Albums

La Mer à boire - Par Blutch - Éditions 2024

Par Louis GROULT le 7 décembre 2022                      Lien  
La sortie d’un nouvel album de Blutch est toujours un événement artistique et littéraire. Nombreux sont les auteurs qui reconnaissent l’impact de Blutch sur leur travail et les amateurs son importance. C’est le cas par exemple des fondateurs des Éditions 2024, qui lui rendent aujourd'hui la pareille en devenant les éditeurs de "La Mer à boire", de Manuele Fior dont on retrouve Blutch dans les remerciements placés à la fin de l'album "Hypericon" sorti récemment ou mieux encore, de Catherine Meurisse qui a invité Blutch à lui remettre son épée à l'Académie des Beaux-Arts.

On peut se demander la raison de cet impact. Rares sont les auteurs à avoir autant rebattu leurs propre cartes, à s’être autant mis en danger pour faire avancer l’histoire de la bande dessinée. Si l’on peut avoir un peu de mal à se rappeler un personnage ou une série marquante de Blutch, c’est que son génie n’a pas été, comme Hergé, Morris ou Riad Sattouf, de créer une seule histoire iconique qui se déploie sur des années mais au contraire d’avoir tout essayé dans la BD.
Il suffit de feuilleter, pour s’en convaincre, les albums parus chez ses différents éditeurs. Quel auteur de bande dessinée peut aujourd’hui affirmer avoir pratiqué autant de styles de dessin ?

La Mer à boire - Par Blutch - Éditions 2024

C’est pour cela que Blutch est un maillon essentiel de l’histoire de la bande dessinée francophone. Il fait partie des artistes qui cassent les codes d’un média et qui les recalibrent tout le temps un peu à la manière de Godard dans le cinéma.

Donc Blutch revient pour nous parler d’amour, mais pas de manière classique. Il a décidé de passer par la métaphore, dans les pas de Fellini ou de Buñuel, pour nous faire partager ce sentiment dont l’expression est gâchée par une montagne de clichés.

Le scénario est simple, épuré, un peu la manière de Linklater dans la trilogie Before ou de PTA dans Licorice Pizza. Un homme et une femme avancent l’un vers l’autre jusqu’à se rencontrer. Blutch éclipse la narration car ce qui l’intéresse vraiment, c’est l’image. On reprend cette bipartition du monde littéraire classique par excellence entre les auteurs d’images et de scénario et Blutch a choisi son camp.

Et quelles images ! Le dessin se réinvente à chaque page tout en gardant sa filiation avec la BD franco-belge, c’est sublime ! Surtout, il y a une envie de créer de l’image qui n’existe pas ailleurs. C’est audacieux à l’heure où l’on récrée les même images en boucle, pour rassurer les lecteurs, apeurés par un monde en perpétuelle mutation, qui cherchent du réconfort dans une fiction calibrée. Si c’est ce que le lecteur cherche en ouvrant Blutch, il risque d’être déçu, mais s’il veut se faire conter l’amour d’une façon nouvelle, il peut être agréablement surpris.

C’est donc un grand album de Blutch (quel euphémisme, ils le sont tous !) et une grande bande dessinée qui, par son parti pris audacieux, passera peut-être sous le radar du grand public. Avec cette nouvelle tentative cependant, Blutch a posé un nouveau jalon dans l’histoire d’un medium dont il est l’un des éléments les plus importants de cette époque.

Voir en ligne : Lire sur ActuaBD l’interview de Blutch à propos de cet album

(par Louis GROULT)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

🛒 Acheter


Code EAN : 9782383870340

Éditions 2024 ✏️ Blutch Autofiction Aventure 🛒 Acheter 📖 Feuilleter
 
Participez à la discussion
4 Messages :
  • La Mer à boire - Par Blutch - Ed 2024
    7 décembre 2022 12:21, par Philippe Wurm

    Un poète !...
    Tout simplement.
    Le luxe suprême dans notre société quadrillée par l’informatique et les technologies nouvelles.
    L’évasion ! Comme Gaston en son temps ou comme Little Nemo il y a plus d’un siècle.
    Trois inventeurs de dessin dont les récits sont des prétextes à nous emporter dans leur monde graphique et nous tombons dedans avec délectation. Car le dessin c’est déjà une histoire, il ne faut jamais l’oublier. "Regarder et non identifier" ce fut la maxime d’Henri Cartier-Bresson.

    Répondre à ce message

    • Répondu le 7 décembre 2022 à  23:46 :

      De la poésie peut-être. Un luxe, sûrement, mais financé par le CNL.

      Répondre à ce message

      • Répondu par ton lecteur adoré le 8 décembre 2022 à  12:16 :

        Blutch, oooh Blutch, tu parais à nouveau dans ton costume d’encre, prince des scraboutchas crépitants de joie. Ton dernier livre m’a transporté et à présent, j’y repense de temps en temps et c’est merveilleux. Merci à toi. Ton lecteur adoré.

        Répondre à ce message

    • Répondu le 10 décembre 2022 à  10:49 :

      Puisque vous citez Little Nemo, Winsor McCay utilisait toutes les possibilités des technologies nouvelles de son temps : l’imprimerie et la caméra.

      Répondre à ce message

PAR Louis GROULT  
A LIRE AUSSI  
Albums  
Derniers commentaires  
Abonnement ne pouvait pas être enregistré. Essayez à nouveau.
Abonnement newsletter confirmé.

Newsletter ActuaBD