La Fille du Yukon - T2 : « Tête cassée » - par Thirault & Radovic - Dupuis

10 novembre 2006 0 commentaire
  • Au coeur d'une nature impitoyable, et parmi les milliers d'hommes à avoir tout quitté pour chercher de l'or, le destin exceptionnel de quelques femmes. Un western tragique, à conseiller surtout à ceux qui auraient raté le premier tome.

1897, on a découvert de l’or au sein du Klondike. C’est l’opportunité rêvée pour tous les laissés-pour-compte, les dépouillés de leurs vies, de s’échapper à leurs existences mornes. Mais pour pouvoir accéder à ce rêve doré, il faut d’abord s’équiper en conséquence, et traverser le Yukon. Au cœur des revers de la nature, les hommes et leurs destins se croisent, parfois pour s’affronter, rarement pour s’entraider. Mais laquelle des femmes embarquées dans ces aventures funestes sera La Fille du Yukon ?

Dans un registre qu’il a précédemment abordé dans Lucy [1], Philippe Thirault nous dépeint la ruée vers l’or, et les travers qu’elle draine. Il décrit ici le voyage difficile jusqu’aux terrains aurifères : la cohue, l’empressement des prospecteurs de tout poil, leur cupidité, les incidents qui en découlent, et souvent une fin tragique, anonyme. Devant ce décor s’ébat une galerie de personnages bigarrés : une orpheline à la recherche ses parents, un couple fuyant l’autorité paternelle, un voleur poursuivi par ses anciens complices, un ex-détective ayant perdu toutes ses valeurs, etc. Si le début du premier tome ressemblait à un mélo peu abouti, Thirault accélère le tempo pour nous entraîner dans sa comédie humaine. Les personnages vont et viennent, prenant de l’épaisseur, et constamment, on se demande s’il y a des limites à l’égoïsme humain, et à la folie qu’elle génère.

La Fille du Yukon - T2 : « Tête cassée » - par Thirault & Radovic - Dupuis
(c) Radovic, Thirault & Dupuis

Jeune dessinateur vivant à Belgrade, Sinisa Radovic nous livre sa première grande BD : La fille du Yukon. Débutant, le premier tome est un peu trop statique, et si le découpage et les prises de vues restent par la suite très conventionnels, le mouvement et les personnages s’améliorent cependant au fur et à mesure des pages. Les puristes regretteront les ombrages à la plume qui laissent peu de place au coloriste, et qui durcissent la perception des personnages, mais le dessin de Radovic met particulièrement en valeur l’intrigue, tout en renforçant l’authenticité des protagonistes.

Malgé un premier tome légèrement mièvre, le couple Thirault-Radovic nous étonne avec un récit dense, bourré de suspens et d’aventures. Etre passé d’un cycle de cinq à trois albums, a permis à cette série de prendre réellement son envol. La conclusion de ce cycle au prochain tome laisse beaucoup à présager. A conseiller aux lecteurs à l’estomac solide, adepte des turpitudes de l’âme humaine, et des grands espaces où la condescendance est rarement de mise.

(par Charles-Louis Detournay)

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