La BAC matraquée par un sociologue en immersion

19 décembre 2020 2
  • La BAC matraquée par un sociologue en immersion. C'était un livre, cela devient une BD engagée, mais rivée à la réalité, dans ces situation effroyables entres jeunes de banlieue et flics de terrain.

C’est un témoignage à charge contre la BAC. Derrière un titre accrocheur, cet album adapté de l’enquête du sociologue Didier Fassin en 2011 cache son jeu. Car contrairement à ce qu’affirme le chercheur, sa démarche ne peut revendiquer le statut d’ethnographie dans la mesure où celui-ci connaît le milieu étudié, (par la presse, et ses propres opinions) et nourrit à son égard de nombreuses critiques. Fassin confirme par son travail l’image qu’il avait de ces "forces de l’ordre" au départ.

La BAC matraquée par un sociologue en immersion

Qu’apprend-on ici ? En séjournant dans un service de police durant plusieurs mois, l’universitaire a pu assister aux patrouilles, aux interpellations, aux confrontations dans les commissariats et aux conversations entre les policiers. Le tout en grande banlieue, avec une population issue des quartiers populaires et essentiellement de français d’origine africaine.

Les membres de la BAC s’y montrent systématiquement violents, racistes, provocateurs, sympathisants de l’extrême-droite et se présentent en situation de guerre. Les exemples décrits dans l’album, avec le dessin inspiré par la photo, très graphique, chargé d’aplats, font froid dans le dos. Le "jeune" y apparaît comme une cible désignée par des flics violents prêts à tous pour constater un délit.

Les auteurs attendent la fin de l’album (une sorte de postface actualisée, l’enquête de base datant de 2005) pour donner des éléments de comparaison. Mais annoncer que les bobbies anglais font moins de dégâts que les cops de l’Oncle Sam n’a pas la même signification que des chiffres hexagonaux. Ici, pas de comparaison Paris/Banlieue/Province, pas de statistiques du ministère, et pas grand chose sur les éducateurs de rue qui tentent d’éteindre les incendies.

Fassin, qui avait été sollicité par le gouvernement d’Emmanuel Valls (vers 2012) pour améliorer les relations entre la police et la population, a des raisons de rester indigné. Rien n’a changé et le contrôle au faciès continue. Mais cette BD aurait gagné à préciser son sujet : les violences policières et leur quasi impunité.

(par David TAUGIS)

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La Force de l’ordre - Par Didier Fassin, Frédéric Debomy & Jake Raynal - Seuil/Delcourt

 
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2 Messages :
  • La BAC matraquée par un sociologue en immersion
    19 décembre 2020 16:47, par hugfr

    Je suis assez choqué par cette critique. En quoi une critique BD peut elle se permettre de contredire un propos scientifique. A la rigueur, qu’elle remette en cause l’exercice de vulgarisation qui passerait à côté d’éléments de contexte et de méthodologie indispensables à la compréhension de la recherche, je pourrais comprendre... Mais, qu’elle que soit la légitimité de l’auteur de la critique, ce n’est ni le lieu ni la forme qui conviennent.

    En l’occurrence, le rédacteur propose une vision obsolète de l’ethnographie, assénée comme un coup de matraque, sous la forme d’un argument d’autorité. D’ailleurs, il me semble que l’auteur de l’ouvrage d’origine revendique plutôt une démarche anthropologique. Mais le jeu de mot est sans doute moins évident. Aurait il échappé au critique ??? Cela semble difficile quand même... Serait ce alors de la mauvaise foi ?

    Le rédacteur critique un témoignage à charge, fruit de plusieurs mois d’immersion, là où le chercheur met en avant deux années d’observation participative, mais sans nous en dire plus. C’est tout de même un peu léger que de critiquer l’approche scientifique en se fondant se toute évidence sur un exercice de vulgarisation qui a justement pour objectif de mettre en avant les résultats rendus plus accessibles les éléments rébarbatif de la recherche. In fine, c’est surtout le critique dont la démarche n’est pas très honnête et qui vise surtout à justifier ses propres à priori.

    Il semblerait de bon ton de laisser la critique scientifique aux contraintes de l’exercice scientifique et de donner ici des éléments qui relèvent réellement de la critique BD. Qu’en est il de la construction du récit ? Des choix de mise en page ? D’édition ? Seul l’aspect graphique photo/aplats de couleur est rapidement abordé. Le reste parle du fond et tend minimiser la représentativité du propos scientifique en confondant le contenu de la BD et celui de l’ouvrage dont elle est tirée. Cette approche montre surtout le manque de recul du rédacteur...

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  • La BAC matraquée par un sociologue en immersion
    21 décembre 2020 09:02, par Svecs

    « Les membres de la BAC s’y montrent systématiquement violents, racistes, provocateurs, sympathisants de l’extrême-droite et se présentent en situation de guerre »
    justement, ce n’est pas le cas. Il n’y a pas de dénonciation d’un racisme systématique chez les policiers. Le propos est une mise en question de la doctrine de maintien de l’ordre "à la française". Oui, elle fait état d’une police qui penche à droite, mais ne fait pas d’amalgame facile, montrant bien que tous les policiers ne sont pas à mettre dans le même panier et que les autorités sont conscientes des dérives de certains, sans nécessairement arriver à les endiguer. Elle explique l’effet néfaste des injonctions politiques qui poussent "au chiffre", induisant de fait le ciblage systématique, dont celui des "colorés" parce qu’il y a des chances de tomber sur des gens en situation irrégulière. Elle dénonce une formation qui conditionne les jeunes policiers, mal formés, à qui on explique, à coup de vocabulaire guerrier, qu’ils vont se retrouver en milieu hostile.
    Ce livre ne se limite pas à considérer le flic comme le problème, mais explique que c’est le système qui pose problème, et que tant qu’il ne sera pas réformer, le dialogue n’est pas prêt de se rétablir.

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