"La Diagonale des jours", belle correspondance graphique d’Edmond Baudoin et Tanguy Dohollau

22 septembre 2018 2 commentaires
  • Entamée fin 1992, la correspondance entre Edmond Baudoin et Tanguy Dohollau a duré à peine deux ans, avant une longue pause puis une reprise récente. C'est l'ensemble de cette relation épistolaire que nous propose Des ronds dans l'O, confrontant les styles pour mieux les apprécier.

Est-ce « naturel », pour des dessinateurs, d’entretenir une correspondance dessinée ? La Diagonale des jours d’Edmond Baudoin et Tanguy Dohollau ne donne pas directement de réponse, mais rassure sur le fait que le dessin est un excellent moyen pour exprimer ses pensées et ses sentiments et pour échanger, même quand la distance et le temps éloignent.

"La Diagonale des jours", belle correspondance graphique d'Edmond Baudoin et Tanguy Dohollau
La première "Diagonale des jours" © Edmond Baudoin / Tanguiy Dohollau / Apogée 1995

Pendant presque deux ans, du 2 novembre 1992 au 11 novembre 1994, les artistes ont échangé des courriers, écrits et dessinés, de façon plus ou moins régulière. Ils couchent sur le papier leur quotidien comme leurs réflexions sur l’actualité de l’époque. Nous vivons avec eux les joies et les peines, les accidents et les créations, les rencontres et les questions. Lire des lettres donnent toujours l’impression d’être invité dans une intimité : nous y sommes ici conviés par l’édition de cette relation épistolaire.

Après la première version, éditée par Apogée en 1995, c’est en effet Des ronds dans l’O qui nous permet de nous replonger dans ces échanges. Quelques pages, témoignant de la reprise des échanges, complètent l’ouvrage d’origine. Car après une pause d’une vingtaine d’années, Edmond Baudoin et Tanguy Dohollau ont de nouveau entretenu une correspondance, précisément en février et mars 2018. Il y avait presque une promesse à la fin de la première édition : « À suivre » pouvions-nous lire. Il faut parfois être patient pour être récompensé.

Une page d’Edmond Baudoin extraite de "La Diagonale des jours" © Des ronds dans l’O 2018
Une page de Tanguy Dohollau extraite de "La Diagonale des jours" © Des ronds dans l’O 2018

L’un des principaux attraits de La Diagonale des jours réside dans la confrontation de deux styles. L’emploi du noir et blanc et la communauté d’esprit des deux auteurs ne doivent pas faire illusion : il y a assez peu en commun dans leurs dessins. Cette confrontation ne produit cependant pas de conflit et le lecteur passera sans trop d’encombre d’un dessinateur à l’autre.

Le trait de Tanguy Dohollau est d’une finesse extrême. Minutieuse et précise, sa ligne incise le papier. Une multitude de hachures, presque des griffures, vient parfois apporter de la texture à un dessin qui pourrait laisser froid. Ses pages sont composées de façon très classique, presque architecturale. Il y a un peu de François Schuiten dans cet ensemble très travaillé.

Le dessin d’Edmond Baudoin, davantage dans l’évocation que dans le description, paraît au contraire beaucoup plus spontané - ce qui n’empêche pas pour autant un travail important, comme le prouvent les dernières pages où il redessine celles qui l’ont déçu vingt ans plus tôt. Son pinceau semble avoir caressé ses lettres, laissant quelques empreintes de-ci de-là. Les formes qu’il crée sont pleine de souplesse, de sensualité, parfois de colère voire de rage : pleine de vie, en somme.

L’alternance des deux styles pourrait déstabiliser. L’œil doit s’habituer, se déshabituer, puis se réhabituer pour apprécier au mieux chaque page. Mais l’exercice est fructueux et permet au final de mieux apprécier le dessin de chacun des deux auteurs. Et il fait de La Diagonale des jours une œuvre singulière, « à quatre mains », fondée sur un échange au départ étranger au lecteur mais auquel il se trouve finalement convié.

"La Diagonale des jours" © Edmond Baudoin / Tanguy Dohollau / Des ronds dans l’O 2018

(par Frédéric HOJLO)

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2 Messages :
  • Bof comme BD. Votre site n’est pas mal mais je trouve que vous passez à côté de beaucoup trop de bonnes BD dans la section critiques. Quid de Alix, des Fables avec du poil de Tebo, du Spirou d’Alec Severin, de Bolchoi Arena, de Zorglub, de La Mort Vivante, de Didier de Savard, de Bouts d’ficelles, des Grands Espaces de Meurisse, du dernier Méta-Baron... j’en passe et des meilleurs.

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    • Répondu par kyle william le 22 septembre à  21:24 :

      "bof comme bd", ça c’est de la critique pertinente et argumentée. Merci pour cette contribution, on en ressort enrichi.

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