La Fondation Boon acquiert le chef d’œuvre « Master Race »

20 novembre 2018 3 commentaires
  • La nouvelle a fait sensation jusque dans le New-York Times : c’est une institution belge, la Fondation Boon, qui remporte l’enchère sur ce qui était considéré par Neil Gaiman comme « l’un des récits les plus importants de l’Histoire du comic book. » Pour obtenir cette « Joconde », la Fondation Boon a déboursé quelque 600 000 US$, un record absolu pour des planches de comics achetées par des Européens.

La Fondation Boon acquiert le chef d'œuvre « Master Race »La Fondation Boon pour Les Arts Graphiques Narratifs à Bruxelles a acquis jeudi 15 novembre dans une vente aux enchères de la maison Heritage à Dallas l’une des pièces maîtresses de la bande dessinée mondiale : l’histoire complète en huit planches de Master Race de Al Feldstein et Bernie Krigstein pour un prix de 600 000 US$.

Il s’agit non seulement de la première représentation majeure de la Shoah dans l’histoire de la bande dessinée, publiée pour la première fois dans Impact #1, une publication des éditions EC Comics, en 1955, mais aussi une bande dessinée qui a marqué par sa narration avant-gardiste toute une génération d’artistes de comics, recevant notamment les louanges de Art Spiegelman lui-même qui lui consacra plusieurs longs articles d’études et qui considère que cette histoire et l’un des déclencheurs de Maus.

« La mémoire hantée par le souvenir des camps, écrit Spiegelman, Carl Reissman s’assoit dans le métro et considère le personnage noir et cadavérique qui vient de s’asseoir face à lui. Un long flashback s’ensuit décrivant toutes les horreurs perpétrées par le Troisième Reich qui finalement révèle que ce Reissman est en fait le propre commandant d’un camp de la mort. L’homme le poursuit sur un quai de métro déserté, duquel Reissman trébuche et tombe sous les roues d’un train qui passe... La question de savoir si ce personnage était une de ses victimes décidées à se venger ou une vision de la culpabilité de Reissman est laissée en suspens… » [1]

« La mission de la Fondation Boon qui consiste à "partager, rassembler et préserver" les œuvres correspond à la nôtre » nous dit Jim Halperin, co-fondateur de Heritage Auctions dans un communiqué. Heritage Auctions est l’une des salles de vente les plus importantes du monde en ce qui concerne les Beaux-Arts en général et la BD en particulier. Elle a ouvert des bureaux à New York, Dallas, Beverly Hills, San Francisco, Chicago, Palm Beach, mais aussi Londres, Paris, Genève, Amsterdam et Hong Kong.

Cette histoire est publiée intégralement en français, avec une longue analyse d’Art Spiegelman, dans l’ouvrage Shoah et bande dessinée - L’image au service de la mémoire [Dir. Didier Pasamonik & Joël Kotek] publiée chez Denoël Graphic et le Mémorial de la Shoah.

« Fondée en Belgique en juin 2018 par Philippe Boon, la Fondation Boon s’inscrit au cœur d’un vaste projet culturel dédié aux arts graphiques narratifs. Un lieu permanent à Bruxelles prochainement ouvert au public » dit le communiqué. « Nous voulons explorer la richesse et la variété de la narration, non seulement dans la bande dessinée, mais aussi dans les autres arts graphiques narratifs... » déclare Daniel Spindler, le vice-président de la Fondation, au New-York Times

« Tout musée se doit d’avoir au moins deux ou trois « Joconde  », nous dit Stéphane Beaujean, le directeur artistique du Festival d’Angoulême qui aspirait à ce qu’un musée achetât cette œuvre. "Master Race" en est une... »

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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[1Art Spiegelman, Bernard Krigstein’s life between the panels. New Yorker, July 22, 2002, online.

 
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3 Messages :
  • La Fondation Boon acquiert le chef d’œuvre « Master Race »
    21 novembre 16:45, par Christophe Krummenacher

    Selon vos confrères du site bdzoom :
    A noter que ce récit a paru uniquement en France dans « Horreur : une anthologie en bandes dessinées »
    (Editions Williams France, 1974)

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 22 novembre à  16:01 :

      Nos confrères sont mal renseignés. Non seulement Beaux-Arts Magazine l’avait publié dans un hors-série "Les Chefs-d’œuvre de la BD" mais il a été intégralement reproduit dans le livre "Shoah et Bande Dessinée" (Traduction : Vincent Bernière) et même commenté dans le même ouvrage par Art Spiegelman lui-même.

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  • Bernie Krigstein était un génie et cette Bd un chef d’œuvre. Mais je n’ai jamais su si Feldstein en était le scénariste ou seulement l’éditeur. Sera-t-il possible de voir les originaux exposés ?

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