La Cité des Chiens : Intégrale N&B - Par Jakub Rebelka et Yohan Radomski - Akileos

16 octobre 2018 1 commentaire
  • La guerre fait rage, opposant plusieurs royaumes à Volas, seigneur de la Cité des Chiens. Mais la résistance s'avère vaine devant la puissance de ce tyran soutenu par l'Ombre. Un conte proche de la Dark Fantasy où la cruauté et la violence prennent toute leur ampleur.

Terrifiée par la folie grandissante de Volas, Enora, sa nièce, décide de fuir la cité après avoir laissé un message à son amant Janko lui demandant de la rejoindre dans la forêt. Grâce à un passeur, elle parvient à atteindre l’Île des pendus où se cachent des rebelles dont elle souhaite obtenir l’aide afin de tuer son oncle. Pendant ce temps, Volas poursuit ses conquêtes territoriales, soumettant de manière bien cruelles les vaincus.

Tout commence donc par une lettre, grâce à laquelle le lecteur découvre en partie le contexte et fait connaissance avec quelques personnages, dont Enora, Janko et surtout Volas. La narration se structure en grande partie autour de ces trois protagonistes, montrant en parallèle l’avancée de chacun dans sa quête ou ses conquêtes. Si les enchaînements entre ces différents "chapitres" bénéficient d’une certaine fluidité, elles peuvent se révéler parfois abruptes au point de décontenancer le lecteur. Le tout reste néanmoins compréhensible.

Ce qui peut éventuellement bloquer dans le discernement de la situation est le manque d’informations concernant le monde dans lequel évoluent les personnages. On parle d’un fleuve, d’une plaine et d’une forêt, deux autres cités en dehors de celle des Chiens sont montrées sans trop de détails, et il faut s’en contenter au prix d’une tangible frustration. Certes, la manifestation d’une essence maléfique appelée l’Ombre ne nous permet pas de croire que cela se déroule dans un monde autre qu’imaginaire, toutefois, l’intérêt que l’on porte très vite à cette histoire ainsi qu’aux héros suscite l’envie d’en savoir davantage. On comprend cependant que les 120 pages déjà bien remplies de cet album ne permettaient pas de plus lourds développements.

Il est appréciable de voir le soin apporté aux personnages, qu’ils soient principaux ou secondaires, masculins ou féminins. Des flash-back, plus ou moins courts mais toujours efficaces dans leur narration, permettent de mieux cerner leur caractère, offrant à la plupart les motivations nécessaires pour agir avec cohérence. Certains semblent sortis d’une pièce de Shakespeare, telle la dame Wodia qui, pareille à une Lady Macbeth, pousse son mari au meurtre pour obtenir le pouvoir.

Les thèmes abordés sont aussi vieux que l’humanité, mais n’en demeurent pas moins fascinants, ne serait-ce que le premier d’entre eux, à savoir, la soif de pouvoir. Celle-ci est personnifiée par Volas, triste sire sans honneur et cruel, dont les ambitions démesurées sont encouragées par l’Ombre, entité nébuleuse qui se repaît des peurs comme des désirs de ses proies.

Face à cela se dresse la sagesse du Dieu Poisson. Bien qu’il n’agisse jamais directement, il est bien présent et son influence grandit au fil des pages. L’un des personnages aura d’ailleurs droit à un rite initiatique qui le transformera.

La Cité des Chiens : Intégrale N&B - Par Jakub Rebelka et Yohan Radomski - Akileos
La Cité des Chiens © Jakub Rebelka & Yohan Radomski / Akileos

L’ambiance particulière qui se dégage de cette histoire trouve sa source dans une esthétique très travaillée. Lors d’une première édition, les planches étaient en couleur. Pour cette intégrale, le choix du noir et blanc s’est imposé. Ce qui n’altère en rien le plaisir des yeux. Au contraire, par la violence des contrastes, et parfois une prédominance du noir, la sensation d’oppression est plus intense. Seuls les premières et les dernières planches offrent des nuances, avec un style proche du lavis. Le trait est à la fois maîtrisé et vivant. L’aspect anguleux, sinueux ou dynamique des visages, des corps ou des plis de vêtements, associé au noir et blanc, n’est pas sans rappeler des œuvres d’Aubrey Beardsley.

Néanmoins, il arrive que les détails parsemant le dessin provoquent une illisibilité que la couleur nous aurait épargné et certaines cases frôlent l’abstraction. Mais là encore, ce qui aurait pu être considéré comme un défaut, trouve sa justification : les cases concernées sont majoritairement celles montrant des batailles. En ce sens, la confusion des lignes symbolise celle des combats.

La mise en page est assez classique dans l’ensemble. Mis à part, encore une fois, les premières et dernières planches qui sont plus de l’ordre du texte illustré, le reste ne montre aucune ostentation, ce qui n’est pas un mal. La typographie du texte s’harmonise parfaitement avec le dessin. Les éléments descriptifs et narratifs ne prennent pas place dans un cartouche, mais en-dessous ou au-dessus des cases, évitant de couper le dessin par l’intrusion d’un encadré. Il est a signaler que les dialogues peuvent être particulièrement crus. L’ouvrage n’est donc pas à mettre entre toutes les mains.

La cité des Chiens, par son ton âpre et sa sombre esthétique, est une lecture idéale pour cette période d’Halloween !

(par Tahani Biernat)

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La Cité des Chiens. Par Jakub Rebelka et Yohan Radomski. Editions Akileos. Sortie le 24 octobre 2018. 120 pages. 25 euros.

 
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