La Part des lâches - Par Marguerite Boutrolle - Ed. Virages graphiques

Par Christian GRANGE Pas mal 1er juin 2024 
Roman graphique et deuxième album d’une jeune autodidacte remarquée, La Part des lâches séduira les uns sans parvenir à embarquer les autres. Ville ou campagne ? (Fausse) liberté individuelle ou interdépendance et autosuffisance en groupe ? Portraits d’une jeunesse avec ses contradictions et ses rêves -difficiles à concrétiser- d’un autre monde…

En pleine période de doute et de trouble, tant au niveau professionnel (burn out) que de son couple, Aby, 25 ans, décide de rejoindre la colocation de son amie Jet, à Brioude, en Auvergne.
La BD débute avec cette jeune femme qui se promène et tente de téléphoner à son copain, Codis Thomson, mais tombe sur son répondeur. Une scène peut-être symbolique des difficultés de communication qui se sont installées entre eux.

La Part des lâches - Par Marguerite Boutrolle - Ed. Virages graphiques
Moustique écrasé et appel raté
Le retour à la nature comporte des inconvénients, par exemple, un moustique que le personnage écrase sur son bras. Cette quête d’un mode de vie différent conserve le portable.
© Marguerite Boutrolle - Ed. Virages graphiques - 2024

L’idée originelle et sa traduction scénaristique

« Il y a trois ans, je me suis absorbée dans les récits de vie de vingtenaires des années 1970, qui ont arrêté leurs études ou quitté leur travail pour retourner à la terre, consommer moins, produire leurs propres richesses… vivre autrement racontre l’autrice. C’est un phénomène qui revient aujourd’hui, et il est très tentant si l’on considère les nouveaux défis de notre époque. Mais cela peut aussi tourner au vinaigre ! » [1]

Aby fait la connaissance d’un petit groupe de néo-ruraux hauts en couleur (Henri, Tom et Sara), aux discours libertaire et anticapitaliste. Tentée par l’exode urbain et des pratiques plus respectueuses et proches de la nature. Mais, peu habituée à la vie en communauté, la jeune femme ressent vite le besoin de troquer les murs et les tâches partagés pour la quiétude de la forêt.

Style graphique de l’auteur
Planche sans dialogue ni descriptif. Les bruits sont traduits par des onomatopées ou du texte qui s’insinue dans le dessin
© Marguerite Boutrolle - Ed. Virages graphiques - 2024

Bientôt, Aby est initiée aux propriétés des champignons hallucinogènes par une marginale, Elie, qui est en fauteuil roulant. Elle se prend d’affection pour elle. De là à passer de la théorie à la pratique…

Comment vivre ensemble, trouver sa place dans un monde en crise ?

« La part des lâches interroge ce qu’est le vivre-ensemble (…) Comment vivre, comment travailler ? Quelle place pour les amis, pour soi, pour l’engagement politique ? Que faire de la morale ? Et surtout : comment articuler tout ça ? »  [2]

Politique et jeunesse
Si la thématique du vivre ensemble prime, la question d’une transition écologique et d’un développement durable s’inscrit en filigrane du récit.
© Marguerite Boutrolle - Ed. Virages graphiques - 2024

Marguerite Boutrolle a publié Fraiche chez La Boîte à bulles en 2022. Histoire de Pia, élève de terminale dans un lycée privé, qui a l’impression de tout choisir mais ne discerne aucune des oppressions qu’elle subit. En lice pour la 3e édition du Prix BD lecteurs.com de la Fondation Orange, cet album a également attiré l’attention du Prix Artémisia.

Dans La Part des lâches, on retrouve également des personnages qui cherchent leur place.
4 ans, 6 mois et quelques jours après le début de ce projet collectif, où en sont-ils, les uns les autres ? Henri, 25 ans, en transition (rentier), fils de la bourgeoisie locale loge le groupe d’amis qui tentent de refuser le mode de vie de leurs parents et de créer le leur ; Sara, 30 ans, ingénieure au chômage ; Jet, 23 ans, illustratrice ; Tom, 31 ans développeur free lance.

Comme le constate Aby «  l’époque n’est pas hyper simple pour faire des choix. mais eux y arrivent. » (page 32). Contrairement à elle qui est dans une période de flou.

Un album pas toujours convaincant formellement

L’autrice a voulu rendre son album... sonore ! Elle recourt soit à des onomatopées, multiples, soit à des mots pour évoquer ces sons : le fait d’éteindre la radio, de traduire l’agacement du personnage bruits dans la forêt.

« Je travaille à la main, au crayon noir, par calques superposés. Je dessine vite, mais je suis rarement satisfaite du résultat des premiers dessins ! Alors je recommence et décalque de nombreuses fois jusqu’à trouver la ligne qui me plaît. Puis je pose mes contrastes au fusain – ici, je voulais un rendu flou et charbonneux. Le bleu est omniprésent car c’est la couleur que je donne à l’histoire : quelque chose d’intime, psychologique et flottant. » [3]

L’album refermé, il reste la sensation d’un récit plutôt noir où le projet collectif d’un autre mode de vie aboutit à (sombre dans ?) la culture de champignons hallucinogènes et d’un personnage, plus individualiste, qui a retrouvé le confort matériel d’un ventilateur pour écouter de la musique en ligne allongée sur son lit pendant que son poisson tourne dans son aquarium...

(par Christian GRANGE)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9782743662332

En librairie depuis le 15 mai 2024 - 272 pages - 24 euros

Dates de dédicaces :
Vincennes : vendredi 7 juin 2024 de 19h30 à 21h30 - Librairie Millepages

Paris :
Vendredi 14 juin 2024 de 17h à 20h - Librairie l’Atelier
Vendredi 21 juin 2024 de 16h30 à 19h30 - Librairie BDnet nation

Limoges : Samedi 22 et dimanche 23 juin 2024 - Lire à Limoge

[1Entretien avec Marguerite Boutrolles in catalogue Virages graphiques 2024.

[2Idem.

[3Ibidem.

Virages graphiques ✏️ Marguerite Boutrolle à partir de 10 ans écologie Tranche de vie Politique
 
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2 Messages :
  • Bonjour,
    Je ne partage pas tout à fait votre vision sur la fin de la bd. Ce n’est pas, selon moi, une victoire de l’individualisme sur le collectif. En effet, Aby est un personnage qui doute tout au long de la bd et si elle s’extrait de la colocation c’est car elle ne se retrouve pas dans les valeurs du groupe. Ce collectif, malgré les visions qu’il porte, reste très naïf et expérimental. Il est comme hors-sol, déconnecté de la population et de la vie locale. En plus, il est déséquilibré par le fait qu’Henry possède la maison. Pour moi, lorsqu’Aby le quitte, c’est qu’elle recherche autre chose. J’imagine qu’un projet du même type mais plus mûri va émerger dans sa tête, après la phase de doute. Mais ça lui a sûrement donné des idées !

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    • Répondu par Christian GRANGE le 6 juin à  14:00 :

      Merci pour votre point de vue, d’autant plus intéressant qu’il diffère du mien.
      Collectif hors sol en effet, déconnecté de tous ceux qui sont en dehors de leur groupe. Même au sein du groupe, le collectif connait des frictions fortes.
      Peut-être qu’Aby cherche autre chose, notamment quant elle conclut "le vert c’est tellement pas le problème".
      Soit, laissons le bénéficie du doute au personnage...

      Répondre à ce message

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