LA CHRONIQUE NARQUOISE DE DIDIER PASAMONIK : La "surproduction", la belle affaire !

18 novembre 2012 30 commentaires
  • La tension est palpable chez les éditeurs comme dans les librairies à chaque fin d'année : il faut dire que leur chiffre d'affaires de l'année repose souvent sur la période des fêtes et que les évolutions récentes de la distribution du livre ont compliqué le jeu. Entre fusions de catalogues et concurrence numérique, d'aucuns crient à la "surproduction" en faisant des sauts de cabri.

Si l’on compare le métier entre aujourd’hui et il y a trente ans, on se trouve certes confronté à une multiplication des nouveautés. Denis Lapière, libraire dans les années 1980 à Charleroi avant d’être le scénariste à succès que l’on connaît, se souvient de la sensation particulière qu’il avait éprouvée lorsque Glénat était passé à un office de nouveautés par semaine, au lieu d’un par mois comme le faisaient tous les autres éditeurs jusque là. On oublie souvent la capacité créatrice des éditeurs. Glénat et Casterman n’avaient pas démérité en ces temps pionniers : ils avaient réussi, à la suite du succès d’Astérix, à convaincre la grande distribution de s’ouvrir à la "bande dessinée pour les adultes" alors que ses espaces pour la bande dessinée étaient jusqu’ici exclusivement dédiés à la jeunesse. Les Passagers du Vent ou Silence prirent place dans les linéaires.

L’expansion du champ commercial de la BD dans les années 2000

En ce temps-là, on tournait à 400 nouveautés par an, les maîtres des lieux s’appelaient Astérix, Tintin, Lucky Luke, Les Schtroumpfs, Gaston Lagaffe, Boule & Bill, Blake & Mortimer... Des produits d’autant mieux formatés pour la "distribution moderne" qu’ils avaient su s’adapter : les albums s’étaient standardisés : 48 pages, cartonnés, couleurs, avec un prix quasi identique chez tous les éditeurs. Les campagnes de promotion s’accompagnaient d’actions commerciales où l’on pénétrait chaque réseau avec un soin particulier : librairies spécialisées, librairie générale, kiosque, chaînes de librairie, supérettes ou supermarchés de proximité (environ 100 à 400 m²), supermarchés (de 400 à 3000 m²), hypermarchés (au-delà de 3000 m²)...

Trente ans plus tard, les candidats à la "manne" de la grande distribution se sont multipliés : des nouveaux best-sellers sont arrivés (Petit Spirou, Titeuf, Kid Paddle, Largo Winch, XIII, Thorgal, Le Chat, Dragon Ball, Naruto, One Piece...) sans pour autant obérer complètement les anciens qui tiennent encore leur rang : Tintin, Astérix, Lucky Luke, Alix, Michel Vaillant et Blake & Mortimer sont encore là.

Par ailleurs, de nouveaux marchés se sont ouverts dans le secteur du poche (essentiellement dédié aux mangas) élargissant l’assiette du public vers la jeunesse et vers des segments jusque là sous-exploités comme le public féminin (surtout capté par les mangas et les BD "girly") ou le cadeau d’impulsion (les ouvrages de Vents d’Ouest ou de Bamboo s’en sont faits une spécialité).

Enfin, la télévision, le cinéma et les produits dérivés (comme les jeux vidéo) où la plupart des séries notoires ont été adaptées (De Lucky Luke à Largo Winch, en passant par Persépolis ou Le Chat du rabbin ; mais aussi les myriades de mangas et de super-héros...), ont démultiplié la notoriété de la BD, autorisant d’en mettre dans tous les tuyaux. Y compris ceux de la littérature puisque les "romans graphiques" prennent peu à peu place à côté des stars du Polar et des Prix Goncourt.

Ces dernières années, la plupart des villes moyennes ont ouvert leur point de vente spécialisé, parfois en mangas, tandis que certaines chaines de magasins prenaient place dans des lieux commerciaux de grand passage (galerie commerçante, centre ville...).

La raison de cette expansion ? Une offre abondante et diversifiée, propulsée par la vogue des mangas, animée par des acteurs dynamiques capables de distinguer de nouveaux segments de marché et d’y apporter des propositions attractives. Ce qu’on appelle la "surproduction" vient d’abord de là. On oublie que cette multiplication des points de vente a été possible précisément en raison de cette offre abondante. Si nous en étions restés à 400 titres par an, cette exposition de la BD n’aurait pas été possible et, partant, serait bien moins puissante qu’aujourd’hui. C’est ce que l’on appelle l’effet d’entraînement.

 LA CHRONIQUE NARQUOISE DE DIDIER PASAMONIK : La "surproduction", la belle affaire !
Un linéaire de supermarché en novembre 2012 : Tintin, Astérix se partagent l’espace avec Titeuf et Les Simpson, à côté des Martine.
Photo : D. Pasamonik

La parabole du défilé

D’où vient la popularité de ce terme de "surproduction" appelant dans les forums à une forme d’"eugénisme créatif" voire à l’invocation d’une "bande dessinée de souche" ? Peut-être est-il en sous-texte des soupirs de Gilles Ratier, chroniqueur de bande dessinée, bibliothécaire dans le civil, qui, depuis plus de 15 ans, recense chaque année -de façon complètement bénévole- les nouveautés publiées et qui en fait la comptabilité. Vous le connaissez, nous parlons de lui chaque année. Et chaque année, il voit arriver "encore plus" de livres publiés, son travail ne cessant de croître...

Ils vient aussi des éditeurs et des auteurs qui connaissent des difficultés de chiffre d’affaire aujourd’hui : leur souci vient forcément des autres, de la concurrence, de ce marché qui ne les accueille plus comme avant ; rares sont les remises en cause de leur méthode de travail, de l’essence même de leur production, de leur aptitude à capter le public. Sauf que l’analyse des vraies causes, on ne la voit pas, on en parle peu. Elle vient le plus souvent non pas d’un encombrement du marché, mais d’un encombrement des segments de marché, là où tout le monde va pour faire de l’argent facilement, sans construire.

On utilise souvent en économie la parabole du défilé : si un spectateur veut mieux voir le défilé, il se met sur la pointe des pieds. Il le voit mieux effectivement jusqu’à ce que tout le monde ait la même idée, et là c’est foutu, on ne voit plus rien du tout.

Dans les 5000 titres publiés dans l’année, il y en a qui ont 25 lecteurs, dont le tirage est artisanal et souvent accompagné d’une signature et d’un mot de l’auteur. Ils existent peu, sauf dans un cénacle d’initiés. D’autres ont des tirages qui se comptent en centaines de milliers d’exemplaires et qui sont accompagnés d’un barnum important. Un grand nombre sont entre les deux, aspirant à décrocher le pompon du Loto, espérant simplement que le seuil du "point mort", c’est à dire de rentabilité minimum, soit atteint pour éviter l’arrêt de l’arbitre "phynancier".

Toutes ces publications sont légitimes. Le problème, c’est quand les ouvrages à petit tirage se multiplient sur le même segment de marché et lorsqu’une grosse Bertha en trouve une autre juste en face la même semaine. Il se complique encore lorsque les éditeurs -comme c’est le cas aujourd’hui- décident de programmer 40% de leur production sur une période de huit semaines, celle qui précèdent les fêtes de fin d’année.

Interrogez votre libraire, il vous le confirmera : calme plat des nouveautés dans le courant de l’année et gros arrivages entre septembre et novembre, avec tout ce que cela implique : manutention démultipliée, réduction de la visibilité des nouveautés, stress dans le fonds de roulement de la trésorerie... J’ajouterais : cacophonie dans la communication, car attachés de presse et journalistes sont à la même enseigne. C’est la loi de la jungle et, il faut bien le dire, la loi du plus fort qui s’impose.

Tout passe en force : Thorgal fait face à Largo Winch qui doit affronter XIII, Lucky Luke se farcit Titeuf, Blake et Mortimer le nouveau Chat, tout cela pour un profil de public qui est souvent le même (le "grand public", le lecteur classique). À quelques exceptions près, on ne se trouve pas face à un marché qui essaie de conquérir de nouveaux lecteurs par des actions commerciales innovantes, en s’appuyant par exemple sur une communauté issue des réseaux sociaux ou sur des clubs de lecteurs, seul moyen de lutter contre "la longue traîne" des librairies en ligne. Nous avons aussi des éditeurs qui veulent tout faire, tout en même temps, au même moment de l’année. On attend tout des mêmes personnes. Résultat, pour obtenir de la visibilité sur Thorgal, on va publier trois titres la même semaine, quitte à diviser la marge d’autant.

Or, d’où vient d’ailleurs la marge dans une BD ? Comme ailleurs, de la différence entre le chiffre d’affaires net et des coûts de fabrication (dans lesquels les auteurs sont inclus) et de diffusion-distribution (libraires et distributeur).

La multiplication des titres peut réduire le coût de fabrication (un plus grand volume d’ouvrages publiés réduit le coût du papier, voire de l’impression ou de la reliure...) et amortit mieux les coûts de diffusion. Sauf si, par erreur stratégique, les efforts ne sont répartis que sur une période : à ce moment là, la concurrence accrue et le surcroît de travail vous rendent moins performants. Une fois encore, l’effet "pointe des pieds" est à l’œuvre...

C’est une réalité : les mangas se trouvent favorisés par cette orientation du marché. Avec leur publication régulière étalée sur toute l’année, leur faible coût de production (du noir et blanc..., un éditeur seul animant un pool de traducteurs et de lettreurs), ils échappent au stress de la fin de l’année.

Le moment est venu de se demander s’il ne vaudrait pas mieux ménager dans l’année des thématiques qui favorisaient la visibilité de certains segments. Elles peuvent s’appuyer sur les festivals ou des événements, par exemple : le Comic Con en juillet pour les BD de SF et de Fantasy, Blois en novembre pour les BD historiques, etc. Plutôt que de favoriser la "surproduction" des festivals toujours formatés de la même façon (on ne compte plus les festivals de "BD indépendante"), pourquoi les éditeurs ne choisiraient-ils pas un segment particulier ? Cela peut s’appuyer sur un librairie, comme sur un événement où l’on défendrait, qui la BD érotique, qui la BD du réel, qui la BD Polar, qui la BD d’humour, qui les blogs de BD... d’une façon assumée, sans chercher exclure ni à stigmatiser.

Dans cette perspective un Festival comme Angoulême qui se positionne historiquement comme "le festival des festivals" devrait offrir un palmarès qui reflèterait cette segmentation plutôt que l’embrouillamini de ces dernières années.

On aurait dès lors moins l’impression d’une "surproduction" et davantage celle d’une "richesse" propre à la création de l’espace franco-belge.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

 
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30 Messages :
  • La sensation de la surproduction vient peut-être de l’impression qu’il y a beaucoup plus d’albums médiocres qu’autrefois, qu’il y a des livres franchement mauvais qui n’auraient autrefois même pas eu les honneurs d’une prépublication dans la presse (Spirou, Tintin, métal Hurlant, Pilote ou à suivre), mais qui se retrouvent aujourd’hui dans les linéaires, à un prix fort élevé.

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    • Répondu le 18 novembre 2012 à  19:18 :

      Cette sensation existait déjà il y a 30 ans. À toutes les périodes, un lecteur à l’impression qu’il y a toujours plus de titres médiocres que de bons titres. Ce qui est certainement le cas. Mais ce qui est médiocre pour vous, ne l’est peut-être pas pour un autre.

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    • Répondu le 18 novembre 2012 à  20:50 :

      N’importe quoi... Il suffit d’ouvrir un Pilote des années 80 pour voir que la qualité des bds a vraiment progressée.

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      • Répondu le 18 novembre 2012 à  21:30 :

        C’est vrai que Tito Topin, Patrick Lesueur, Druillet ou les naufragés de l’escalator c’était vraiment mauvais, déja à l’époque.

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  • "Le moment est venu de se demander s’il ne vaudrait pas mieux ménager dans l’année des thématiques qui favorisaient la visibilité de certains segments. "

    Comme la presse féminine, quand l’été approche, hop, on parle "nouveaux régimes amaigrissants" ?
    Et les auteurs produiraient en fonction de ces périodes et tous les titres qui abordent le même sujet sortiraient dans la même période , du coup, tout le monde serait sur la pointe des pieds mais à chacun son tour. Quel intérêt ?

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  • Puisque je suis cité, je voudrais préciser une chose : au début des années 80, les nouveautés paraissaient tous les trimestres. À cette époque, les libraires avaient trois mois pour écouler leur stock de nouveautés. C’est donc Jacques Glénat qui a bouleversé cela en faisant paraître ses albums tous les mois. Ce qui lui permettait d’envahir les tables de nouveautés deux mois durant, en attendant l’arrivée trimestrielle des autres éditeurs (Dargaud, Lombard, Catsreman, Dupuis). C’est bien plus tard, par la volonté de Soleil et Delcourt qu’on est passé à des parutions hebdomadaires puis, tout simplement, quotidiennes : un libraire, aujourd’hui, reçoit des nouveautés tous les jours…

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    • Répondu le 19 novembre 2012 à  10:11 :

      Bientôt, ce sera toutes les heures.

      Je voudrais qu’on m’explique comment un éditeur peut jouer son rôle de filtre, comment un directeur littéraire peut-il raisonnablement suivre un auteur et un projet ?

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      • Répondu le 19 novembre 2012 à  10:34 :

        encore une fois, on se rend compte que les questions et atermoiements ne demandent qu’une seule réponse : une étude complète et détaillée des lectorats bd manga comics en France.
        après tout, on sait l’augmentation de la production, mais sait on a quel niveau les publics augmentent dans la même période ? ou le nombre de lecteurs de bd est-il invariable ?
        quels sont respectivement leurs centres d’intérêts, leurs possibilités d’investir. sont-ils plus nombreux, mais avec moins d’argent ?
        si nous pouvions un jour reprendre toutes ces belles interrogations par leur base, soit donc le public, on serait en droit de penser qu’on avancerait plutôt que de se demander toujours comment on avance

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  • il y a aussi cette espève d’exception culturelle franco-française, et un peu suivie par la Belgique : La rentrée littéraire, qui veut qu’on concentre des centaines de nouveautés sur quelques semaines en septembre. A chaque fois, on se perddans les chiffres, les tendances... et à la fin, le constat est simple : les blockbusters qui se sont vendus comme prévus, quelques rares titres qui rencontrent un vrai succès et une énorme majorité de romans qui passent complètement inaperçu, sans même que ce soit lié à leur qualité.
    D’ailleurs, des critiques ont créé un prix de l’inaperçu pour essayer de remettre en, avant quelqu’uns de ces victimes de la rentrée littéraire. Parlez-en aux américains ou aux anglais, ils n’ont jamais entendu parler d’une pratique aussi ridicule.
    Dans le même ordre d’idée, le cinéma français, il y avait un film français, la dilettante, je crois, que les producteurs ont choisi de sortir dans la période la plus creuse qui soit. Et, surprise, ce fut un très gros succès qui a installé définitivement Catherine Frot comme actrice qui compte. On la savait déjà très bonne, le film était bon, mais s’il était sorti en pleine, il aurait été noyé dans la masse. Il a pû exister le le bouche-à-oreille a pùu fonctionner.

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    • Répondu le 19 novembre 2012 à  15:15 :

      Il y a quand même des dates à éviter. Par exemple : fin juillet / début août, c’est mort.

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  • Attention, surproduction ne veut pas dire baisse de la qualité des livres.
    Quel plaisir pour moi lorsque me rendant chez mon libraire préféré, je suis sûr de tomber sur une nouveauté de qualité !
    Il faut aussi voir le bon côté des choses pour le lecteur !

    Après, c’est vrai qu’en fin d’année, on se trouve souvent face à des choix cornéliens. Qu’est-ce que je m’achète ? Qu’est-ce que je me fais offrir ?

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  • et un élément qui n’est pas vraiment soulevé : tout le marché, et la surproduction qu’on y perçoit, et dû essentiellement à un goulot qui conditionne tout le reste : les points de vente.
    Le réseau de vente est-il encore adapté alors que le public a muté de manière fondamentale ? Il s’est spécialisé et segmenté, mais le réseau de vante n’a guère évolué :
    les grandes surfaces (inclus les libraires généralistes genre Fnac) pour le mainstream, et les magasins spécialisés, où se retrouve l’essentiel de la diversité de la production.
    Si les grosses machines souffrent moins, c’est parce qu’elles bénéficient de 2 réseaux, alors que la majorité des albums se retrouvent à se battre dans un réseau exigu, qui ne permet plus d’exister sur la durée. Si le bouche-à-oreille n’a plus le temps de s’installr, c’est la mort assurée pour l’essentiel des nouveaux titres, qui ont besoin de séduire un public.
    Finalement, un site comme actuaBD chronique combien de livres par an ? Et vu le temps que les articles restent sur la page de garde, combien de vues pour une fiche album ?

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    • Répondu le 30 novembre 2012 à  20:43 :

      Vous oubliez de dire que les ventes en librairies en ligne sont aussi de nouveaux espaces pour vendre le livre.

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  • « La vérité, là, tout simplement, la librairie souffre d’une très grave crise de mévente. Allez pas croire un seul zéro de tous ces prétendus tirages à 100 000 ! 40 000 !... et même 400 exemplaires !... attrape-gogos ! Alas !... Alas !... seule la "presse du coeur"... et encore !... se défend pas trop mal... et un peu la "série noire"... et la "blème"... En vérité, on ne vend plus rien... c’est grave ! le Cinéma, la télévision, les articles de ménage, le scooter, l’auto à 2, 4, 6 chevaux, fontun tort énorme au livre... (...) salut, petits budgets !... voyez dettes !... plus un fifreloin disponible !... alors n’est-ce pas, acheter un livre !... »

    Entretiens avec le Professeur Y, L.-F. Céline, 1955

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  • La "surproduction" ? Mais payons le travail !
    1er août 2013 18:41, par Balthus

    La seule question qui vaut c’est "dans cette surproduction, combien des albums produits ont-ils vu leurs auteurs rémunérés à la hauteur du travail fourni ?" ou même rémunérés tout court. Si une loi obligeait à payer la création (car là on est plus dans l’exploitation, l’esclavage, le travail dissimulé), il y a fort à parier que la surproduction disparait.

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    • Répondu par Sophie le 2 août 2013 à  09:18 :

      c’est important ce que vous soulevez là.Car très concrètement dans ce milieu, il y a des des éditeurs comme Le Cycliste,E.Proust ou Carabas, qui soit ne payent pas les auteurs, soit faiblement (de 2000 à 6000 euros le contrat pour un album de 50 pages voire plus), soit payent mais avec beaucoup de retard, et les droits d’auteurs, n’en parlont pas.Certains auteurs parfois très talentueux travaillent dans des conditions du Bangladesh, exploité par des maquignons sans scrupules, avec des phrases du genre "c’est déjà bien beau d’être édité"(syndrome également exploité par les plus gros éditeurs ceci dit.Comment travailler dans ces conditions ?). Il est évident que ces pratiques doivent disparaitre, et en cela la crise peut être vue comme une nécessité de passer à autre chose de plus officiel et légal dans le traitement,de façon à éliminer tout ces albums qui sortent de façon cacophoniques, d’ailleurs ce n’est pas un hasard si les faillites se succèdent.
      Le phénomène Lance Armstrong et "le culte de la gagne", nouvelle religion matérialiste, a mis en exergue la folie et l’absurdité du "mythe du progrès", en pleine décompostion

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    • Répondu par sly le 2 août 2013 à  11:16 :

      Bonjour le déterrage de post :). En écho tout de même à votre suggestion, je vous rappelle que les auteurs sont censés négocier les termes de leur contrat. Et que la surproduction vient déjà du fait que trop d’entres eux sont prêts à travailler pour une poignée de cacahouètes voir juste pour la gloire... Ca n’est donc pas de l’esclavage, du travail dissimulé (?). De l’exploitation certes mais carrément volontaire.
      A titre personnel, je ne comprends toujours pas cette obstination à réaliser un 48 pages pour des forfaits à 3000€ (si,si, j’ai des exemples...). Ou encore des pages à 200€ qui ont réclamé de 2 à 3 jours de travail. Une fois les charges retirées, il ne reste quasiment rien. Combien d’auteurs préfèrent être au RSA et avoir la CMU plutôt que de voir que leur activité ne les conduit nulle part ? Et encore le statut artiste MDA/Agessa permet-il encore de ne pas être soumis à des contraintes trop lourdes.

      Pour finir, votre post aura peut-être contribuer à relancer l’activité sur ActuaBD, bien calme en ce moment. :D

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    • Répondu par Un courageux anonyme le 2 août 2013 à  16:15 :

      Ce n’est pas un vide juridique qu’il y a en matière de droit d’auteur, en France, mais un cratère ! Une faille de San Andreas !
      Le plus souvent, les éditeurs "commandent" des ouvrages en associant des dessinateurs et des scénaristes qui ne se connaissent pas. Juridiquement (et fiscalement) parlant, ce n’est pas une création artistique, une oeuvre d’art, une oeuvre libre de l’esprit. C’est un travail de commande, et ce devrait être payé comme une prestation de communication, par exemple. Ou a l’heure. Ou comme un travail d’infographie, un travail publicitaire...
      Et évidemment, ce ne serait pas la même musique. Et le modèle économique entier de l’édition BD en souffrirait, puisque le système de ces contrats totalement flous arrange bien les éditeurs, qui sous-paient des travaux qui leur permettent d’alimenter le système de la distribution-diffusion en produisant en masse, pour obtenir toujours plus d’avances de trésorerie.
      La politique actuelle des rééditions ne cache pas autre chose que cette volonté d’être toujours plus présent, à peu de frais.

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      • Répondu par sly le 3 août 2013 à  12:06 :

        Nous avons en France une législation en matière de droit d’auteur très avantageuse pour les créateurs.

        Le fait, par exemple, qu’un album puisse être une commande ne lui enlève en rien le fait d’être une création soumise au droit d’auteur. En communication, par exemple, c’est l’artiste qui rédigent une cession de droit pour l’exploitation d’une création (la cession prévoit l’étendue de cette exploitation dans le temps, la géographie, le nombre d’exemplaires,etc...) en plus d’être payer pour sa réalisation. Sans cette cession, le commanditaire qui exploite l’oeuvre devient contrefacteur et s’expose à une lourde amende et même de la prison.

        Le problème qui se pose en bande dessinée est que les auteurs délaissent la plupart du temps cet aspect de leur métier (tout comme l’aspect commercial d’ailleurs...) considérant que ce n’est pas à eux de gérer ça (les éditeurs s’occupent très bien de ça du coup en proposant des contrats léonins). Et si les éditeurs sous-payent les auteurs c’est que les auteurs sont prêt à accepter n’importe quoi pourvu qu’ils soient édités. L’aspect financier leur est étranger et ils ne perçoivent pas qu’en s’engageant dans cette voie ils sont certes des artistes-créateurs mais bien avant tout des entrepreneurs. Et que leur entreprise ne prospèrera que si les sous rentrent. Il ne s’agit pas de s’enrichir mais de faire tourner une affaire.
        Un conseil au jeune tenté par l’édition : fuir. Les artistes jouent malheureusement trop souvent les banquiers du système en général. Si les auteurs prenaient conscience de ça et refusaient des contrats aussi minables peut-être (vraiment peut-être...) que les offres deviendraient plus raisonnables.

        Et pour vous paraphraser : les auteurs ne sont pas des mécènes mais une entreprise qui doit gagner de l’argent sous peine de mettre la clé sous la porte.

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    • Répondu le 2 août 2013 à  20:48 :

      ... et on n’éditerait alors plus que des blockbusters et des intégrales. Bah... C’est déjà ce qu’il se produit. Rappel : Un éditeur n’est pas un mécène mais une entreprise qui doit gagner de l’argent. La plupart du temps, elle en perd avec tous ces albums qui n’atteignent pas le seuil de rentabilité.

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      • Répondu le 3 août 2013 à  10:41 :

        qu’ils arrêtent et changent de métier alors, si ça ne marche pas

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        • Répondu par sly le 3 août 2013 à  15:31 :

          Si vous parlez des auteurs : changer de métier, pas forcément. Il y a d’autres options (cinéma, jeu vidéo, communication etc...) mais l’édition c’est vraiment la dèche. Mieux vaut éviter... Où le faire mais vraiment en ayant conscience que de toute façon ça ne paiera pas la pitance et encore moins le loyer.

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          • Répondu par Auteur le 8 août 2013 à  15:47 :

            Si vous parlez des auteurs : changer de métier, pas forcément. Il y a d’autres options (cinéma, jeu vidéo, communication etc...)

            Vous rêvez, un auteur dans la quarantaine qui n’a jamais fait que de la BD ne trouve pas de boulot dans le cinéma, le jeu vidéo ou la communication. Ces boulots demandent des exécutants, ils ne veulent pas se farcir des Zauteurs qui n’ont jamais eu de patron.

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            • Répondu par sly le 9 août 2013 à  12:16 :

              Disons qu’effectivement tous les auteurs de BD n’ont pas l’aptitude de naviguer entre toutes ces options (pour des raisons de subordination et/ou pour des raisons de compétence). Mais la quarantaine c’est encore jeune et, même si je reconnais que cela n’est pas aisé, le choix de passer d’un médium à l’autre incombe surtout à l’auteur. Dans le petit monde de la BD, il y a quelques illustrateurs qui naviguent entre l’animation, le jeu vidéo, la communication et la BD. C’est juste une question de survie (même si en fait ces illustrateurs adorent l’aspect transversal de leur métier).

              Je tiens quand même à dire que le travail dans ces autres disciplines ne retire en rien l’aspect créatif de l’activité d’illustrateur. Il s’agit tout simplement de suivre un brief et de créer avec les contraintes de celui-ci.

              Si certains zauteurs désirent n’avoir aucune subordination tant pis pour eux... C’est un business plan comme un autre mais avec peu de débouchés.

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            • Répondu par sly le 9 août 2013 à  12:31 :

              PS : une correction à ce que j’ai écris juste avant. Je parlais "subordination" dans l’optique d’emploi salarié. Il ne saurait être question de subordination dans le cadre d’une activité freelance bien évidemment. Même si le professionnel prend connaissance du brief, il demeure le mieux placé pour fournir les solutions les plus adaptés à son client. Et face aux objections clients, il lui incombe de faire preuve de pédagogie, de souplesse et d’intelligence. :)

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      • Répondu par Dry Jacques le 3 août 2013 à  11:31 :

        Exact, en ce moment, la plupart des albums se vend à moins de huit mille exemplaires. Si on enlève les gros bestsellers qui figurent dans le top 100, la moyenne d’exemplaires vendus serait sans doute de moins de 5000 exemplaires. Un phénomène récent, constaté en librairie : lorsqu’un titre se vend mal, les invendus sont retournés à l’éditeur, car le libraire préfere financer l’achat d’autres nouveautés, et il faut leur faire de la place. Ce qui rend actuellement amazon incontournable, car ils réalisent l’essentiel de leur chiffre sur la "longue traine"

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        • Répondu par Jérôme le 4 août 2013 à  02:36 :

          Il reste beaucoup de séries qui continuent à se vendre entre 15000 et 20000 exemplaires la nouveauté, ou même des coups éditoriaux comme des albums sur des politiques ou Hergé, Jacobs ou les gringos locos.

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  • En été il y a plutot une sous-production, alors qu’à la rentrée c’est le casse-pipe.

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