu’un dessinateur a fait la tête et l’autre le corps ! le pire c’est la case ou ric hochet tient la carte à bout de bras (problème de vue pour le héros ?? ) alors que le mouvement est bien plus naturel sur le crayonné...
    sinon c’est vrai que c’est un témoignage émouvant...qui aurait très bien pû paraître en édition terminée ET inachevée !

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