L’impressionnante Vénus noire

27 octobre 2010 1 commentaire
  • Simultanément à la sortie du film consacré à l'histoire d'une esclave d'Afrique du Sud exhibée dans le Londres du XIXème siècle, les éditions Proust publient son histoire en BD.

Un peu en précurseur par rapport à certains de ses concurrents (le producteur Marin Karmitz est présent dans le capital de sa maison d’édition), Emmanuel Proust tente d’associer actualité éditoriale et événements cinématographiques.

Si les relations historiques et techniques entre cinéma et BD ne sont plus à démontrer depuis longtemps, on assiste de plus en plus à des stratégies convergentes entre les deux medias. De nombreux producteurs essaient avec plus ou moins de bonheur d’adapter quelques best-sellers dessinés tandis des éditeurs recyclent sous forme d’albums ciblés quelques succès du grands écran. Les Editions Proust ont choisi une nouvelle fois d’accompagner la sortie en salle de certains films par la publication d’albums BD.

L'impressionnante Vénus noire
La vénus Noire, le film, la BD ou les deux ?

Inspiré de l’histoire vraie de Saartjie Baartman, esclave venue d’Afrique au XIXe siècle l’album évoque l’épopée de cette femme noire aux formes très généreuses et au fessier proéminent qui se retrouva exhibée comme un monstre de foire sous le nom de Vénus hottentote . On pense bien évidemment à d’autres histoires du même genre (Freaks de Tod Browning ou Elephant Man de David Lynch ) à la différence que celle-ci rejoint une actualité récente.

Après sa mort en 1815 son corps sera disséqué par l’anatomiste Georges Cuvier à l’Académie de médecine de Paris.Ses organes génitaux et son cerveau, conservés dans le formol seront exposés au musée de l’homme à Paris jusqu’au milieu des années 1970 !

Sur la requête des Khoïsan (peuple dont elle était issue), et de Nelson Mandela, devenu président de la république Sud-Africaine après la fin de l’Apartheid, les restes de Saartjie retourneront dans leur pays d’origine et suite à une délibération du parlement français...en 2002 !

C’est cette histoire incroyable et terrifiante que Renaud Pennelle a mis en images dans un album dont la publication coïncide avec la sortie du film d’Abdellatif Kechiche, déjà connu par les films L’Esquive, ou plus récemment La Graine et le mulet et qui fait ici office de scénariste de BD !

Le graphisme de Renaud Pennelle s’impose par sa souplesse et une certaine élégance qui facilitera l’adhésion du lecteur à un sujet difficile et bien peu glamour ! Après Sagarmatha publié chez le même éditeur (et dans la même collection), le jeune dessinateur signe un deuxième album dont le succès pourrait bénéficier de l’effet médiatique provoqué par le film. Une stratégie éditoriale qui, si elle n’est pas sans risque, peut s’avérer payante en séduisant de nouveaux lecteurs... à la sortie des salles obscures !

Une histoire où les Droits de l’Homme (ou plutôt de la Femme) sont bien malmenés !

(par Patrice Gentilhomme)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Vénus noire par A.Kechiche et R. Pennelle - Editions Emmanuel Proust

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2000 ans d’histoire, l’émission de Patrice Gélinet sur France Inter a été consacrée à la Vénus Noire.

© Illustration Renaud Pennelle - Editions Emmanuel Proust

 
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1 Message :
  • L’impressionnante Vénus noire
    27 octobre 2010 14:43, par brio

    Cher Patrice,
    Pourquoi faire pointer un lien "une nouvelle fois" vers un article où il avait été établi que le livre et le film concernés partageaient un même sujet, sans être une adaptation l’un de l’autre ?

    La démarche de Vénus noire me semble au contraire relativement inédite : un même scénariste et réalisateur a choisi deux formes artistiques pour défendre son scénario. Le cinéma d’une part, et la bande dessinée d’autre part. La BD, qui est peut-être un support publicitaire comme un autre pour le film, sort quelques jours avant. Il y a ici le pari, que les deux modes d’expressions se profitent l’un à l’autre, plutôt que de se cannibaliser.
    Le dossier de presse de la BD signalait un budget de communication très conséquent : "En partenariat avec MK2, un important plan-média d’un 1,5 million d’euros accompagnera la sortie du film et de la BD : campagne d’affichage nationale, bandes-annonces dans les salles, passages télés sur les chaînes nationales, invitations aux avant-premières, places de cinéma et BD à gagner…".

    Un million et demi d’euros, c’est peut-être un budget pub raisonnable pour un film. Mais à l’échelle de cette autre industrie de l’entertainment qu’est la bande dessinée, la somme est colossale. Les avances sur droit consenties aux auteurs de BD étant ce qu’elles sont (quelques centaines d’euros par planche, c’est-à-dire quelques milliers d’euros pour un album complet), il me semble vraisemblable que la bande dessinée Vénus noire soit une commande budgetée dans le "plan média" du film. C’est bien sûr une supposition de ma part, et je n’y trouve rien à redire. Cette démarche plurimédia me semble habile et original. Le film et la BD y gagnent tous deux une certaine visibilité, et des articles dans différents supports. Et comme la bande dessinée n’a pas été bâclée par Renaud Pennelle, personne n’est lésé.

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