La Loi du Kanun - T1 : Dette de Sang - Manini & Chevereau - Glénat

5 mai 2005 0 commentaire
  • Le dessinateur d'{Estelle} s'essaie au scénario. Il s'est inspiré d'une étrange coutume qui a détruit un bon nombre de famille en Albanie. La Loi du Kanun veut que lorsqu'un meurtre est commis et que la famille du défunt recherche à se venger, elle se doit d'accueillir dans les cérémonies funéraires le meurtrier, et de le respecter pendant vingt-quatre heures. Ce dernier vivra un tour d'horloge plongé dans le remord et peut-être l'angoisse, car la vengeance ne pourra avoir lieu que lorsque ce délai aura pris fin. Cette loi, aussi atroce soit-elle, maintient un semblant de cohésion dans un pays dont on devine le pouvoir judiciaire dépassé et sclérosé !

Au cœur des années 60, en Albanie, nous retrouvons Leka un jeune orphelin adopté par un immigré russe. Malgré son jeune âge, cet adolescent est déjà habitué à devoir se battre pour se défendre (contre son père adoptif, notamment), à voler pour subvenir à ses besoins. Pas des petits larcins, non... des rapts d’enfants ! Le pire, c’est que cette situation ne le préoccupe pas du tout.

Pourtant sa vie va basculer, lorsqu’il va rencontrer la fille d’un médecin. Celle-ci l’initie à l’escrime. Il passe des moments merveilleux à ses côtés. Mais Nikita, son tuteur, souhaiterait plutôt torpiller cette idylle, et dévaliser le notable. L’immigré russe, malgré son amour des magouilles et de la bouteille, a toujours été là pour s’occuper -très maladroitement- de Leka. L’adolescent arrivera-t-il à lui résister ?

Jack Manini signe une très belle histoire qui a pour toile de fond un pays qui n’a guère été traité jusqu’à présent en bande dessinée. Au travers de non-dits, les auteurs parviennent à nous plonger dans les ambiances de ce pays, qui au début des années 60 s’écartera de son allié soviétique pour s’aligner sur le socialisme chinois.

En quelques planches, Manini a campé le passé de son personnage principal. Même s’il a déjà commis bien des crimes, Leka se révèle touchant et attachant.

L’atmosphère du récit est habilement servie par la plume de Chevereau. Il parvient à rendre les ambiances douces et amères du récit en insistant sur les détails du décor servant à camper l’histoire dans le contexte, où grâce à des cadrages audacieux.

Dette de Sang, le premier tome de la Loi du Kanun, est une petite pépite à découvrir d’urgence chez votre librairie.

(par Nicolas Anspach)

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