La Bibliothèque nationale de France dans les arcanes des Cités obscures

  • Avec les quatre livres géants qui cernent son périmètre, la BnF a tout pour figurer dans les Cités obscures. Sans doute est-ce pour cela que François Schuiten et Benoit Peeters ont décidé de lui léguer une partie conséquente de leurs originaux que la vénérable institution expose aujourd'hui dans sa Galerie des donateurs jusqu'au 15 juin 2014.

En mars 2013, le dessinateur François Schuiten, créateur avec Benoit Peeters des "Cités Obscures" (Casterman) avait décidé de profiter du 30e anniversaire de sa série pour faire don de 80% de ses originaux à différentes institutions : la Bibliothèque Nationale de France (BnF), la Fondation Roi Baudouin (avec la création d’un fonds Schuiten), la Maison Autrique (Commune de Schaerbeek), le Musée de la bande dessinée d’Angoulême, le Centre de l’Image de La Louvière et le Centre Belge de la bande dessinée (CBBD).

La BnF, justement, a décidé un an plus tard de faire une exposition avec cette précieuse dation qui réunit quatre de leurs albums majeurs : "Les Murailles de Samaris", "La Tour", "L’Enfant penchée" et "L’Ombre d’un homme", auxquels s’adjoint "Les Mystères de Pâhry". Le choix s’est porté sur des titres aux techniques très différentes, mêlant aussi bien le noir et blanc que la couleur, voire le collage photographique. Ils sont mis en situation avec les documents préparatoires à l’œuvre : scénarios, esquisses, mises en couleur et story-boards. Un travail acharné de la part des deux auteurs qui s’étaient rencontrés à Bruxelles sur les bancs de l’école et qui travaillent ensemble depuis plus de trente ans.

La Bibliothèque nationale de France dans les arcanes des Cités obscures

François Schuiten et Benoît Peeters entourent Olivier Piffault, le commissaire de l’exposition "Les coulisses des Cités obscures"

La première motivation des auteurs dans ce don à la BnF a été de préserver l’œuvre avant tout : "C’est une question qui me hante, nous dit François Schuiten. J’ai travaillé tellement pour faire des livres et je me rends compte, en suivant les techniques, les progrès des imprimeurs, des papetiers, des graveurs,... de la fragilité de nos reproductions, mais aussi des outils qui doivent nous permettre prétendument de faire nos livres demain. Surtout depuis qu’il y a l’informatique : on croit avoir atteint le Graal : "J’ai un disque dur !". Je me rends compte que, souvent, mon éditeur revient vers moi parce qu’il n’arrive plus à ouvrir ses back-ups ! À chaque fois, je me vois ressortir l’original, et ceci sans compter sur les nouvelles technologies qui vont peut-être nous faire entrer dans l’image, nous faire découvrir des subtilités face auxquelles les 300 dpi nécessaires à l’impression seront bien faibles...

Nous nous sommes dit qu’à partir du moment où nous avons investi dans ce travail si longtemps, fait tellement d’efforts pendant toutes ces années, face au risque de voir dispersé ces livres dans des ventes (je parle bien des livres, pas des illustrations qui n’y sont pas rattachées), la meilleure façon de les préserver, c’est de les donner.

À mon décès, mes héritiers devront payer des droits de succession, et donc vendre mes planches. Le système est ainsi fait qu’on leur donne un cadeau empoisonné, ils ne pourront pas les garder ! Et ils vont se regarder quand ils vendront les planches. Je connais assez de familles qui se sont tapé dessus pour des conneries pareilles. Ce n’est pas un cadeau à leur faire."

Le cadeau, nos auteurs le font à nous, leurs lecteurs. Et nous pourrons l’apprécier de temps à autre, comme lors de cette première exposition rétrospective. Remercions-les pour cette initiative autant généreuse qu’intelligente. Bravo les artistes !

François Schuiten, le regard nostalgique

De passionnants documents montrant la gestation de l’oeuvre accompagnent les planches de cette exposition.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Dans les coulisses des Cités obscures, du 6 mai 2014 au 15 juin 2014 François-Mitterrand / Galerie des donateurs à la Bibliothèque nationale de France.

Les deux auteurs, Benoit Peeters et François Schuiten, signeront leurs ouvrages à la librairie de la BnF, le samedi 17 mai 2014 à 15h, puis feront une visite de l’exposition.

Sur le Site de la Bibliothèque François Mitterrand

Du mardi au samedi de 10h à 19h, dimanche de 13h à 19h, fermé lundi et jours fériés. Entrée libre

Le site de l’événement

Photos : Benoît Peeters / Facebook. Droits réservés.

 
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5 Messages :
  • L’ intro en resume : Peeters et Schuiten ont sans doute legue une partie de leurs originaux parce que les quatre livres sur le perimetre de la bnf ont tout pour figurer dans leurs livres. CA NE VEUT RIEN DIRE.

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    • Répondu par Oncle Francois le 9 mai 2014 à  16:28 :

      Cela veut dire que les sages qui ont réussi et qui ont des enfants préfèrent organiser leur succession tranquillement, ce qui permet en même temps de préserver la qualité d’un patrimoine qui évitera d’être dispersé chez des collectionneurs fortunés, chez Christie’s ou artcurial. En Belgique comme en France, des mécanismes confiscatoires ont été élaborés pour prélever une lourde dime sur les gens qui ont réussi : impôt sur le revenu, sur les droits d’auteur, sur la valeur des planches qui n’étaient pas disposées à être vendues. Maintenant, si la BD continue d’avoir la cote chez les collectionneurs, de nombreux auteurs vont devoir mettre leur travail sur le marché. Cela permettra peut-être de faire baisser les cotes !

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    • Répondu par L. Lépine le 9 mai 2014 à  18:37 :

      Si justement. Pour une œuvre qui fait en permanence le lien entre le livre et l’architecture, je trouve, comme Didier Pasamonik, que le site de la Grande Bibliothèque est totalement adapté, avec ses quatre livres géants ouverts.

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      • Répondu par buffalo le 10 mai 2014 à  10:32 :

        Ha ! Ha !Ha ! . Pour les quatre livres ouverts de la Bibliothèque François Mitterand ?(c’est drôle). Dans quel monde vivez-vous ? C’est pour faire joli, cette histoire de quatre livres etc... mais la réalité, c’est la succession et les impôts comme l’explique très bien Oncle François. Bizness iz bizness et arrêtons de tourner autour du pot et c’est normal que cela en soit ainsi.

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      • Répondu par Buffalo le 10 mai 2014 à  10:53 :

        Soit dit en passant, les quatre livres pour la vitrine, c’est vrai ça fait le lien mais que dire des lecteurs relégués au sous-sol, sans fenêtre ? J’ai eu de nombreux échos de chercheurs qui y travaillent Oui, digne de Cité Obscure.

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