La Lumière s’éteint sur "Les Forêts d’Opale"

9 janvier 2016 0 commentaire
  • Avec ce neuvième tome intitulé "Un Flot de Lumière", le rideau se ferme sur "Les Forêts d'Opale", portées par le somptueux dessin de Philippe Pellet. Sans doute la série la plus adulte d'Arleston... et la plus démoniaque !

Si vous avez fait jusqu’ici l’impasse sur cette série, sachez qu’elle illustre l’Heroïc Fantasy dans son acception la plus classique. Opale est pratiquement couverte de forêts, mais cette luxuriance où il fait bon vivre est contrariée par une mainmise tyrannique pour les gens qui y habitent, celle de la religion de la Lumière, induite par un démon très puissant, Kamphre.

Darko, l’élu selon une prophétie, prend progressivement connaissance de ses dons et, entouré de ses compagnons (dont la farouche Tara) ainsi que d’un démon Ghörg qu’il peut appeler à la rescousse une fois par nuit, il s’est lancé dans la quête de la vraie Lumière, précédemment portée par son ancêtre et par les Titans.

Après bien des aventures contées dans les tomes précédents, la confrérie s’est lancée à l’assaut des cercles démoniaques pour libérer leur ami, le démon Ghörg, objet d’un maléfice. Malheureusement, les portes des cercles démoniaques sont maintenant ouvertes, et les êtres infernaux ne cessent de s’infiltrer partout dans les Cinq Royaumes. Le puissant sorcier Kamphre lui-même ne peut endiguer ce flot continu provoquant le massacre des habitants des Cinq Royaumes.

Darko, Tara, et leur confrérie entraînent les peuples des forêts à éradiquer ces démons, mais c’est au Havre que se trouve la porte à refermer. Darko décide de tout tenter, alors que Kamphre invoque le plus puissant des démons des cercles inférieurs.

La Lumière s'éteint sur "Les Forêts d'Opale"

Si un grand nombre des mondes d’Arleston mêlent l’humour à la Fantasy, Les Forêts d’Opale sont donc certainement le plus sérieux de ceux-ci. Arleston est effectivement parvenu à renforcer les caractéristiques propres de ses personnages. En effet, on pouvait aisément opérer, dans un premier temps, un parallèle entre d’un côté, Darko et sa pierre de magie, la fougueuse Tara, la plus docile Sleilo, l’érudit Urfold et le démon Ghörg qui combattent le clergé de la Lumière ; et de l’autre, Laufeust et son pouvoir absolu, Cixi, C’ian, Nicolède et Hébus opposé aux sages d’Eckmül.

Mais l’aspect réaliste du graphisme de Pellet a permis à Arleston de s’éloigner de ce canevas du héros un peu falot aidé par deux jeunes femmes sexy qui se révèlent très vite bien plus que de simples faire-valoir. Le mise de côté de l’humour au profit de l’intrigue a permis au scénariste de mieux soigner les relations entre ses personnages, en particulier leurs liens amoureux, dans un registre plus adulte. Toutes les cartes étant posées dans les tomes précédents, la conclusion se concentre sur l’affrontement final et les éléments qui feront pencher la balance d’un côté ou de l’autre.

Le série n’est pas exempte d’un peu d’humour, ce qui renforce le caractère des personnages.

En dépit de recettes parfois appliquées trop méthodiquement, il est impossible de bouder son plaisir face à la beauté des planches réalisées par Philippe Pellet, et à son bestiaire en particulier. Le retour aux fameuses forêts qui donne le titre à la série permet d’ailleurs au dessinateur de renouer avec un univers végétal précédemment délaissé. Dans l’affrontement qui clôture la série, il parvient à jouer sur les trois grandes thématiques qui font la force de l’univers : les forêts, les démons et le jeu de ses personnages, où figure la sculpturale Tara.

Que cela soit dans les combats ou dans les scènes de tension entre les personnages, Pellet adapte sa mise en page au ton de l’intrigue. Le soin qu’il apporte aux détails captive l’attention. On signale une lisibilité de chaque instant, même lorsque le dessinateur s’attarde dans des superbes détails d’arrière-plan d’une impressionnante finesse.

Christophe Arleston
Photo : Charles-Louis Detournay

« Avec Les Forêts d’Opale, nous explique Christophe Arleston, Nous avons pu réaliser des albums de découverte de paysages, d’autres plus sombres. L’ensemble trouve son équilibre dans cette conclusion. Graphiquement parlant, Philippe a réalisé un formidable travail. Il y a juste un album où il était un cran en dessous, mais il avait juste un problème aux yeux ! Il s’en est rendu compte en reprenant d’anciens dessins et en constatant qu’il ne parvenait plus à en distinguer la précision. Maintenant qu’il est équipé de lunettes, il a retrouvé toute sa finesse ! »

« Phillipe et moi continuons de réfléchir à la suite que nous pourrions donner à notre collaboration, continue Arleston. Nous avons pas vraiment envie de prolonger Les Forêts d’Opale, car l’histoire est bouclée et cela me demanderait un effort énorme de trouver quelque chose d’intéressant et de crédible à raconter. Puis Philippe a envie de changer d’univers, après près de vingt ans de travail sur Opale. Mais nous n’allons pas modifier notre façon de travailler : Opale était déjà une de ses idées de base, et il m’exprime maintenant ses nouvelles envies pour voir comment je peux mettre cela en forme. Le lectorat des Forêts d’Opale est un public plus adulte, il suivra plutôt des auteurs sur un nouveau concept que la prolongation d’une série. »

Les lecteurs qui n’auront pas encore découvert le bestiaire encyclopédique des Forêts d’Opale pourront prolonger leur plaisir avec les deux volumes du Codex d’Opale. Ceux-ci livrent les secrets du monde d’Opale, à grand renfort de croquis détaillés. Pour les autres, il faudra attendre la prochaine série des auteurs, ensemble ou séparément.

(par Charles-Louis Detournay)

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Lire notre interview de Philippe Pellet : « Mon dessin convient mieux à un public d’adultes »

Lire les chroniques des tomes précédents des Forêts d’Opale : tomes 4, 5, 6 et 8 ainsi que notre analyse des Codex des Forêts d’Opale.

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