La Colombie est, aussi, une terre de bande dessinée !

22 novembre 2017 0 commentaire
  • Les éditions L'Égouttoir publient, dans la cadre de l'Année France-Colombie 2017, une anthologie de bande dessinée colombienne. Conçu comme un état des lieux et une porte ouverte, l'ouvrage "Ñ comme viñetas" permet de découvrir quelques dessinateurs et de se faire une idée du dynamisme actuel de la bande dessinée latino-américaine en général.

La bande dessinée colombienne fait figure d’oubliée des tours d’horizons de la bande dessinée mondiale. Dans l’ombre de l’Argentine - pour rester en Amérique du Sud - mais aussi des traditions nord-américaines, japonaises et francophones, elle n’en est pas moins dynamique, de mieux en mieux documentée et peu à peu reconnue sur la scène artistique colombienne. Les éditions L’Égouttoir [1], avec à-propos, profitent de l’Année France-Colombie 2017 pour offrir un panorama de la bande dessinée colombienne.

La Colombie est, aussi, une terre de bande dessinée !
© Camilo Aguirre / L’Égouttoir 2017

Forcément partielle et miroir d’une époque, l’anthologie Ñ comme viñetas, qui sera officiellement lancée à la Maison de l’Amérique latine le lundi 27 novembre, permet d’avoir un aperçu, pour une somme modique, de ce qui s’écrit et se dessine en ce moment en Colombie. Treize auteurs, pour la plupart encore jamais édités en Europe, y sont présentés, avec des récits de quelques pages chacun, tous en noir et blanc et précédés d’une rapide biographie de l’artiste.

Ñ comme viñetas, co-dirigée par Maël Rannou et Roberto Salazar Morales (également traducteur), s’ouvre par une préface indispensable à la compréhension de la vocation de cette anthologie. Cette préface est constituée d’un entretien avec Daniel Jiménez Quiroz, co-fondateur du festival Entreviñetas et directeur de la revue Larva. Celui-ci situe la bande dessinée colombienne contemporaine dans une perspective plus large, à la fois chronologique et géographique. Il explique également pourquoi cette bande dessinée - ou plutôt ces bandes dessinées, tant elle se caractérise par sa diversité - a été longtemps ignorée aussi bien des autorités et médias académiques de Colombie que des éditeurs et commentateurs non latino-américains. Il montre enfin le dynamisme actuel, la pluralité mais aussi les difficultés persistantes des acteurs concernés.

© Juan & Diego / L’Égouttoir 2017
© m. a. noregna / L’Égouttoir 2017
© Powerpaola / L’Égouttoir 2017

La bande dessinée colombienne a des racines relativement anciennes, avec quelques auteurs comme Adolfo Samper (1900-1991) et Ernesto Franco (1929-2017). Mais il a fallu attendre les années 1980 et 1990 pour connaître une nette hausse de la création, avec la naissance notamment de fanzines, de revues et de collectifs d’auteurs. Pour autant, des facteurs internes à la Colombie - faiblesse de la reconnaissance institutionnelle, aléas politiques, stagnation économique - et la méconnaissance du phénomène à l’étranger ont freiné cette expansion et ont empêché beaucoup de dessinateurs d’être reconnus. Ceux qui peuvent vivre de leur art sont d’ailleurs encore rarissimes.

© Camilo Vieco / L’Égouttoir 2017

La bande dessiné colombienne et ses auteurs commencent à trouver leur place dans le paysage artistique et médiatique du pays. L’évolution législative (qui permet aux éditeurs d’espérer pérenniser leur situation), l’utilisation d’Internet, la stabilisation politique et le renouveau économique permettent à certains d’obtenir une meilleure visibilité, d’avoir de nouveaux espaces de création et d’oser tous les sujets, de l’autobiographie au documentaire en passant par l’onirisme voire l’abstraction. Les publications comme les lieux de diffusion restent cependant encore limités, malgré le travail opiniâtre de quelques-uns ainsi que l’émergence d’un dialogue artistique avec les autres pays latino-américains.

Peu d’auteurs colombiens ont pourtant été publiés en France. La faute, selon Daniel Jiménez Quiroz, à la focalisation sur la bande dessinée argentine et au manque d’intérêt pour les dessinateurs qui n’ont pas émigré. Il faut cependant signaler le travail des éditions L’Agrume, qui ont permis aux lecteurs francophones de découvrir les œuvres de Powerpaola, avec Virus Tropical (2013) et Tout va bien se passer (2017).

Reste qu’un immense effort de défrichement demeure encore à produire, afin que la bande dessinée colombienne acquière la place qu’elle mérite au vu de cette anthologie. La diversité des styles, des approches graphiques comme narratives et des expériences ouvre de vastes perspectives. Espérons que cette Année France-Colombie 2017 constituera un départ.

Ñ comme viñetas. Anthologie de bande dessinée colombienne © Luis Echavarría (couverture) / L’Égouttoir 2017

Voir en ligne : La soirée de lancement

(par Frédéric HOJLO)

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Ñ comme viñetas. Anthologie de bande dessinée colombienne - L’égouttoir - préface & entretien de Daniel Jiménez Quiroz, dirigé par Maël Rannou et Roberto Salazar Morales - traduction de Roberto Salazar Morales - 108 pages en noir & blanc - 16 x 24 cm - couverture souple avec rabats - parution en novembre 2017 - commander ce livre chez Amazon ou à la FNAC.

Auteurs présentés dans l’anthologie (par ordre d’apparition dans l’ouvrage) : Camilo Aguirre, Henry Díaz, Luis Echavarría, Sindy Elefante, Juan & Diego, La Watson, Luto, Juan Pablo Marín (El señor), m. a. noregna, Jim Pluk, Powerpaola, Camilo Vieco & Inu Waters.

Soirée de lancement de l’ouvrage le lundi 27 novembre 2017 à la Maison de l’Amérique latine à partir de 19 h (217, bd Saint-Germain 75007 Paris | Tel. : 01 49 54 75 00 | contact@mal217.org).

[1La principale publication de L’Égouttoir (association éditrice fondée par les frères Gwendal et Maël Rannou en 2005) est la revue Gorgonzola, habituée des découvertes originales ou pointues.

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