La Fête de la BD de Bruxelles s’associe à la Fondation Raymond Leblanc pour décerner de nouveaux prix

2 septembre 2016 0 commentaire
  • Représentants politiques, auteurs et personnes-clés de la bande dessinée se sont relayées pour inaugurer la 7e Fête de la BD de Bruxelles, toujours plus impressionnante et réunissant jusqu’à 250 auteurs. Cette édition n’est d’ailleurs qu’une étape, car l’événement va se doter de prix propres afin de récompenser la profession !

Nous avons déjà eu l’occasion de vous présenter en détails cette 7e édition de la Fête de la BD de Bruxelles, un événement propulsé par l’année 2009 de la BD sous l’impulsion du Ministre-Président (alors en fonction) de la Région de Bruxelles-Capitale et grand amateur du 9e Art M Charles Picqué. Chaque année, l’événement a pris de l’ampleur, multipliant les partenariats pour finalement investir un des hauts lieux de la capitale européenne, la Place des Palais, avant d’envahir également le Parc Royal tout proche.

Cette année, l’événement doit faire face à l’investissement grandissant des partenaires. Et c’est donc en bien des lieux de Bruxelles que la bande dessinée est célébrée. Le détail et les déplacements de ces activités gratuites se retrouvent d’ailleurs dans notre précédent article.

Qu’est-ce qui peut expliquer ce succès grandissant ?

Si d’aucuns détenaient la recette du succès, il y a longtemps qu’ils l’auraient appliquée pour leur propre compte. On peut néanmoins distinguer différents éléments favorables. La culture populaire belge a toujours mieux assumé son amour de la bande dessinée. Si la langue et les styles de ses BD demeurent assez distincts tant au nord qu’au sud du pays, le medium continue à fasciner autant qu’il fédère partout dans le royaume. En Belgique, pas besoin de se cacher pour apprécier la bande dessinée !

Par ailleurs, Bruxelles est une ville dotée -Communauté Européenne oblige !- de l’infrastructure hôtelière et des transports en commun propices à l’accueil d’un événement grandissant. Proche de Paris et d’autres capitales, ce carrefour européen bénéficie déjà d’une reconnaissance internationale, dont la bande dessinée n’a qu’à tirer parti.

Bien entendu, la gratuité des événements est un autre facteur de l’engouement populaire naturellement déjà présent auprès des populations du Plat Pays ! Et les événements s(m)urfent sur cette approche en privilégiant les approches ludiques et familiales, dont par exemple la Balloon Parade ou le rallye des voitures de Tintin. Le cœur de cible des organisateurs diffère d’autres festivals aux tailles comparables : plus question d’essayer d’appâter le féru du genre qui connaît déjà bien le marché : La Fête de la BD ouvre les bras aux familles qui (re-)découvrent ensemble le 9e art, avec une ouverture vers les nouveaux publics. L’ambiance familiale présente dans les chapiteaux se combine aux atmosphères plus feutrées des expositions.

Et puis, il y a la volonté politique. Outre les inclinations personnelles des représentants de la nation passionnés de bande dessinée (ils sont quelques-uns...), la mosaïque politique belge se réunit miraculeusement pour soutenir cette organisation. En dépit du "millefeuille" politique belge, les décisionnaires de la Ville de Bruxelles, de la Région de Bruxelles-Capitale et de la Communauté Française sont parvenus à maintenir cette cohésion, afin de d’accompagner cet événement grandissant. Nous vous proposons de découvrir à ce propos un florilège des diverses déclarations ouvrant cette septième édition de la Fête de la BD :

La Fête de la BD de Bruxelles s'associe à la Fondation Raymond Leblanc pour décerner de nouveaux prix
Le Ministre-président de la région de Bruxelles-Capitale Rudi Vervoort

Pour Laurette Onkelinx, députée et chef de groupe PS au parlement fédéral : « Bruxelles est une des capitales de la bande dessinée, car bien de ses personnages illustres y sont nés avant de se faire connaître à travers le monde. La bande dessinée est donc constitutive de l’identité des Bruxellois, dans leur culture, mais également à travers les libraires, éditeurs, auteurs, galeristes et passionnés qui y vivent et y travaillent. Soutenus par plus de 35 maisons d’éditions, les plus de 250 auteurs qui participent à cette édition permettent de propager à la culture à travers Bruxelles. »

Le Ministre-président de la région de Bruxelles-Capitale Rudi Vervoort prit alors la parole, en expliquant que si la Fête de la BD continue de grandir, c’est parce qu’elle ne touche plus uniquement les acteurs traditionnels de la profession, mais également d’autres nouveaux partenaires, tels que la Ligue d’improvisation qui réalise un programme spécial et la cinémathèque de Bruxelles qui a également conçu un programme dédié à la bande dessinée, avec entre autres la projection du film Paul à Québec. Rebondissant sur les propos de sa collègue Onkelinx, le ministre précise que La Fête de la BD est donc pour lui la meilleure des occasions pour découvrir Bruxelles au travers de la bande dessinée.

Guy Vanhengel

Le membre suivant de son gouvernement à prendre la parole est Guy Vanhengel, également responsable des affaires extérieures. C’est d’ailleurs en cette qualité que le vice-président de Bruxelles-Capitale prononça son allocution en trois langues. Il voulut ainsi accueillir comme il se devait les multiples délégations chinoises, turques, sud-coréennes, tchèques, italiennes, algériennes, égyptiennes, suisses sans oublier les délégations issues du Cameroun, de Cuba, d’autres pays de l’Europe de l’Est, du Royaume-Uni et bien entendu du Québec, invité d’honneur de cette édition. À ses yeux, Bruxelles prenait donc tous les atours d’une capitale mondiale de la bande dessinée, car on pouvait y découvrir le temps d’un week-end les créations issues de plusieurs continents.

Michel Audet, représentant l’importante délégation des auteurs de bande dessinée québécoise

La transition était tout trouvée pour Michel Audet, représentant la délégation de la bande dessinée québécoise qui avait franchi l’Atlantique en nombre malgré les problèmes de correspondance aériennes. Il expliqua que « Si le Québec n’est qu’un petit espace sur la planète, nous restons très connectés à la Belgique, grâce entre autres à notre amour de la bande dessinée. De Spirou à Tintin, nous avons effectivement toujours été bercés par ces héros de papier, sans oublier le voyage historique d’Hergé en 1965 au Québec, et dont nous retraçons l’apport au sein de notre exposition cette année. Je voudrais enfin souligner la progression fulgurante de la bande dessinée québécoise : en quinze ans, le nombre d’albums parus annuellement a cru de 210%, avec 2015 qui réunit 200 albums publiés par 60 éditeurs. Un marché en effervescence ! »

Philippe Close, échevin au tourisme de la ville de Bruxelles rajouta que « Le défaut de la Belgique est de ne pas toujours croire en ses possibilités. La Fête de la BD prouve pourtant qu’il était possible de réunir la quinzaine de festivals que comptait Bruxelles, pour constituer un événement qui rayonne bien au-delà du royaume. D’autant que la bande dessinée est un art qui parle réellement à toutes les générations. »

Philippe Close

Remise du Prix Raymond Leblanc

L’inauguration se prolongea par la cérémonie de remise du Prix Raymond Leblanc qui récompense un jeune talent que le public commence maintenant à bien connaître, car le Prix a dix ans cette année et profite non seulement d’une prépublication dans le quotidien Le Soir de Bruxelles mais également d’une publication en album aux éditions du Lombard.

Fadila Laanan

La transition entre la Fête de la BD et le prix Raymond Leblanc fut réalisée par Fadila Laanan, Ministre-Présidente de la Cocof [1] :

« Si le 9e Art est inscrit dans l’ADN de Bruxelles, je tiens surtout à saluer La Fondation Raymond Leblanc qui conserve non seulement un patrimoine appréciable mais qui se tourne également vers l’avenir de la profession en encourageant la création. Cette année, 86 candidats ont proposé un projet pour recevoir ce prix, dont 20 Belges, ce qui prouve sa renommée internationale et que la culture n’a pas de frontières. Il faut en effet aider ces jeunes à transformer leur passion en métier : la jeunesse mérite d’être entendue et récompensée. Enfin, il faut souligner la passion de Paulette Smets, sans qui rien ne serait possible, et l’engagement du Jury du Prix Raymond Leblanc, à commencer par Derib, le président de cette dixième édition. »

Fadila Laanan et Derib
Debuhme, devant la couverture de son futur album "L’Ours"

« J’ai bien connu Raymond Leblanc, explique le dessinateur entre autres de Yakari, Je suis d’ailleurs un des rares à pouvoir me vanter d’avoir fait du cheval avec lui ! C’était un précurseur qui a pris beaucoup de risques. J’ai été très impressionné par la qualité des œuvres proposées, dont un bon tiers mériterait d’être publiées. Je tiens juste à rappeler que la bande dessinée ne se limite pas au dessin, il faut trouver un récit qui puisse faire passer des valeurs et de la poésie. Car notre réel métier est d’avant tout divertir le public. »

Le lauréat du prix Raymond Leblanc (10.000 € accompagné d’un contrat de 10.000 € avec le Lombard) est un jeune auteur suisse Debuhme dont le récit, L’Ours, évoque la précarité d’un écrivain célibataire qui découvre un ours parlant chez lui. Entièrement réalisé au crayon, les planches de L’Ours dégagent beaucoup de dynamisme et de poésie. « Si j’ai travaillé au crayon, nous expliquait l’auteur, C’est que je n’ai sans doute par encore la dextérité suffisante pour l’encre ! » Cette réflexion partagée également avec Derib confirme le ton particulier et la malice de cet album : un talent à suivre.

« Impressionnés par la quantité et la qualité des œuvres qui nous ont été proposées, le jury a eu un peu de mal à choisir l’unique lauréat du prix », nous explique en aparté Paulette Smet de la Fondation Raymond Leblanc, Grâce à Fadila Laanan, nous avons alors pu doter les second et troisième lauréats de prix d’encouragement de respectivement 2000 € et 1000 €. Bien entendu, les lauréats ont aussi l’occasion de discuter avec le jury afin de recevoir leurs conseils pour le futur de leur carrière. Ces deux nouvelles contributions représentent un beau signe d’essor du prix pour ses 10 ans, une évolution positive surtout soulignée par la grande diversité des origines des projets, et leur qualité qui ne cesse de nous impressionner au fur et à mesure que les années passent. La barre monte à chaque reprise ! »

Debuhme, lauréat du dixième Prix Raymond Leblanc

Des prix à la Fête de la BD ?

Dans son discours de remise des prix aux jeunes talents, Fadila Laanan a soulevé le point intéressant des prix qui devraient être liés, selon elle, à la Fête de la BD. Depuis la création de la Fête de la BD, cette épineuse question fait effectivement débat. En 2013, l’esprit de concorde bruxelloise avait réuni La Fête de la BD ainsi que l’historique Prix Saint-Michel et son festival de Saint-Gilles.

Quant à la Fondation Raymond Leblanc, elle avait rejoint la même année Le Soir et le Prix Diagonale pour fonder le prix le mieux doté d’Europe. Les deux manifestations rythmaient la vie des passionnés de bande dessinée avant qu’elles n’envisagent en 2015 de faire cause commune en choisissant la même date pour célébrer la bande dessinée. Malheureusement, ce partenariat ne se concrétisa finalement pas, décevant bien des espoirs. Les deux événements ont aujourd’hui lieu à des dates différentes, avec deux Fêtes de la BD organisées à quelques mois d’intervalle dans deux lieux différents mais proches.

La photo de famille réunissant les politiques et les lauréats du Prix Raymond Leblanc, accompagnés de Paulette Smets et de Derib

Après cet épisode que nous avions longuement relaté (voir nos liens ci-dessous), les organisateurs de La Fête de la BD désiraient continuer à rechercher le partenaire idéal pour se doter d’un prix respectueux, comme nous l’a expliqué Micha Kapetanovic, ancien membre du cabinet du Ministre-Président de la région de Bruxelles-Capitale, et actuellement directeur événementiel à Visit.Brussels :

« Comme tous les grands festivals de bande dessinée, nous désirons récompenser la profession par un prix que nous voulons prestigieux. Nous avons effectivement exploré différentes voies, à des degrés divers, mais sans réunir tous les objectifs que nous avions fixés. »

« Nous ne pouvions rester associés avec les Prix Saint-Michel », nous explique Cécile Vainsel, la conseillère culture de Fadila Laanan, « car ils véhiculent une image trop ronronnante pour la Fête de la BD ».

« Nous nous sommes alors récemment rendus compte que la solution était devant nos yeux depuis longtemps : la Fondation Raymond Leblanc. Sans être bruxellois lui-même, Raymond Leblanc y avait développé la plupart de ses affaires. J’ai eu la chance de le rencontrer et de l’apprécier : c’était un homme entreprenant, doté d’une réelle vision d’avenir et amoureux de la bande dessinée. Toutes des valeurs qui vont de pair avec les objectifs de la Fête de la BD. Nous associer au Prix Raymond Leblanc était donc une évidence, un pas que nous sommes en train de franchir afin que tout soit réglé pour la prochaine édition. Nous sommes encore en train de discuter du nombre de prix et à qui ils pourraient être décernés. La seule chose que je peux vous garantir pour l’instant, c’est que le Prix Raymond Leblanc Jeunes Talents restera le plus important, tant à nos yeux que pour la Fondation. »

La photo de famille réunissant les politiques et les lauréats du Prix Raymond Leblanc, accompagnés de Paulette Smets et de Derib

Après bien des tentatives, La Fête de la BD aurait donc trouvé une association qui satisferait toutes les parties. L’édition de l’année prochaine nous le confirmera peut-être. Profitons déjà de celle-ci, riche en invités internationaux et en événements en tous genres.

Propos recueillis par Charles-Louis Detournay

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Lire également Le Journal Tintin, le Prix Raymond Leblanc, le Québec, la Chine, l’Europe et un petit train... À Bruxelles, la BD est en fête !

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Concernant le Prix Diagonale - Le Soir et sa Fête de la BD, lire :
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A propos du Prix Diagonale – Le Soir, lire :
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Photo : Charles-Louis Detournay

[1La Commission communautaire française de la Région de Bruxelles-Capitale ou COCOF est, dans le système fédéral belge, l’organe compétent pour les institutions mono-communautaires francophones de la Région de Bruxelles-Capitale. (Source : Wikipédia).

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