La Grande Évasion : le polar dans toute sa splendeur

8 mars 2013 3 commentaires
  • À un rythme soutenu, cette série de one shots est en passe de devenir une référence. Ses deux dernières livraisons, {Void 01} et surtout {Fatman} sont d'éclatantes réussites.

L’idée paraît toute simple : des récits d’évasion, avec des cadres qui peuvent aller du Vietnam au voyage dans l’espace, en passant par la mafia new-yorkaise. Les duos dessinateur/scénariste ne sont jamais les mêmes, et la pagination n’hésite pas à dépasser les 60 planches.

Fatman, volume 4 de la collection, offre un point de départ des plus classiques : un ponte de la mafia croupit en prison et sa famille veut le faire libérer. Ils traversent l’Atlantique pour trouver la perle rare : un ancien voyou au gabarit de sumotori, britannique pur jus, apaisé par la pratique du yoga et un long séjour carcéral. Un chantage basique oblige l’imposant bébé à s’envoler pour les USA. À lui de définir un plan pour libérer le vieux mafioso, qui d’ailleurs semble perdre la boule.

L’affaire n’est pas simple, surtout quand divers visiteurs se succèdent à son hôtel : les flics, déjà au parfum, les hommes de main de l’organisation criminelle, et même le propre fils du prisonnier, qui penche lui pour un tout autre scénario. Carl Douglas, notre gros bonhomme aussi taciturne que massif, va devoir choisir son chemin, et s’aider autant de sa puissance physique que de sa subtilité de raisonnement.

La Grande Évasion : le polar dans toute sa splendeur
© Guy Delcourt Productions 2013

Le scénario de Chauvel, grand spécialiste de l’exercice, joue sur plusieurs tableaux, avant de livrer un final surprenant et plein d’humanité. Maîtrisant ses classiques, il lance plusieurs pistes, étouffe son personnage avec des impératifs contraires, et tire les fils au moment opportun. Les références tout en finesse : cinéma, musique (le label Trojan, spécialiste des musiques jamaïcaines, apparaît valorisé par notre Fatman), mythologie des policiers américains défilent sans l’ombre d’une lourdeur...

Les personnages de Fatman ne se contentent pas de slalomer entre les poncifs. Leurs relations obéissent à des ressorts originaux. La présence de cette femme déprimée, borderline, dont on se demande quel rôle elle peut jouer dans l’histoire, constitue une très belle idée. Et une façon de bien camper l’intrigue dans notre société du travail oppressant.

(par David TAUGIS)

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