La Lanterne de Nyx - Par Kan Takahama - Glénat

27 mars 2019 0 commentaire
  • Kan Takahama nous revient avec cette fois une série, plus légère et grand public semble-t-il que ses précédents ouvrages. Mais on y retrouve toujours des personnages féminins construits tout en finesse et des contextes historiques et sociétaux d'une grande richesse.
La Lanterne de Nyx - Par Kan Takahama - Glénat
Ban, la boutique ouverte du l’Occident
La Lanterne de Nyx © Kan Takahama

C’est une autrice désormais bien installée dans le paysage des publications mangas en France. Après qu’on l’ait découverte dans le sillage de la nouvelle manga de Frédéric Boileau, alors publiée chez Casterman (Mariko Parade, L’Eau amère ou encore 2 Expressos), Kan Takahama nous était revenue avec de nouveaux projets assez étonnants.

D’une part, une collaboration parue chez Les Arènes BD et orientée vers la France avec Le Goût d’Emma, portrait d’Emmanuelle Maisonneuve, inspectrice du guide Michelin. D’autre part, deux one shot publiés chez Glénat et très marqués par le contexte historique dans lequel ces récits s’inscrivaient : Le Dernier Envol du papillon et Tokyo, amour et libertés.

La Lanterne de Nyx se situe, d’une certaine façon, aux confluences de ces deux dernières veines de création. On y retrouve un ancrage historique et sociétal crucial mais aussi une ouverture vers l’Europe et en particulier la France très prononcée. C’est que l’action se déroule en 1878, juste après l’exposition universelle de Paris, au moment où le Japon s’ouvre au monde après deux siècles d’isolationnisme.

Nous suivons ainsi les début de Miyo dans la boutique Ban, à Nagasaki. La jeune fille, orpheline, n’a pas grand chose pour elle si ce n’est un don qui lui permet de connaître l’histoire, passée et future, de l’objet qu’elle touche. La boutique Ban, elle, apparaît rapidement très atypique : il s’agit d’un lieu qui vend des objets importés d’Europe et inconnus au Japon.

"Bonne à rien" selon sa tante, Miyo cherche postule comme vendeuse
La Lanterne de Nyx © Kan Takahama
Miyo possède un pouvoir de clairvoyance concernant les objets
La Lanterne de Nyx © Kan Takahama

Au-delà de la romance qui se noue entre Miyo et son patron, l’énigmatique mais séduisant Momotoshi Koura, c’est la peinture de cette société traditionnelle japonaise en pleine mutation qui séduit immédiatement. Tout cela passe par la mise en scène d’objets et biens saisissants qui viennent un par un bouleverser le quotidien des Japonais.

Ainsi des tablettes de chocolat sur le plan culinaire, des bottes, chaussettes, robes et uniformes au niveau vestimentaire ou encore du gramophone ou de la lanterne magique pour ce qui touche à la technologie. C’est une perspective formidablement dynamique et curieuse qu’adopte Kan Takahama pour aborder le Japon dans ce moment-charnière où le pays s’ouvrait à un modernité étrangère.

Par ailleurs, le dessin demeure toujours aussi beau et élégant et le personnage de Miyo révèle peu à peu une profondeur intéressante débordant rapidement son portrait initial de jeune fille naïve et maladroite : entre son apprentissage de la lecture, ses questionnements et le patronage d’Alice au pays des merveilles il y a de quoi nourrir un personnage...

Manque pour le moment la dimension sensuelle à laquelle Kan Takahama nous avait habitués dans ses derniers ouvrages. Report à la suite du récit ou vrai changement du fait d’une histoire plus légère et plus grand public ? Découvrir cela constitue une raison supplémentaire de guetter le prochain volume de La Lanterne de Nyx.

Une entrée en scène fracassante pour Momotoshi !
La Lanterne de Nyx © Kan Takahama

(par Aurélien Pigeat)

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La Lanterne de Nyx. Par Kan Takahama. Traduction Yohan Leclerc. Glénat, collection Seinen. Sortie le 06 mars 2019. 192 pages. 10,75 euros.

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