LGBT BD passe à la vitesse supérieure

21 février 2010 4 commentaires
  • Un stand, deux débats : l’édition 2010 du FIBD a permis à l’association LGBT BD, qui encourage la présence des gais, lesbiennes, bisexuels et transgenres dans la BD, d’augmenter son exposition.

Grande nouveauté 2010 : l’association disposait d’un stand, dans l’espace BD alternative, sur lequel une sélection de bandes dessinées à caractère LGBT était présentée. Parmi les auteurs en dédicace, plusieurs Américains (Paige Braddock, Abby Denson, Tim Fish), mais aussi José Villarubia, Jean-Paul Jennequin, Blan & Galou.

Pour Jean-Paul Jennequin, fondateur de LGBT BD, "le fait d’avoir un stand a été déterminant : beaucoup de gens ont découvert notre association, ses activités et ses auteurs à cette occasion. Pour les auteurs, en particulier les Français (Soizick, Blan et Galou), qui n’avaient encore jamais exposé à Angoulême, l’expérience a été enthousiasmante. Ils ont pris conscience qu’il y a, au sein de l’énorme masse apparemment indifférenciée du public BD des demandes spécifiques pour des BD LGBT".

LGBT BD passe à la vitesse supérieure
Le stand LGBT BD au FIBD 2010
Photo A. Claes

Deux débats étaient par ailleurs organisés cette année, contre un l’an dernier. L’assistance fut un peu clairsemée le vendredi à la CIBDI devant les auteurs d’En Italie, il n’y a que des vrais hommes, très bel album italien récemment édité en français par Dargaud Benelux. Le scénariste Luca De Santis et la dessinatrice Sara Colaone y évoquent une page méconnue de l’histoire de l’Italie fasciste : l’exil interne des homosexuels.

Le titre du livre reprend une phrase prononcée par Mussolini lorsqu’il fut question d’une loi réprimant l’homosexualité : celle-ci était forcément sans objet… De ce fait, si le sort des homosexuels italiens, qui se virent confinés comme "prisonniers politiques", ne fut pas aussi terrible qu’ailleurs, il se retrouva passé sous silence. Très peu de documentation existe sur le sujet, ce qui a amené Luca De Santis à un patient travail de recherche historique. Comme souvent, le passé éclaire le présent : lorsqu’il fut récemment question d’une loi réprimant l’homophobie en Italie, expliquait-il, le Parlement ne jugea pas utile de l’examiner, car il n’y en avait "pas besoin"…

De g. à dr. : Massimiliano De Giovanni (éditeur), Luca De Santis, (traductrice), Sara Colaone, Jean-Paul Jennequin
Photo A. Claes

Le second débat, consacré aux gays dans les comics, fit lui salle comble au Théâtre, le samedi en fin de journée – même s’il faut tenir compte du fait que l’amphithéâtre alloué par le Festival ne pouvait accueillir que 60 spectateurs. Il rassemblait les auteurs américains Abby Denson, Tim Fish, Paige Braddock et le Français Patrick Marcel, publié dans les années 1980 par le magazine Gay Comix. Jean-Paul Jennequin fit un historique du sujet, de la revue Crum, créée en 1964, jusqu’à la révélation d’auteurs aussi acclamés qu’Alison Bechdel, en passant par les comics underground des années 1970, la revue Gay Comix, née au début des années 1980, les fanzines queers qui se sont développés par la suite, ou l’apparition de personnages LGBT dans les comics de superhéros (voir le site Gayleague).

De g. à dr. : Abby Denson, Tim Fish, Xavier Lancel (traducteur), Paige Braddock, Jean-Paul Jennequin
Photo A. Claes

Il fut question de la difficulté d’introduire des personnages LGBT dans le paysage éditorial américain : les trois auteurs US présents auto-éditent leurs principaux travaux, et conviennent que les éditeurs mainstream restent frileux sur le sujet, essentiellement par crainte des réactions des fans. Tim Fish, qui a récemment dessiné une histoire de Northstar (Véga en français) pour Marvel (Northstar, créé en 1983 par le Canadien John Byrne, est le premier superhéros ouvertement gay), s’est attaché à crédibiliser le personnage en s’intéressant à sa vie sentimentale : il témoignait de réactions hostiles de fans prétendant que la vie sentimentale des superhéros n’était jamais abordée habituellement (ce qui est faux), et refusant d’avoir à suivre celle-là…

De l’avis général, le lancement d’une Batwoman lesbienne par DC Comics est essentiellement un coup de pub, et même les éditeurs indépendants s’intéressent peu au sujet – avec, comme toujours, de rares exceptions, telles que Love and Rockets des frères Hernandez, publié par Fantagraphics. Pourtant, soulignaient nos trois auteurs, le lectorat existe, qui trouve souvent dans les histoires qu’ils publient des repères réconfortants, la possibilité de se sentir moins seul(e) dans sa différence.

Il reste donc du chemin à faire pour une représentation plus équilibrée des personnages LGBT dans la bande dessinée – aux Etats-Unis comme en France, même si Paige Braddock estime que le paysage éditorial français est plus varié qu’outre-Atlantique.

(par Arnaud Claes (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

En médaillon : dessin de Sara Colaone extrait d’En Italie, il n’y a que des vrais hommes.

Lire un récent article de LGBT BD sur l’actualité éditoriale américaine.

 
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