La Nuit est mon royaume - Par Claire Fauvel - Rue de Sèvres

24 février 2020 0 commentaire
  • Comment décrire le chemin qui permet à une ado rebelle excessive de devenir elle même ? C'est le pari (réussi) tenté par Claire Fauvel en suivant l'itinéraire de deux jeunes banlieusardes.

À l’heure où la plupart de ses copines écoute du rap ou les dernières révélations musicales du moment, Alice, une lycéenne au look hésitant entre du très classique et du carrément démodé va faire découvrir Paul McCartney à Nawel, une camarade au caractère bien trempé.

La jeune Beurette va tomber sous le charme de la musique de l’ex-Beatle. Alors que bien des choses les séparent, les deux jeunes femmes décident de monter un groupe de rock, Nuit noire. Aussi impliquées l’une que l’autre, les deux amies vont vivre cette expérience de manière bien différente. Passionnée, excessive, Nawel s’engage à fond dans ce projet au risque de rompre avec sa famille, très attachée aux règles et aux traditions.

La Nuit est mon royaume - Par Claire Fauvel - Rue de Sèvres

Face aux difficultés de vivre de sa passion, Nawel fait preuve d’une forte énergie pour mener à bien ce projet. Mais quand on sort d’un lycée de Créteil, que l’on est issu de l’immigration, rien n’est facile et on se retrouve très vite confronté au décalage culturel et social, écartelé entre deux mondes la banlieue et la capitale. En proie à des difficultés sociales et financières, victime de désillusions elle n’échappera pas à de profondes crises dépressives. Aussi convaincue que sa copine Alice, elle relèvera la tête et continuera de poursuivre son rêve, vivre de sa musique.

Bien qu’ayant déjà encore produit peu d’albums, Claire Fauvel n’est pas une inconnue. Lauréate du prix Fauve jeunesse en 2018 (ainsi que du Prix Artémisia ) pour « La Guerre de Catherine » parue chez le même éditeur, cette jeune autrice fait preuve d’une démarche singulière tout en s’attachant à traiter des thèmes difficiles sous un angle original.

Après le succès de cette fiction historique primée à Angoulême, elle dresse cette fois le portrait d’une génération désireuse d’échapper à un déterminisme social briseur de rêves. On devine très vite le caractère très personnel de ce roman graphique de près de 150 pages au ton juste et révélateur.

Les lieux et les anecdotes y sont décrits de manière très crédible, un univers qui renvoie le personnage de Nawel aux difficultés inhérentes à toute démarche artistique.

En évoquant « de l’intérieur » les états d’âmes de cette adolescente confrontée à la fracture sociale et en conflit avec son milieu d’origine, la dessinatrice trace le portrait d’une jeunesse souvent ignorée des grands radars médiatiques, loin des clichés mais dotée d’une profonde sensibilité. De soirées-tremplins en propositions plus ou moins foireuses, le parcours de la jeune femme évite le misérabilisme sans rien cacher de ses difficultés pour investir cet autre monde. Amour, frustration, espoirs, déception, désillusion mais aussi énergie et envie de réussir poussent Nawel à vivre son histoire avec une rare intensité.

Lieu de tous les fantasmes et de tous les possibles, la nuit, objet central de l’album, est faite de d’ambiances colorées chaleureuses explorant une large gamme de bleus aux tonalités douces et nuancées. Au delà de ce seul talent de coloriste, Claire Fauvel témoigne d’une réelle et sincère empathie pour ses deux héroïnes. Ce qui n’est pas pour rien dans la réussite de cet album.

(par Patrice Gentilhomme)

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Illustrations : © Claire Fauvel et Rue de Sèvres

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