La Croix de Cazenac - T7 : Les Espions du Caire - par Boisserie & Stalner - Dargaud

7 novembre 2005 0 commentaire
  • Après les cycles de l'ours et du loup, voici le cycle du tigre. Pour ces nouvelles aventures des frères Cazenac, Pierre Boisserie et Eric Stalner nous emmènent dans les ruelles du Caire en Egypte. Un tome 7 dans lequel les auteurs quittent (momentanément ?) l'aspect fantastique pour une intrigue plus historique et réaliste. Le lecteur y gagne plutôt au change.

Port de Marseille, 1917. Henri et Étienne Cazenac s’apprêtent à embarquer pour le Caire. Toujours au service du contre-espionnage français, ils ont pour mission de "faire le tri" et de se débarrasser des officiers anti-français qui veulent obtenir une révision des accords de Sykes-Picot. Signés en 1916, ces accords prévoient, à la fin de la guerre, le partage du monde arabe en deux zones d’influence : l’une française et l’autre anglaise. Les deux frères cherchent à faire pencher la balance du côté français, car sous ces terres se trouve le pétrole, véritable enjeu économique du vingtième siècle...

Avec Les Espions du Caire, Pierre Boisserie joue la carte du dépaysement total, en déplaçant son intrigue en Afrique du Nord. Cette nouvelle orientation relance la série, d’autant plus que le scénariste délaisse dans cet album le chamanisme au profit de la géopolitique du début du vingtième siècle. Alliés face à l’Allemagne, la France et l’Angleterre n’en restent pas moins rivaux sur le plan de l’influence internationale. Les convoitises que suscite l’or noir sont très nombreuses, ce qui permet à Boisserie d’insérer naturellement ses personnages fictifs dans l’Histoire réelle. Le scénariste a su, au fil des albums, donner beaucoup de charisme aux frères Cazenac. Sur le terrain de l’espionnage, Henri et Etienne croisent de nouveau Louise, femme d’Henri et amante d’Etienne, également en mission sous une fausse identité ! La rivalité fraternelle couve donc toujours sous l’action. Le récit est bien rythmé et alterne habilement intrigues diplomatiques et poursuites dans les ruelles de la métropole égyptienne.

Eric Stalner prend manifestement du plaisir à dessiner ce nouveau décor. Il nous offre de magnifiques vues panoramiques de l’Égypte et son trait restitue parfaitement l’architecture arabe. Le personnage d’Étienne a gagné en maturité et en présence également grâce au dessin. La mise en couleur de Jean-Jacques Chagnaud apporte un nouvel éclairage au trait de Stalner. Les ambiances s’appuyant sur les ombres contrastent avec les lumières chatoyantes du soleil égyptien. Nouveau coloriste de la série, Chagnaud participe activement au regain d’intérêt que suscite ce tome 7.

Des ingrédients qui ont fait le succès des premiers tomes, le chamanisme était le moins intéressant. Le côté "fantastique" reviendra-t-il au premier plan dans le prochain album ? Les auteurs vont devoir effectuer ce choix stratégique qui pourrait bien (ré)orienter le succès à venir de La Croix de Cazenac.

(par Laurent Boileau)

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