La Mandiguerre - T3 : Le Revers de la médaille - par Morvan & Tamiazzo - Delcourt

31 mai 2005 0 commentaire
  • Morvan se plaît à raconter des histoires qui mêlent la science-fiction et la morale, sans jamais négliger d'y glisser également un appel à la tolérance. {La Mandiguerre} est une série SF complètement en marge, loin du ton sensationnaliste de ce genre de série, ce qui est délectable !

Élu héros du peuple, Dosnon entame une tournée de propagande gouvernementale auprès des troupes combattant sur le front. Son amie, Cousance, l’accompagne et filme ses "exploits" complètements fabriqués pour la propagande. Elle apprend que son autre ami, Tillois, s’est engagé dans l’armée le jour de son dix-huitième anniversaire. Dans les tranchées, Tillois est confronté à toutes les horreurs de la guerre...

Retrouver l’univers des poilus de la guerre 14-18 en pleine science-fiction a de quoi surprendre au départ. Pourtant, la magie opère. Le scénariste Jean-David Morvan mélange sans complexe les genres et ici, c’est une réussite. Après un tome 2 plus axé sur les relations liant les différents personnages, il nous immerge dans les tranchées avec le revers de la médaille. « Je suis fasciné par la guerre. C’est ce qu’il y a de pire au monde et ce qu’il y a de plus fort. C’est le point ultime de l’humain. En même temps, c’est mal ! toujours ce côté dichotomique chez moi... », déclarait-il dans Bodoi n°63. L’intrigue proprement dite progresse moins vite dans ce troisième tome. Le scénariste s’attache plus particulièrement à son personnage de Tillois et s’en sert comme miroir pour nous faire découvrir la réalité des affres de la première guerre mondiale. La région natale du scénariste (la Marne), très touchée par ce conflit, est sans conteste source d’inspiration. Il s’amuse d’ailleurs à nommer certains soldats du nom de villages avoisinant la ville de Reims.
Les dialogues (pas toujours le point fort du scénariste) sonnent justes. Le lecteur se laisse entraîner sans retenue dans cette histoire.

Les dessins de l’italien Stefano Tamiazzo servent parfaitement la narration. Il réussit à se passer de dialogues pendant 7 planches consécutives pour décrire l’atmosphère des tranchées, la crasse et l’angoisse de ces poilus. Incontestablement, son trait est inspiré des mangas chers à Morvan. Son graphisme moderne et dynamique, ne l’empêche pas de parvenir, quand il le faut, à faire passer l’émotion.

La Mandiguerre est sans doute une des séries les moins connues de Jean-David Morvan. Pourtant, elle mérite beaucoup plus que son succès très relatif. Guy Delcourt l’a bien compris en soutenant mordicus la série. Il offre d’ailleurs, dans un pack spécial, le tome 1 avec le tome 3. L’occasion pour les nouveaux lecteurs de découvrir ces albums qui sortent incontestablement du lot des productions de Jean-David Morvan. La Mandiguerre allie légèreté, aventure et humour, avec cette pointe de « gravité » qui rend sa lecture intéressante.

(par Laurent Boileau)

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