La Rentrée Glénat 2015 (2/2) : L’histoire en étendard

19 septembre 2015 1 commentaire
  • Avec Titeuf en tête de gondole, Glénat a des arguments à faire valoir, d'autant que ses fondamentaux restent présents au catalogue : histoire, ésotérisme, humour, bande dessinée de genre et grandes signatures internationales.
La Rentrée Glénat 2015 (2/2) : L'histoire en étendard
Le T. 10 de "Grompf" de Nob

L’éditeur grenoblois sait d’où on vient : d’une bande dessinée considérée comme un genre méprisé, corsetée par la censure, sans histoire... Il a participé à sa légitimation en lui donnant une histoire justement, notamment avec ces fameux Cahiers de la Bande Dessinée où l’on trouvait les premières monographies consacrées aux auteurs de BD contemporains.

"Ars Magna" de Didier Alcante & Milan Jovanovic

Avec l’argument de la bande dessinée historique, Les Passagers du vent en tête, il a ouvert les portes de la grande distribution à la bande dessinée pour les adultes (elles se sont un peu refermées depuis...). Puis il a élargi son catalogue, alignant des succès qui ont permis d’effacer ses rares échecs : il a notamment donné une dimension véritablement commerciale au manga en France (depuis Akira...), a lancé Titeuf et la bande à Tchô et récemment réinstallé Disney en librairie. Évidemment, pas seul : il avait une garde rapprochée d’éditeurs et de têtes chercheuses à ses côtés, et une partie conséquente de sa croissance vient du rachat du catalogue d’éditeurs concurrents : Vents d’ouest, L’Écho des Savanes/Albin Michel, Treize Etrange, devenus des marques-ombrelles dans son catalogue.

"Unité Combattante Trudaine" de Rica & Sylvain Ricard

Sa rentrée est à l’image de ce parcours. Derrière Titeuf de Zep en tête de gondole, mais aussi le T. 10 de Grompf de Nob sorti en août et le T. 7 de Lou de Julien Neel qui sort en octobre, qui lui assurent une visibilité grand public, il y a une fois encore un grand nombre d’ouvrages consacrés à l’histoire.

Histoires d’Histoire

Celle de la Deuxième Guerre mondiale dont ce Juger Pétain de Saada & Vassant, dont nous vous avons déjà parlé, mais aussi le deuxième volet du fascinant diptyque Kersten, le médecin d’Himmler, de Perna & Bedouel. On mentionnera aussi le suite de La Guerre des amants de Manini & Mangin qui se situe à Berlin à la Libération et, dans un registre plus ésotérique, Ars Magna de Didier Alcante & Milan Jovanovic, mêlant maçonnerie et alchimie au cœur même des territoires occupés par les nazis.

"Matsumoto" de Laurent-Frédéric Bollée & Philippe Nicloux revient sur un épisode récent de l’histoire du Japon : L’attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo.

Celle de sujets plus contemporains comme ce magnifique Le Roman de Boddah - Comment j’ai tué Kurt Cobain de Nicolas Otero, le biopic du déjanté leader du groupe Nirvana, adaptation du roman d’Héloïse Guay de Bélissen ; de l’Unité Combattante Trudaine qui retrace le parcours des activitses radicaux d’Action Directe au début des années 1980 que Rica & Sylvain Ricard retracent avec une jolie vérité ; sans oublier l’impressionnant nouveau roman graphique de Laurent-Frédéric Bollée, ici formidablement servi par Philippe Nicloux, qui évoque l’épisode tragique du gourou Matsumoto, le chef de la secte-société Aum qui visait l’« Argameddon » en provoquant une attaque massive de gaz sarin dans une station de métro à Tokyo. Un travail d’enquête sur un sujet peu connu de l’histoire récente du Japon.

"L’Ombre des Shinobis" de Sylvain Runberg & Xu Zhifeng

On retrouvera, toujours dans le registre de l’histoire, le T. 23 des Chemins de Malefosse par Bardet & Goepfert (en même temps que paraît une nouvelle intégrale) ; le T. 27 des Aigles décapitées de Michel Pierret, le T. 6 de Black Crow de l’excellent Jean-Yves Delitte (qui republie dans la foulée, actualité oblige, son Hermione dans une édition "spéciale traversée") ; le 4e volume du Dernier Cathare de Delalande & Lambert qui nous initie ni plus ni moins à "L’Église de Satan" !. On ne passera pas à côté du "second rouleau" de L’Ombre des Shinobis de Sylvain Runberg, décidément omniprésent, et Xu Zhifeng, dessinateur chinois de grand talent, qui nous emmènent dans un Japon impérial moyenâgeux où le surnaturel est encore de mise.

On conclut sur le péplum de service : Roma T.2 : vaincre ou mourir de Convard à la suite de Chaillet, Adam, Boisserie et Erbeta qui nous décrivent Rome en 217 av. J.-C. aux prises avec sa rivale Carthage.

"Léonard de Vinci" par Patrick Weber & Olivier Pâques

La collection « Grands Peintres » s’enrichit de deux titres : la biographie de Jacques-Louis David, le peintre officiel de Napoléon par le minutieux Dimberton, et un Léonard de Vinci par Patrick Weber et Olivier Pâques qui passent de l’univers de Jacques Martin (Alix, Loïs...) à celui du plus grand peintre de la Renaissance.

Une nouvelle intégrale des Pionniers du Nouveau Monde de Maryse & Jean-François Charles ferme le ban.

Des tueries !

Le label Vents d’Ouest convoque lui-aussi l’histoire avec une exceptionnelle collection d’assassinats politiques célèbres dans une collection multi-auteurs intitulée "J’ai tué".

Cela commence avec "le crime originel", Abel, qui s’assure des talents de Serge Le Tendre & Guillaume Sorel, rien que cela ! Cela donne un album magnifique au souffle épique pas vraiment dans la droite ligne de la parole biblique, mais à part quelques crétins, qui s’en plaindrait ?

L’Aristocrate fantôme de Lupano & Jean, premier volume de la série "Communardes"

Cela se poursuit avec le retour d’Isabelle Dethan qui nous fait une magnifique relation de l’assassinat de Philippe II de Macédoine, prélude au règne d’Alexandre le grand, le plus grand monarque de l’Antiquité. Enfin, Michaël Le Galli & Héloiret se penchent sur les circonstances de l’assassinat, en 1914, de l’archiduc héritier de l’Autriche-Hongrie, François-Ferdinand. Sa mort plongea l’Europe dans un abîme d’horreur qui fit 18 millions de morts et qui mit à bas pas moins de quatre empires.

Autre démarche historique originale menée par Lupano : celle de raconter l’histoire de la Commune de Paris au travers de destins de femmes : Communardes ! Les albums qui inaugurent la collection, L’Aristocrate fantôme dessiné par Jean et Les Éléphants rouges dessiné par Mazel sont formidablement bien racontés mais aussi magnifiquement dessinés par les dessinateurs respectifs. Les amateurs d’histoire seront séduits par la qualité des détails d’une séquence historique finalement assez mal connue. Bravo pour cette convaincante entrée en matière !

Belles signatures

Le grand dessinateur italien Milo Manara est désormais présent à chaque saison dans le catalogue Glénat. Ici, dans Demain l’Apocalypse, les éditions Glénat réunissent deux récits de science-fiction : Révolution et Piranèse qui, s’ils sont toujours d’une facture remarquable, ne brillent pas par la subtilité de leur propos...

L’Aristocrate fantôme de Lupano & Jean, premier volume de la série "Communardes"

On ne ratera certainement pas le nouvel album de l’Allemand Ralf König nous offre une version « queer » de la Légende dorée de Voragine où Sainte-Ursule et ses onze mille suivantes auraient été livrées à l’appétit des Huns... Ça promet.

Il ne faut pas rater, car c’est un début de cycle, Neige Origines qui revient sur la jeunesse du héros de Gine & Convard qui lança la carrière du scénariste du Triangle secret dans les années 1980. Il est ici aidé par Eric Adam au scénario (c’est le cas pour pas mal de titres de sa production récente) et Fred Vignaux au dessin. Une bonne bande dessinée de facture classique, dans la droite ligne du catalogue Glénat.

"Chateaux Bordeaux" T. 6 par Corbeyran & Espé

Et toutes ces sortes de choses...

Il y a encore pas mal d’autres titres qui animent la Rentrée 2015 de Glénat, comme le tome deux de la prometteuse série Shadow Banking qui démonte les rouages de la crise financière de 2008, servi par le dessin d’Eric Chabbert mais surtout par le scénario de l’habile Corbeyran, soutenu par l’économiste Frédéric Bagarry.

"P’Tit Chabal" scénarisé par Michel Rodrigue & Lili Mésange et dessinée par Thierry Cappezone

Le même Corbeyran continue sa série à succès Châteaux Bordeaux, magnifiquement mise en images par Espé, qui raconte sous couvert de la fiction les mille et uns secrets des vignobles du Médoc. Un nectar !

Outre les titres Disney (Géo Trouvetou et Witch, sur lesquels nous reviendrons), saluons, en ces temps de Coupe du monde, le premier essai de la série P’Tit Chabal scénarisé par Michel Rodrigue & Lili Mésange et dessiné par le sympathique Thierry Cappezone. Essai réussi !

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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