La Recomposition des mondes – Par Alessandro Pignocchi – Seuil

30 avril 2019 0 commentaire
  • Un essai d’écologie politique à propos d’une lutte cosmologique, servi avec humour par de splendides aquarelles.

Ancien chercheur en sciences cognitives eten philosophie, Alessandro Pignocchi s’est lancé dans la bande dessinée avec son blog, Puntish. Son premier roman graphique, Anent. Nouvelles des Indiens Jivaros (Steinkis), publié en 2016, racontait ses découvertes et ses déconvenues dans la jungle amazonienne, sur les traces de l’anthropologue Philippe Descola.

Son Petit traité d’écologie sauvage (Steinkis), publié en 2017, décrit un monde où l’animisme des Indiens d’Amazonie est devenu la pensée dominante. Cette réflexion est encore poursuivie en 2018 dans La Cosmologie du futur (Steinkis), dans lequel l’auteur se débarrasse du concept moderne de « nature ».

La Recomposition des mondes – Par Alessandro Pignocchi – Seuil
© Éditions du Seuil

Avec ce nouvel album, qui constitue le premier roman graphique publié dans la collection « Anthropocène » du Seuil, éditeur de sciences humaines, Pignocchi s’attache à des problématiques similaires, mais appliquées à un cas concret et un peu moins lointain que l’Amazonie, puisqu’il part étudier et vivre ces problématiques sur le terrain de la ZAD de Notre-Dames-des-Landes.

© Éditions du Seuil

Le propos est abordé avec une légèreté et un humour bienvenus. L’auteur mélange des anecdotes touchantes sur son expérience dans la ZAD, loin des idées préconçues qu’il en avait, et des réflexions théoriques sur la distinction nature/culture, sur la nature comme construction occidentale, avec une dialectique entre protection et exploitation. En effet, Alessandro Pignocchi était allé en Amazonie, chez les Indiens Jivaros, pour essayer de comprendre à quoi ressemble un monde où les plantes et les animaux sont considérés comme des alter ego, mais l’expérience n’avait pas été entièrement concluante. Il y aura surtout appris que la cosmologie d’un peuple, c’est-à-dire la façon dont il compose le monde, n’est pas ordinairement un sujet de conversation pour un Jivaro, qui ne va pas spontanément et aisément verbaliser sa conception de son rapport au monde.

© Éditions du Seuil

Il a donc décidé d’aller à la rencontre des Zadistes qui entendent effectuer cette révolution cosmologique, imaginer des mondes ouverts aux relations de sujet à sujet avec les plantes, les animaux et le territoire, ce qui aboutit au refus de séparer questions sociales et environnementales. Ce refus de la distinction nature/culture, cette attribution du statut de sujet à de plus en plus de non-humains, attire l’auteur, qui s’immerge dans cette société, convaincu que la ZAD constitue l’avenir de l’humanité et le remède à l’ensemble des maux du monde moderne (propriété privée, rapports de domination, distinction nature/culture, etc).

© Éditions du Seuil

Le propos est très pédagogique, notamment grâce à une belle polyphonie, qui permet de mettre en avant de multiples points de vue complémentaires. Le dessin, en dépit de quelques maladresses, est expressif et surtout servi par de très belles couleurs qui créent des atmosphères très réussies, notamment dans les scènes se passant dans la nature. De splendides et sensibles aquarelles qui nous font plonger pleinement, avec douceur, dans un monde violent et beau. Un album proprement initiatique !

(par Tristan MARTINE)

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