La 2,333e Dimension - Julius Corentin Acquefacques - Marc-Antoine Mathieu - Delcourt

14 mai 2004 0
  • Dans le monde de rêves dont est prisonnier Julius Corentin Acquefacques, ce qui se passe durant le sommeil n'est pas innocent. Car, comme chacun sait, le rêve élevé au carré (traduisons: ce qui se passe quand quelqu'un rêve qu'il rêve) devient réalité. C'est ce qui vient de se passer. Et les conséquences sont terribles.

Dans ce rêve de Julius Corentin que les gardiens de réalité n’ont pas réussi à emprisonner à temps, tout commence étrangement. Normal, pour le pays absurde dans lequel le plonge chaque fois Marc-Antoine Mathieu. Est-il en train de se réveiller ? Ou de rêver qu’il est en train de se réveiller ? "En vieux briscard de l’aventure onirique", pense-t-il immédiatement, "je savais que ce type d’incertitude ne persistait jamais longtemps".

Effectivement, la réalité lui apparaît très vite : il s’est réveillé dans un autre rêve, emmené dans un lieu où le point de fuite (celui que les dessinateurs utilisent pour donner la perspective à leurs décors) est tombé dans le vide de l’inframonde par sa faute. Or, sans point de fuite, impossible d’obtenir du relief. Les décors sont donc en deux dimensions, les proportions sont complètement faussées, et les personnages sont plats.

Pour qu’il répare son erreur, on l’envoie donc dans l’inframonde, une zone étrange, inconnue, au-delà du rêve et de la réalité... un monde encore plus fou encore que celui d’où il vient de s’envoler. Les surprises seront nombreuses. Y compris pour le lecteur ! Car il va être baladé dans des ébauches de planches, crayonnées, dans d’autres univers de bande dessinée (... de Trondheim et Schuiten !) avant d’être plongé dans un univers en 3D qu’il ne pourra lire qu’avec des lunettes aux verres rouge et noir.

Comme chacun de ses trop rares livres (le précédent date d’il y a neuf ans), cet album de Marc-Antoine Mathieu est une démonstration brillante de sa maîtrise de la logique et des techniques de narration. La construction du récit est d’une précision parfaite, le lecteur étant mené par le bout du nez dans les méandres apparemment totalement farfelus d’un récit dont il ne se rendra compte qu’à la dernière case que tout y était mathématiquement à sa place.

(par Patrick Albray)

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L’œuvre, trop rare, de Marc-Antoine Mathieu, mérite de figurer dans toute bibliothèque d’amateur de bande dessinée. Chacun de ses cinq albums est basé sur une idée originale, qui a des répercussions sur le livre lui-même (ici, les planches en rouge et bleu pour obtenir du relief lorsqu’on les regarde avec des lunettes spéciale ; ailleurs, il n’hésite pas à trouer le livre ou à imposer des collages à l’éditeur...). Mais il ne s’agit pas de "trucs" vides de sens servant au marketing. Non. Chaque idée apporte quelque chose de neuf à l’art de la narration en bande dessinée. Et l’on peut applaudir les Editions Delcourt d’avoir suivi l’auteur dans ses délires créatifs.

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