La Palme d’or de la dignité revient à Julie Maroh

28 mai 2013 5 commentaires
  • Alors que l'adaptation de sa BD, "Le Bleu est une couleur chaude" (Ed. Glénat), "La Vie d'Adèle" d'Abdellatif Kechiche avec Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos, a remporté la Palme d'Or à Cannes, Julie Maroh intervient avec dignité sur son blog, réagissant après un week-end marqué par un dérapage de Christine Boutin, la passionaria des opposants au mariage gay, et une manifestation dominicale où la réaction cléricale française a pu s'exprimer une fois encore contre une loi votée par l'Assemblée de la République.
La Palme d'or de la dignité revient à Julie Maroh
Le Bleu est une couleur chaude, dont le film est tiré.
Ed. Glénat

Passons le mauvais procès fait à Abdellatif Kechiche pour ne pas avoir signalé que son film était l’adaptation d’une bande dessinée, nous laissons cela à l’actualité ricaneuse et cancanière. Kechiche a choisi cette BD, a imaginé en faire un film en accord avec son auteur et le moins que l’on puisse dire, il n’a sûrement pas été facile d’en boucler le budget, vu le sujet. La production aurait peut-être pu accompagner et accueillir à son juste rang celle qui est à l’origine du film et qui avait réalisé une bande dessinée, Le Bleu est une couleur chaude (Éditions Glénat) que nous n’avions pas manqué, à l’époque, de signaler à nos lecteurs., mais bon...

Arrêtons-nous plutôt sur le billet, remarquable de dignité, que Julie Maroh signe sur son blog, Les Coeurs exacerbés :
" Voilà bientôt deux semaines que je repousse ma prise de parole quant à La vie d’Adèle, écrit-elle. Et pour cause, étant l’auteure du livre adapté, je traverse un processus trop immense et intense pour être décrit correctement."

Elle explique sa surprise devant la répercussion d’une "ridicule histoire l’été de mes 19 ans" et qui devient un film, un débat, un sujet de société.

"Moi ce qui m’intéresse c’est la banalisation de l’homosexualité, dit-elle encore.
Je n’ai pas fait un livre pour prêcher des convaincu-e-s, je n’ai pas fait un livre uniquement pour les lesbiennes."

Le Bleu est une couleur chaude, de Julie Maroh
Ed. Glénat

Soucieuse d’éviter une catégorisation communautariste qui menaça un temps Marjane Satrapi ou Joann Sfar, elle précise son intention de départ : "Il s’agissait également de raconter comment une rencontre se produit, comment cette histoire d’amour se construit, se déconstruit, et ce qu’il reste de l’amour éveillé ensemble, après une rupture, un deuil, une mort. C’est cela qui a intéressé Kechiche."

Si elle lui a laissé la liberté de faire "son" film, elle signale cependant qu’elle s’y est reconnue : " Donc quoi que vous entendiez ou lisiez dans les médias (qui cherchent souvent à aller à l’essentiel et peuvent facilement occulter certaines choses) je réaffirme ici que oui, La vie d’Adèle est l’adaptation d’une bande dessinée, et il n’y a rien de mal à le dire."

"La Vie d’Adèle" d’Abdellatif Kechiche sortira en octobre 2013.
Photo DR - WildBunch

En tant que lesbienne, elle a été choquée par les scènes "de cul", pas tant parce qu’elles lui semblent plus correspondre à une représentation "hétéro-normée" qu’à la réalité, que par la façon dont le public, dans la salle, avait de pouffer. Sans même prendre en compte la vulgarité de ces réactions, elle prend ses distances avec une représentation qui appartient au réalisateur.

L’aventure reste belle cependant : "Cette nuit, s’enthousiasme Julie Maroh, j’ai réalisé que c’était la première fois dans l’histoire du cinéma qu’une bande dessinée avait inspiré un film Palme d’Or, et cette idée me laisse pétrifiée. C’est beaucoup à porter."

Devant la vulgarité du débat sur le mariage pour tous qui a eu lieu en France et qui montre les signes inquiétants d’une réaction cléricale associée à une extrême droite prête à en découdre avec la démocratie, ce message, échappant à toute récupération, touche par sa sincérité et par dignité.

Merci, Julie.

Julie Maroh, en ce moment en résidence à Angoulême, avait reçu le Prix du Public en 2011 au FIBD
Photos : D. Pasamonik (L’Agence BD)

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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5 Messages :
  • La Palme d’or de la dignité revient à Julie Maroh
    28 mai 2013 15:27, par Loic Dauvillier

    était-il nécessaire de faire une explication de texte ?

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    • Répondu par OBWan le 29 mai 2013 à  14:06 :

      Tout à fait d’accord. Et moi qui croyais qu’actuabd n’était pas un espace d’expression politique...

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  • "En tant que lesbienne, elle a été choquée par les scènes "de cul", pas tant parce qu’elles lui semblent plus correspondre à une représentation "hétéro-normée" qu’à la réalité, que par la façon dont le public, dans la salle, avait de pouffer. Sans même prendre en compte la vulgarité de ces réactions, elle prend ses distances avec une représentation qui appartient au réalisateur."

    Ce n’est pas ce que j’ai compris de son texte. Il me semble au contraire qu’elle explique que ces réactions de rire sont provoquées par le fait que ces scènes de cul ne sont pas du tout réalistes et correspondant à des fantasmes d’hétéro.

    Je la cite : "Il me semble clair que c’est ce qu’il manquait sur le plateau : des lesbiennes. Je ne connais pas les sources d’information du réalisateur et des actrices (qui jusqu’à preuve du contraire sont tous hétéros), et je n’ai pas été consultée en amont. Peut-être y’a t’il eu quelqu’un pour leur mimer grossièrement avec les mains les positions possibles, et/ou pour leur visionner un porn dit lesbien (malheureusement il est rarement à l’attention des lesbiennes). Parce que – excepté quelques passages – c’est ce que ça m’évoque : un étalage brutal et chirurgical, démonstratif et froid de sexe dit lesbien, qui tourne au porn, et qui m’a mise très mal à l’aise.Surtout quand, au milieu d’une salle de cinéma, tout le monde pouffe de rire. Les hérétonormé-e-s parce qu’ils/elles ne comprennent pas et trouvent la scène ridicule. Les homos et autres transidentités parce que ça n’est pas crédible et qu’ils/elles trouvent tout autant la scène ridicule. Et parmi les seuls qu’on n’entend pas rire il y a les éventuels mecs qui sont trop occupés à se rincer l’œil devant l’incarnation de l’un de leurs fantasmes."

    Elle ne dit pas que ces réactions sont vulgaires, elle explique qu’elles sont logiques vu ce qu’il y a à l’écran.

    Sinon, je suis d’accord que la réaction de Julie Maroh est très très classe.

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    • Répondu le 29 mai 2013 à  21:48 :

      Chacun baise comme il veut.
      Il n’y a pas de norme dans la sexualité et les homos ne couchent pas tous de la même façon, idem pour les hétéros.
      Ce qui choque l’auteure en réalité c’est que SES personnages ne font pas l’amour comme elle (vu qu’il s’agit d’une histoire autobiographique).
      Vouloir globaliser son impression en forçant sa démonstration avec les rires du public est un peu spécieux.
      La seule vérité c’est qu’un porn comme elle dit, c’est fait pour être regardé en solitaire ou en couple mais pas au milieu de 1000 personnes serrés comme des sardines. Et quand il y a de la gêne, il y a des rires...
      Je pensais en tout cas l’auteure plus ouverte d’esprit et plus empathique et moins sectaire dans ses jugements.

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